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L’influence du Hezbollah libanais : État de la question

Un texte de Pierette Beaudoin
Thèmes : Premières Nations, Hezbollah
Numéro : Argument 2017 - Exclusivités web 2017

Il va sans dire que le Hezbollah (le «parti de Dieu») ne fait ni la une des journaux, ni celle des téléjournaux au quotidien, pas plus qu’il n’enflamme les médias sociaux. Peu importe, le Hezbollah, organe de la Résistance islamique au Liban, est une force politique, militaire et sociale avec laquelle on doit composer au Liban, au Proche et Moyen-Orient.

 Un observateur attentif de la scène politique internationale sait toutefois que le «parti de Dieu» se bat actuellement en Syrie auprès des troupes de Bachar el-Assad; que l’on doit à la Résistance islamique au Liban le retrait de Tsahal, marquant la fin de 22 ans d’occupation israélienne dans le Sud-Liban; plus récemment, que Michel Aoun doit son accession à la présidence de la République libanaise à la force politique du Hezbollah.

 Le sujet est donc visiblement d’intérêt et d’actualité. Mais c’est un sujet complexe – voire compliqué – et qui mérite réflexion. L’objectif du présent texte est double : tracer la trajectoire de cette organisation permettant de décrire le contexte sociopolitique dans lequel s’inscrit cette trajectoire ainsi que mettre en lumière la spécificité du régime politique libanais qui a permis l’émergence de cette organisation aux multiples identités et auquel elle doit sa survie et sa grande influence.

Ce texte est également une invitation à faire la connaissance de Moussa Sadr et Hassan Nasrallah, deux imams chiites révolutionnaires qui seront à l’origine du «Mouvement des déshérités» et de l’«Appel aux déshérités», en faveur d’un même engagement politico-religieux au pays du Cèdre.


Qu’est-ce que le Hezbollah ?


Le Hezbollah est un acteur aux longs tentacules dans la mosaïque libanaise ? Un parti politique chiite ? Un joueur extra-étatique ? L’aigle du Liban ? Un diplomate intrus ? Se substituant à l’État, également une organisation dispensatrice de services ?

À la fois «sovereignty bound» (lié à l’État) et «sovereignty free» (non étatique), «groupe religieux transnational» et «résistance nationale», «larger than a Party» et «smaller than a State» (plus important qu’un parti, plus petit qu’un État), le Hezbollah fait figure d’acteur difficile à classer, selon l’historien Hervé Pierre1. Du point de vue de l’ancien diplomate français Denis Bauchard, le «parti de Dieu» se déploie largement. Il est une organisation très structurée disposant d’une force militaire importante, d’un service de renseignement efficace, d’équipements sociaux – écoles, dispensaires, centres sportifs – ainsi que d’une chaîne de télévision, Al-Manar2.

 Paul Salem, un spécialiste des relations régionales et internationales moyen-orientales au Middle East Institute, soutient que le Hezbollah est l’un des acteurs les plus puissants au Liban, plus fort que l’armée et par suite capable d’imposer ses volontés. Cette organisation politico-militaire ne chercherait pas, d’après Salem, à dominer complètement l’État, mais plutôt à s’assurer que l’État ne lui mette pas des bâtons dans les roues dans la poursuite de ses activités militaires, de renseignement, de communication ni en politique extérieure : « It proposes coexistence between the state and itself rather than a takeover of one by the other3. »

En outre, dans Le Hezbollah. Mobilisation et pouvoir, la politologue Aurélie Daher présente le «parti de Dieu» d’abord et avant tout comme une organisation de la résistance, du champ de la contestation, principalement mobilisée par le refus de l’occupation israélienne au Liban.4 Sous la houlette du religieux chiite Hassan Nasrallah, l’imposant appareil du Hezbollah est au service de la Résistance islamique au Liban. « Le Résistance islamique au Liban n’est pas le bras armé du Hezbollah : le Hezbollah est le bras sociopolitique d’une organisation militaire, la Résistance islamique au Liban », écrit Daher5 qui précise que les pratiques et les référents religieux du Hezbollah sont au service des armes : il s’agit d’un islam de résistance6.

Crée en 1982 après l’invasion du Liban par Israël, mais officialisé en 1985, le Hezbollah, mouvement armé et parti politique, met efficacement en scène le récit de la « société de la résistance7 » à Israël et à ses alliés duquel il tire sa légitimité8.

D’où origine le Hezbollah ? Comment est-il parvenu à s’imposer au Liban ? Les disparités socioéconomiques régionales dont sont victimes les chiites libanais, le succès de la guérilla de résistance qui oppose le «parti de Dieu» à l’État d’Israël ainsi que la faiblesse de l’État libanais constituent autant d’éléments qui permettent de saisir l’ampleur du phénomène Hezbollah.

 

Un portrait sociodémographique actuel des chiites libanais

 

On retrouve majoritairement la population chiite dans le Liban-Sud, Baalbeck-Hamel et en banlieue de Beyrouth. Cette population est aussi présente dans les régions de Nabatiyeh et Beqaa. Bien que les données populationnelles officielles remontent au recensement de 19329, on estime, selon des sources plus récentes, que les chiites forment environ 30 % de la population totale du Liban10 estimée aujourd’hui à plus de quatre millions d’habitants. Cette statistique représente un taux d’augmentation de 45 % par rapport aux données du recensement de 1932, d’autres communautés ethno-religieuses (maronites et sunnites) ayant subi une décroissance11.

De plus, le taux de pauvreté est particulièrement élevé dans les régions où habitent les chiites. Ainsi, dans le Liban-Sud, on rapporte un taux de pauvreté variant entre 40 % et 57 % et dans Baalbeck-Hermel, un taux variant entre 28,5 % et 40 %. Notons toutefois que les régions du Liban-Nord et d’Aakar, majoritairement chrétiennes et sunnites, sont elles aussi très pauvres. Par comparaison, Beyrouth et la partie nord du Mont-Liban ont un taux de pauvreté évalué à moins de 15 %12. Dans les régions rongées par la pauvreté, entre 10 et 23 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté absolue13. Le taux d’activité de la population âgée de 15 à 64 ans est bas (entre 40 et 50 %) et celui des femmes du Liban-Sud, de Beqaa et du Liban-Nord, le plus bas (moins de 20 %) dans l’ensemble de la population féminine libanaise.

Les Libanais perçoivent d’ailleurs avec justesse ces inégalités socioéconomiques qui affligent leur population. À titre d’exemples, selon une enquête effectuée en 1987, 95 % des répondants se sont dits en accord avec l’énoncé : « In Lebanon, a rich minority is bying up everything and a large majority is losing out », alors que seulement 17 % d’entre eux ont appuyé cet autre énoncé : « In Lebanon, the majority of people are middle-class, and they are only few rich people and not very many poor people. » Enfin, 96 % des personnes sondées étaient d’accord avec la proposition suivante : « The difference between the social groups have widened since 197514 » - [début de la guerre civile].

Faut-il le rappeler, les chiites sont parmi les plus touchés par l’iniquité socioéconomique entre les différentes régions du Liban, et ce, depuis des décennies.

Pour compléter ce portrait, notons qu’à la suite de longues luttes sur le plan politique, des 128 sièges de l’Assemblée des députés du Liban, les partis chiites (Parti social nationaliste syrien, Hezbollah et Mouvement AMAL) en occupent 27; six de ces députés sont ministres au gouvernement. Au sein de la troïka parlementaire constitutionnelle de l’État, le président de la République libanaise est obligatoirement chrétien (Michel Aoun depuis le 30 octobre 2016), le président du Conseil des ministres libanais, sunnite (Saad Hariri depuis le 6 novembre 2016) et le président de la Chambre des députés, chiite (Nabih Berri depuis 1992).

Faisons maintenant un retour dans le temps afin de contextualiser la naissance du Hezbollah.


Un retour dans le temps : Moussa Sadr, le Mouvement des déshérités et AMAL.

 

L’arrivée de Moussa Sadr au Liban

 

Né à Qom en Iran en 1928, Sayyid Mûsâ al-Sadr (Moussa Sadr), d’origine sud-libanaise, débarque à Beyrouth en 1959. Il y trouve une population chiite vivant dans des conditions d’extrême pauvreté, marginalisée sur le plan politique et humiliée.

Dans l’ensemble, les chiites forment le prolétariat et le sous-prolétariat dans une économie rurale en désintégration ou bien exilés en ville. Exploités par les grands propriétaires terriens comme dans l’industrie, parmi les moins instruits, sans sécurité d’emploi, ni avantages sociaux15, les chiites doivent en plus subir le mépris des autres libanais, chrétiens ou sunnites. Rustres, analphabètes, fatalistes, sales, arriérés, barbares, sont autant de qualificatifs qui sont fréquemment employés pour les diminuer16.

S’ajoute à une situation socioéconomique désastreuse, la mise à l’écart politique. En effet, dans le cadre de la construction de l’État, la communauté chiite a toujours été marginalisée par rapport aux autres communautés17. C’est dans le sectarisme communautaire institutionnalisé par la Constitution ainsi que dans le désintérêt de l’État pour «ses périphéries»18qu’il faut chercher l’origine de cette situation.

Sous-représentés au parlement, au gouvernement et dans l’administration publique, les chiites ont longtemps protesté contre l’indifférence du gouvernement à l’égard de leur sécurité et de leur bien-être tout autant que contre l’absence d’équité intercommunautaire qui fait que les chrétiens maronites occupent le haut du pavé dans la sphère politique et une position hégémonique par rapport aux autres communautés19. Or, selon plusieurs chercheurs, parmi lesquels Rula Jurdi Abisaab et Malek Abisaab, Leyla Dakhli ainsi qu’Élizabeth Picard, « (…) les tensions souvent présentées comme purement religieuses ou communautaires sont en fait issues de tensions socioéconomiques : rivalités de classe, ou luttes entre citadins et paysans20. »

Outre la grande pauvreté des chiites, leur marginalisation sur le plan politique et les déséquilibres territoriaux dont ils paient les frais, deux autres éléments cruciaux caractérisent le contexte général du pays du Cèdre lors de l’arrivée de Moussa Sadr en 1959 ainsi qu’au cours des années qui ont suivi. Ce sont : la présence palestinienne et les mouvements de gauche.


Les réfugiés palestiniens au Liban

L’histoire du Hezbollah est intimement liée à la création de l’État d’Israël (1948). On estime aujourd’hui qu’il y a plus d’un demi-million de réfugiés palestiniens au Liban dont plus de la moitié vit dans des camps.21 Des 725 000 réfugiés arabo-palestiniens expulsés de leurs demeures à cause de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, dite guerre d’Indépendance d’Israël, on estime à environ 100 000 la première vague d’exilés arrivée au Liban22. Soulignons qu’au cours de cette première guerre israélo-arabe, le Liban a fait partie de la coalition arabe formée des forces égyptiennes, transjordaniennes, iraquiennes et syriennes23.

Malgré le fait qu’à la suite de la guerre israélo-arabe de 1967 (guerre des Six-Jours), d’autres Palestiniens aient été expulsés et se soient eux aussi réfugiés au Liban, ce sont surtout les événements du Septembre noir (1970) qui marqueront un tournant politique et social majeur au Proche-Orient. Porte-étendard du nationalisme palestinien, le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, et ses combattants de la guérilla palestinienne (fedayins) s’étaient installés à Amman. Or, à la suite d’un grave affrontement entre ces derniers et l’armée jordanienne, le roi Hussein les expulse de Jordanie24.

Dans la foulée de ce renvoi, environ 15 000 fedayins accompagnés de Yasser Arafat trouvent refuge au Liban et établissent le siège du Comité exécutif de l’OLP à Beyrouth25. Ainsi, à la suite de l’Accord du Caire (1969) « par lequel le Liban s’engageait à autoriser la “résistance” palestinienne à mener à partir du territoire libanais des actions armées contre Israël26 », la résistance palestinienne à Israël est solidement installée au Liban. L’engagement de ce pays auprès de la Palestine est réitéré le 8 juin 1973 par le président du Conseil des ministres libanais, Saëb Salam : « Lebanon will continue to honour its commitment and will serve in solving the Palestine problem27. »

On estime aussi qu’entre 1968 et 1973, le Liban a vu s’établir sur son territoire une douzaine de «camps terroristes palestiniens» installés dans le sud du Liban, majoritairement chiite, à partir desquels les établissements situés au nord d’Israël sont attaqués28.

Il est donc permis de supposer que les guerres israélo-arabes, l’exode des Palestiniens ainsi que la présence palestinienne armée anti-israélienne au Liban ont fourni l’occasion aux chiites d’établir des connivences avec la résistance palestinienne et a créé un terreau fertile pour l’expression future de la résistance chiite à Israël.


Les chiites libanais et les mouvements de gauche


Dans The Shi’ites of Lebanon, Jurdi Abisaab et Abisaab déplorent le fait que les mouvements de gauche ne soient que trop peu abordés dans les travaux portant sur l’histoire politique des chiites et sur l’islam politique au Liban; ces derniers ayant adopté une approche critique à l’égard de l’impérialisme, de l’État libanais et de la question palestinienne29. Les deux professeurs de l’Université McGill soutiennent également que dans les années 1950, du point de vue des nationalistes arabes, le communisme était étroitement associé aux chiites : « a Shi’ite, thus a Communist became a popular watchword among Arab nationalists such as the Ba’thists and the Nasserites in Iraq and Lebanon30. »

L’intellectuel libanais Georges Corm corrobore en effet ces observations lorsqu’il écrit, en s’appuyant sur les recherches de Sabrina Mervin, « que la région de l’actuel Liban-Sud, si riche en fins lettrés religieux, est devenue, dans les années 1960 et 1970, un haut lieu révolutionnaire, communiste ou nationaliste arabe, dans lequel les jeunes Libanais de cette communauté [chiite] s’investissent corps et âme, s’enrôlant dans différentes mouvances anti-impérialistes et nationalistes arabes pour combattre Israël auprès des mouvements armés palestiniens31. »

L’effondrement de l’économie rurale, la pauvreté extrême, la marginalisation politique, le mouvement des déplacés vers la banlieue de Beyrouth à la suite des attaques israéliennes, sont un ensemble de facteurs évoqués par un bon nombre de chercheurs pour expliquer l’engagement politique dans les mouvements de gauche des chiites du Liban-Sud et de la vallée de la Beqaa32.

Aurélie Daher prend elle aussi en compte ce phénomène : « Quelques premières tentatives d’insertion dans la vie militante du pays tentent pourtant d’émerger depuis l’assise de la communauté [chiite] ayant pour aspiration première une amélioration de son statut social et économique, hostile à un communautarisme qui la pénalise, celle-ci donne ses préférences au Parti communiste (PCL) auquel elle fournit l’essentiel de sa base et une partie des cadres, et au Mouvement national libanais (MNL) du leader druze socialiste et anti-confessionnaliste Kamal Joumblatt33. »

C’est dans ce contexte global que l’on doit situer l’arrivée de Moussa Sadr au Liban. Selon Georges Corm, ce sont les autorités politiques de l’État libanais qui, par l’intermédiaire du Chah d’Iran, l’auraient fait venir pour contrer la vague communiste dans le pays du Cèdre. On peut lire ce qui suit dans Pensée et politique dans le monde arabe : « C’est à cette période que, dans le cadre des efforts de lutte contre le communisme, l’État libanais fera appel à l’Iran, alors sous le régime monarchique pro-occidental du chah, pour que soit envoyé au Liban un clerc charismatique, l’imam d’origine libanaise Moussa Al-Sadr (…)34. »

Quel que soit le bien-fondé de l’affirmation précédente, il est admis que le charismatique imam s’est appliqué à affaiblir les communistes et l’opposition de la gauche à l’égard du gouvernement libanais35 et qu’il a travaillé avec celui-ci afin d’améliorer la situation socioéconomique et politique des chiites, dans le cadre du communautarisme politique en place. Cette collaboration lui aurait ainsi permis de fonder le Conseil supérieur chiite en 1967 dont la principale vocation était d’affirmer la présence chiite sur l’échiquier sociopolitique du pays36. En d’autres mots, selon Daher, le Parlement libanais ayant autorisé à l’unanimité la création du Conseil supérieur chiite, cela signifie que l’émancipation chiite était pleinement reconnue par les autorités libanaises, et que la communauté pourrait dorénavant gérer elle-même ses affaires37.


La volte-face de Moussa Sadr

Toutefois, Moussa Sadr est vite désillusionné. Il réalise que tous les efforts qu’il a consentis auprès du gouvernement en faveur des chiites ne portent pas les fruits escomptés. C’est alors qu’il opère une volte-face tirant profit de la résistance gauchiste pour faire avancer son agenda politique38. Le charismatique imam devient alors une figure de proue de la résistance à l’État libanais.

En effet, en 1970, Moussa Sadr déclare la grève générale en protestation contre le désintérêt des autorités politiques pour la situation des chiites; en mai 1973 (en 1970 ou en 1975, selon d’autres sources), il met clandestinement en place les Bataillons de la Résistance libanaise (la milice AMAL) qui sont armés et entraînés par des Palestiniens; en février 1974, il prononce un discours dans lequel il incite les chiites à se débarrasser de leur complexe d’infériorité et à passer à l’action, discours qui marquera pour certains observateurs «l’acte de naissance» du chiisme libanais39; à la mi-mars 1974, il fonde le Mouvement des déshérités, « un mouvement protestataire chargé de défendre les droits des plus démunis et de ceux que l’État néglige40 » ; en avril 1974, il appelle tout le pays à la grève et à la désobéissance civile pour soutenir les planteurs de tabac41; en janvier 1975, il appelle les Libanais à la résistance en réaction aux attaques d’Israël, et au printemps de la même année, il entame une grève de la faim pour protester contre le début de la guerre42.

Cependant, en 1976, Moussa Sadr effectue un autre virage lorsqu’il se range du côté de l’armée syrienne à laquelle le président libanais Sleiman Frangié a demandé des renforts pour contrer une éventuelle victoire des forces de la gauche. Notons aussi que l’imam chiite avait rompu ses liens, déjà quelques temps auparavant, avec les groupes armés palestiniens43. Une double décision qui pourrait lui avoir coûté la vie ?


La «disparition» de Moussa Sadr


Au mois d’août 1978, Moussa Sadr se rend en Lybie pour une visite officielle d’où il ne reviendra jamais. On soupçonne les autorités libyennes d’être responsables de la «disparition» de l’imam; elles auraient agi à la solde de groupes palestiniens44. La «disparition» («l’occultation») de Moussa Sadr crée un grand vide dans la communauté chiite libanaise, car son legs est immense.

Pour l’intellectuel libanais Georges Corm, le charismatique imam Moussa Sadr a cherché « à élargir les droits de la communauté chiite dans le système de répartition du pouvoir et des fonctions publiques au Liban » tout en voulant lui « faire prendre conscience de son identité propre […]45. »

Les journalistes de L’Orient-Le Jour, Michel Hajji Georgiou et Michel Touma, estiment quant à eux que le « Mouvement des déshérités a constitué la première structure sociopolitique dont avaient pu se doter les chiites du pays, depuis l’époque de l’empire ottoman ». Ils avancent également que « l’apparition du mouvement AMAL sous l’impulsion de Moussa Sadr a permis ainsi de canaliser au sein d’une structure communautaire le sous-prolétariat chiite qui, en l’absence d’une telle structure, avait été attiré et phagocyté par les partis laïcisants ou de gauche (…)46. »

En mettant en place le Mouvement des déshérités et la milice AMAL, Moussa Sadr aura donc pavé la voie au mouvement islamiste chiite Hezbollah ainsi qu’à l’une des personnalités les plus influentes aujourd’hui au Liban, l’imam Hassan Nasrallah. Par contre, on peut aussi penser que le legs le plus important du charismatique imam Sadr est celui d’avoir donné une voix aux humiliés du Liban-Sud, de la vallée de la Beqaa et de la «ceinture de la misère» («belt of misery») qui encercle Beyrouth.


L’après Moussa Sadr


Avant que Moussa Sadr ne «disparaisse» en août 1978, Kamal Joumblatt, leader du MNL, avait lui aussi été assassiné, Israël avait envahi une partie du Sud-Liban, l’armée syrienne s’était largement déployée dans le pays du Cèdre, l’OLP et Yasser Arafat contrôlaient 80 % du territoire libanais, la guerre civile qui durera 15 ans, opposant tantôt ou à la fois, chrétiens et Palestiniens, musulmans et chrétiens, chrétiens et chrétiens, musulmans et musulmans, musulmans et Palestiniens, Palestiniens et Palestiniens, avait déjà éclaté.

Selon Leyla Dakhli, cette guerre civile du Liban ne peut s’expliquer uniquement par des questions d’ordre politique. Elle est liée, écrit l’historienne du monde arabe contemporain, aux changements sociaux en cours, notamment à un exode rural massif qui fait se rencontrer dans les villes et singulièrement à Beyrouth des populations très diverses et dont la coexistence ne se réalise pas toujours de manière harmonieuse dans le tissu urbain47.

Fady Asmar et ses collaborateurs abondent dans le même sens. Ils mettent en évidence un ensemble de facteurs responsables de cette guerre fratricide : « L’exacerbation des conflits libanais internes, qu’ils soient économiques, sociaux, politiques, confessionnels ou identitaires, par la présence militaire palestinienne et par les conséquences que cette présence peut engendrer finira par aboutir à la guerre civile48. »

Le pays vit dès lors sous l’emprise des milices de chacun des camps qui imposent un nouvel ordre guerrier49, l’omniprésence armée des Palestiniens servant plus souvent qu’autrement de bougie d’allumage aux échauffourées. Que ce soit par exemple l’escarmouche entre l’OLP et l’armée libanaise à Saïda en 1975 ou le violent incident de l’autobus d’Ain el Remmanch du 13 avril de la même année. Deux événements qui ont été étroitement associés au déclenchement des hostilités de la guerre civile au Liban.

Succédant à Moussa Sadr, c’est dans une atmosphère survoltée par des accrochages tous azimuts que Nabih Berri tient les rênes de la milice AMAL.


Nabih Berri et la milice AMAL


Au cours de cette période, la population libanaise, en général, exprime un désenchantement toujours grandissant à l’égard de la domination qu’exercent les Palestiniens et les Syriens sur leur pays. Elle estime payer chèrement le prix des conflits israélo-arabes50.

Toutefois, ce sont les chiites qui souffrent le plus des guerres entre Israël et la résistance palestinienne. À la tête d’AMAL depuis le mois d’avril 1980, soucieux d’aider sa population, Nabih Berri demande le retrait des fedayins palestiniens des territoires où habitent les chiites ainsi que le déploiement de l’armée régulière libanaise dans ces territoires. Prise de position qui soulèvera l’ire de l’OLP. Le politologue Theodor Hanf rapporte que les combats entre les chiites et les Palestiniens ont été aussi brutaux que les attaques des chrétiens pour se défaire des Palestiniens51. Or, la dissension verra bientôt le jour au sein de la milice chiite. Une scission va s’opérer créant deux entités militantes distinctes : AMAL et AMAL islamique. Les activistes étant désormais amenés à choisir entre résister ou accepter un modus vivendi avec l’occupant israélien, peut-on lire dans Le Hezbollah. Mobilisation et pouvoir52.

Partageant un point de vue similaire, Daniel Meier fait ressortir lui aussi que l’opposition entre les deux milices chiites repose sur des visions idéologiques incompatibles. Tandis qu’« Amal ayant développé un fort antagoniste à l’égard de l’OLP, qu’il accusait d’être responsable des dommages causés par Israël lors de ses répliques destructrices au Sud-Liban », « Amal islamique voyait l’importance symbolique de la question palestinienne et le rôle nodal de la résistance armée face à Israël53. »

Dans une perspective plus large cependant, la révolution islamique iranienne et l’instauration consécutive d’une République islamique en Iran en 1979, la montée de l’islam politique dans le années 1980, l’invasion du Liban par l’armée israélienne en 1982 (Opération « Paix en Galilée »), l’appui de taille accordé par l’Iran au mouvement chiite libanais anti-israélien, sont autant d’éléments qui favoriseront l’apparition du Hezbollah sur la scène libanaise et proche-orientale et qui changeront à jamais le pays du Cèdre.

 

 

L’entrée en scène du Hezbollah


Les conséquences de l’invasion de l’armée israélienne du mois de juin 1982


On trouve dans Atlas du Liban. Géographie. Histoire. Économie et Société quelques lignes décrivant l’invasion israélienne de 1982 :

« Les Israéliens, qui avaient déjà mis la main en 1978 sur une partie du Liban-Sud (instauration de l’État du Liban libre de Saad Haddad), vont, à travers une opération de grande envergure, arriver à encercler les quartiers ouest de la ville de Beyrouth où s’étaient retranchés les Palestiniens ainsi que les Syriens. Ils finiront par obtenir, à travers une médiation américaine, l’évacuation des forces palestiniennes et syriennes sous la protection d’une force multinationale (…). Ce renversement spectaculaire de la situation va aboutir à l’élection de Béchir Gemayel à la présidence de la République le 23 août 198254. »

Outre l’exode de l’OLP et de Yasser Arafat vers la Tunisie, cette nouvelle occupation du Liban par Tsahal aura des conséquences majeures sur la résistance armée chiite aussi bien que sur l’envahisseur israélien. Ainsi, au cours de l’été 1982, l’Iran, avec l’appui de la Syrie, « dépêche au Liban, un corps de 1 500 Gardiens de la révolution, les Pasdaran, afin de former les premiers bataillons de la résistance islamique au Liban55. » Ces Gardiens de la révolution islamique s’installèrent à Baalbek et sur le territoire de la Beqaa, en tant que partenaires de la milice AMAL islamique dirigée par Hussein Moussavi56.

L’Iran fournit de l’argent, des armes, de l’entraînement militaire et de la formation au chiisme politique d’obédience khomeyniste. La Résistance islamique au Liban (la RIL) a ainsi vu le jour réussissant rapidement à embrigader des centaines de chiites, notamment des jeunes. Selon Jurdi Abisaab et Abisaab57, ce sont des facteurs tels que les conditions socioéconomiques précaires et la marginalisation politique des chiites, l’occupation israélienne, le ressentiment à l’égard des États-Unis, grand protecteur de l’État israélien, ainsi que le rejet des valeurs hégémoniques du modernisme occidental, qui expliquent principalement le succès de l’enrôlement des chiites dans la RIL.

La Résistance islamique au Liban s’est dotée dès cette période d’un pendant civil. Toutefois, il est rapidement remplacé par une petite structure flanquée d’embryons d’institutions sociales de mobilisation, dont le nom est définitivement arrêté au printemps 1984 : le Hezbollah58.


La «Lettre ouverte aux opprimés dans le monde»


Le 16 février 1985, le Hezbollah sort de la clandestinité. Son porte-parole, sayyid Ibrâhîm Amîn al-Sayyid, fait lecture de la «La Lettre ouverte aux opprimés dans le monde», une « sorte de charte où le Hezbollah se présente, identifie ses ennemis et ses alliés, et expose ses paradigmes et ses objectifs59. » La résistance armée contre l’occupation israélienne ainsi que la théorie politique de la guidance jurisconsule (wilâyatal al-faqîh), une doctrine qui fait que le plus haut dignitaire religieux chiite assume des fonctions de guidance suprême, à la fois religieuse et politique60, sont deux des composantes principales de cet «Appel aux déshérités».

En somme, comme l’avancent Jurdi Abisaab et Abisaab : « Hizbullah introduced itself to the Lebanese public as an Islamic resistance movement in the Third World that suffered from the oppressive policies of the United States and Soviet Union. (…) jihad and sacrifice alone would lead to liberation in the South and freedom from American hegemony. Hizbullah also espoused the the ideals of the Iranian Revolution and Khomeini’s theory of wilayat al-faqih (deputyship of the jurist)61. »

En d’autres termes, selon l’historien français Hervé Pierre, « cette vision d’un emboîtement du combat libanais dans la lutte de “l’axe syro-iranien” contre “l’axe occidental” constitue un préalable indispensable pour comprendre la nature de la contribution que le Hezbollah entend offrir au front du refus62. » C’est vraisemblablement de cette manière qu’il faut interpréter les propos des responsables de ce mouvement de la Résistance qui clament ne pas s’opposer aux pays occidentaux comme tels, mais plutôt au «comportement colonialiste» de certains pays occidentaux63. Cependant les accords de Taëf et la fin de la guerre civile au Liban obligeront le Hezbollah à modifier son approche politique et doctrinale.


Les accords de Taëf


Le 1er octobre 1989, débuta à Taëf en Arabie Saoudite une sorte de conclave composé de 62 députés libanais sous l’égide d’un comité supérieur formé de trois ministres, un Algérien, un Marocain et un Saoudien64. Considéré, avec l’Indépendance (1943), l’un des deux événements majeurs de l’histoire libanaise, les accords de Taëf, « résultats de multiples arbitrages plutôt que d’une conviction profonde » devaient rendre possible, selon Mounir Corm, « par le dépassement du confessionnalisme politique de sortir des logiques politiques de la guerre civile et permettre la mise en œuvre d’un véritable nouveau régime65. »

Si les accords de Taëf ont mis fin à la guerre civile, ils ont aussi légitimé la présence syrienne au pays du Cèdre et modifié la répartition des pouvoirs au sein des trois grandes présidences de l’État (la troïka présidentielle), dans l’esprit d’un rééquilibrage du communautarisme politique en faveur des musulmans et au détriment des chrétiens.

Avec l’acceptation des accords de Taëf, malgré la réticence de nombreux chiites influents, le Hezbollah s’est vu forcé de mettre entre parenthèses le projet d’instaurer au Liban une République islamique, et de soutenir le principe d’un pouvoir, politique et juridique, pluriconfessionnel et d’en faire en plus la promotion. Cette «normalisation» dite «libanisation», soutient Daniel Meier, qualifie le «parti de Dieu» pour entrer dans le champ politique libanais66. Il fera élire huit députés aux élections de 199267.

Ainsi, en acceptant le pluralisme communautaire sur le plan politique, le Hezbollah inaugure une pratique inédite, « en l’occurrence l’entretien de relations de coopération et de coordination avec d’autres groupes politiques libanais, chrétiens en particulier68. » En outre, en participant aux élections, il poursuit avec ténacité un autre de ses objectifs : « faire entendre la voix de la Résistance au Parlement69. » De plus, dès la fin des années 1980, le Hezbollah avait implanté de nombreux projets économiques, sociaux, éducatifs et médicaux au profit des chiites les plus pauvres70. Le parti de Dieu a fait également la paix avec AMAL dirigé par Nabih Berri71.

L’œuvre globale du «parti de Dieu» lui vaudra la loyauté de l’ensemble des chiites libanais qui le soutiendront dans sa guérilla anti-israélienne, anticoloniale et anti-impérialiste.


Le Hezbollah bien en selle


La résistance islamique au Liban et le Hezbollah

Dans les années qui ont suivi les accords de Taëf (1989) et la fin de la guerre civile (1990), le Hezbollah s’est imposé comme force militaire. Il poursuit illégalement l’élargissement de son arsenal en marge du contrôle de l’État72. Dans l’optique d’une stratégie de défense nationale, il se joint aux Forces armées libanaises pour défendre le pays. « Depuis les accords de Taëf, écrit Didier Leroy, les Forces armées libanaises (LAF) et la Résistance islamique au Liban (RIL) du Hezbollah se considèrent officiellement comme des forces complémentaires face à l’ennemi israélien (…)73. » Une seule organisation chiite, note Ahmad Beydoun, s’est ainsi arrogée le monopole de la résistance et de la libération74. C’est l’État qui s’en trouve affaibli.

De fait, ajoute Daniel Meier, « l’hégémonie de la lutte armée anti-israélienne ainsi confiée au Hezbollah ouvrait la porte à sa qualification de défenseur de la souveraineté nationale, avec tous les profits imaginables et toutes les pertes subséquentes (notamment du monopole de l’exercice de la force légitime) pour l’État libanais75. » Le Hezbollah est sans contredit devenue une force dominante au pays du Cèdre76.

En outre, on apprend à la faveur de cette lutte que les combattants de la RIL sont efficaces et sans peur. Theodor Hanf soutient que le président, le gouvernement et l’armée ont tous sous-estimé leur engagement militant et leur esprit de corps : The president, the government and the army command all misjudged the Shi’is’ mood and militancy, and their communal solidarity77.

Moussa Sadr avait sans doute déjà mis le doigt sur ce qui rend compte de la force acharnée des soldats chiites. À cet effet, on a rapporté une remarque éclairante faite par l’imam au mois de juin 1977 : « La Résistance palestinienne…n’est pas une révolution car elle n’a pas le sens du martyr. C’est une machine militaire qui terrorise le monde arabe. Grâce aux armes, Arafat extorque de l’argent et grâce à l’argent, il soudoie la presse, il impressionne l’opinion mondiale78. »

Le sens du martyr : voilà la source de la combativité des résistants chiites.

Dans le combat, explique le « numéro deux » du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, le militant ferait fausse route s’il recherchait uniquement la victoire, par contre, se battre en faisant don de soi peut rendre encore plus efficace. Mourir au nom de Dieu est un honneur suprême79. Pour que le culte du martyr porte ses fruits, il doit cependant être intériorisé par toute la communauté qui, de ce fait, peut donner son appui aux combattants. C’est dans les termes suivants que les deux journalistes de L’Orient-Le Jour font comprendre ce phénomène : « La résistance menée par les jeunes de la mouvance intégriste chiite avait ainsi pour élément moteur un cadre socioculturel qui correspond à l’inconscient populaire chiite et qui explique le succès aussi bien de la Résistance que du Hezbollah80. Dans ce contexte, la victoire est aux portes de la RIL et de son bras sociopolitique, le «parti de Dieu».


Le retrait de l’armée israélienne


Dans sa lutte armée en terre libanaise, Israël veut éradiquer le Hezbollah tandis que dans la poursuite de sa guérilla contre Tsahal, le Hezbollah compte débarrasser le pays du Cèdre de la présence, depuis 1978, de «l’entité sioniste».

Or, à la suite d’un engagement électoral d’Ehud Barack voulant que les troupes israéliennes se retireraient du Liban s’il était élu premier ministre, à la suite également de l’affaiblissement de l’armée israélienne dans le Sud du Liban, Ehud Barack devenu Premier ministre d’Israël tient parole et annonce le retrait de l’armée israélienne, au plus tard, pour le mois de juillet 2000. Et effectivement, le 24 mai 2000, après 22 ans d’occupation, le dernier soldat des forces armées israéliennes quittait le Liban81.

Cette libération du Sud-Liban fait évidemment la fierté des chiites. Dans un discours prononcé quelques jours après cette victoire, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, proclame que la libération est offerte «à tous les Libanais»82. Le Hezbollah, rappelle Aurélie Daher, reçoit les éloges et compliments de la majorité de la classe politique, mais aussi des dirigeants de pays arabes qui parlent de «fierté arabe recouvrée»83. Le 25 mai est décrété fête nationale. On vient de tourner une sombre page de l’histoire des conflits israélo-libanais.

«La victoire divine» est cependant à venir.


«La victoire divine»


Le 14 février 2005, l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri est assassiné. Mi-février, (…) « la capitale libanaise est alors paralysée par une grève générale, et des dizaines de milliers de personnes se rassemblent chaque soir sur la place des Martyrs pour réclamer la vérité sur l’assassinat d’Hariri et le retrait des 14 000 soldats syriens du Liban84. » Le 2 septembre de cette même année, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 1559 qui réclame le retrait de toutes les forces étrangères du Liban ainsi que la dissolution et le désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises. La résolution stipule aussi que le gouvernement libanais doit exercer son contrôle sur l’ensemble de son territoire85. La Syrie retire ses troupes après 30 ans de présence au Liban.

Depuis l’adoption de la résolution 1559, le Hezbollah, qui refuse de se dissoudre et de se désarmer puisqu’il contrôle militairement le sud du Liban, craint, selon Jurdi Abisaab et Abisaab, une attaque américano-israélienne86. Mais le 12 juillet 2006, le Hezbollah décide de passer lui-même à l’offensive. Au cours de son opération «Parole tenue», la milice chiite tue huit soldats israéliens et en enlève deux autres dans le nord d’Israël87. Cette attaque marquera le début de la guerre dite des 33 jours.

La réaction de l’État hébreu, qui ne s’est pas fait attendre, a été d’une intensité, d’une violence et d’une brutalité sans précédent. Les forces armées israéliennes ont bombardé férocement, frappant mortellement de nombreux hommes, femmes et enfants, détruisant des infrastructures de communication, de telle sorte que des quartiers entiers de la banlieue de Beyrouth et du sud du pays sont devenus inhabitables88.

Le Hezbollah répond à ces bombardements par des tirs de roquettes sur Israël pendant que Hassan Nasrallah prononce des discours mobilisateurs. « Vous rentrerez dans vos maisons les têtes hautes », déclare-t-il à l’intention des combattants de la RIL. Il invective ses ennemis avec la même conviction : « le Liban ne sera jamais américano-sioniste » ou encore « notre terre sera le cimetière des envahisseurs sionistes89. »

On retrouvera, dans Le Hezbollah. Un acteur incontournable sur la scène internationale ?, une chronologie détaillée, au jour le jour, de cette sixième guerre israélo-libanaise qui prendra fin le 14 août 2006 avec la cessation des hostilités et la levée du blocus israélien, maritime et aérien, sur le Liban, le 7 septembre90.

Dans l’édition du 19 août 2006, à la une du magazine The Economist, on peut lire : Nasrallah Wins the War, ce grand titre étant accompagné d’une photographie de l’imam et d’un résistant chiite91. Deux jours plus tard, le 22 septembre, Hassan Nasrallah prononce le discours de la victoire lors du festival de la victoire. Un discours, soutient l’historien Hervé Pierre, à trois niveaux de lecture : une victoire divine, une victoire historique et stratégique ainsi qu’une victoire des damnés de la terre92.

À la suite du retrait de la présence d’Israël au pays du Cèdre et de la victoire du Hezbollah sur les forces armées israéliennes, le Hezbollah et Hassan Nasrallah sont au zénith de leur popularité. On parle «d’effet Nasrallah». On qualifie l’imam chiite de «nouveau Nasser», de «successeur d’Arafat» ou même de «réincarnation du Che»93. Aurélie Daher fait un compte rendu de l’engouement que suscite Nasrallah auprès de la population, particulièrement chiite :

Le sayyid «sait parler» (…). L’osmose entre le public et l’orateur est indéniable (…). À chacune de ses interventions, on se recueille comme dans une mosquée. On rit de ses plaisanteries (…) : le public ne «décroche pas». Mieux, on cite et recite [sic] les phrases clés de ses discours, on en apprend des passages par cœur (…)94.

Pour sa part, Hervé Pierre en remet :

Une ferveur populaire, écrit-il, qui n’a pas de frontière et s’exprime sous des formes aussi variées que surprenantes : des extraits de discours comme sonneries de portables à Beyrouth aux tatouages du Sayyid à Dakar en passant par la chanson Sakr Lubnan – «l’aigle du Liban» – écrite par un groupe palestinien95.

Toutefois, l’étoile du «parti de Dieu» et du Sakr Lubnan perdra rapidement de sa brillance en raison de l’occupation de Beyrouth par la Résistance islamique au Liban au mois de mai 2008. Mais aura-t-elle pâli aux yeux de tous ?


Le Hezbollah : 2008-2017


Mai 2008

À la suite de l’assassinat de Rafic Hariri et de l’annonce du retrait militaire de Damas, le pays est ouvertement polarisé sur le plan politique entre les pro-syriens et les anti-syriens. Le 8 mars 2005, les pro-syriens descendent dans la rue pour remercier la Syrie. Le Hezbollah, AMAL, le Parti social nationaliste syrien (PSNS) et Marada, entre autres formations pro-syriennes, composent le mouvement ou l’alliance du 8 mars. En réaction, la coalition politique anti-syrienne organise une manifestation le 14 mars suivant. Au sein de l’alliance du 14 mars, on trouve des partisans de Walid Joumblatt (PSP), de Saad Hariri (Courant du Futur ou Moustaqbal) et de Samir Geagea (Forces libanaises).

Durant cette période, le Parlement et le Conseil des ministres libanais font partie majoritairement de la coalition politique du 14 mars. Dans ce contexte et ayant perdu la protection de son parrain syrien, le Hezbollah craint la fragilisation du rapport de force qu’il avait réussi à établir avec le pouvoir, notamment en vertu des victoires de 2000 et 2006 sur les forces armées israéliennes. Le 6 mai 2008 cependant, deux décisions du Conseil des ministres mettent le feu aux poudres et lui fournissent le prétexte pour occuper l’ouest de la capitale. Ces deux décisions ministérielles sont liées au remplacement du chef de la sécurité à l’Aéroport international de Beyrouth, un chiite, ainsi qu’au blocage du réseau de communication du Hezbollah96.

Élizabeth Picard résume la situation comme suit :

« Après que le gouvernement du “14 mars” a [sic] tenté un blocage des réseaux de télécommunication du Hezbollah et de la mise à l’écart du chef de la sécurité de l’aéroport de Khaldé, la milice du Parti de Dieu et ses alliés (PSNS, Amal et Ba`ath) désarment leurs rivaux sunnites au cours d’une brève et violente bataille dans les rues de Beyrouth ouest97. »

Dans cet affrontement, le Courant du Futur (Moustaqbal), parti sunnite de la coalition du 14 mars, subit une grande défaite. Cet assaut du Hezbollah et de ses alliés pro-syriens a fait 65 morts et près de 200 blessés98. Cependant, par cette attaque militaire, le Hezbollah a pu rétablir son rapport de force avec le pouvoir. Ainsi, par les accords de Doha signés le 21 mai 2008 par les coalitions des 8 et 14 mars, il a obtenu le droit de veto recherché qui lui permettra de « bloquer toute décision gouvernementale contrevenant à ses intérêts99. »

Élizabeth Picard poursuit en soulignant que « l’accord de Doha (…) accède aux principales revendications du camp du “8 mars”, vainqueur de l’épreuve de force dans les rues de Beyrouth : découpage électoral favorable pour les législatives de 2009, minorité de blocage au gouvernement, silence sur la question des armes du Hezbollah100. » Une victoire à la Pyrrhus soutient toutefois Daniel Meier puisque par l’usage de son armement à des fins internes et politiques, le Hezbollah a perdu tout le crédit et la légitimité dont il avait pu s’enorgueillir avec la guerre de juillet 2006 contre Israël101.

Pourtant, Aurélie Daher fait valoir quant à elle un autre son de cloche. Elle rapporte que les opposants au mouvement du 14 mars voient le Hezbollah comme le «sauveur du peuple» venant d’empêcher un grand massacre à l’échelle nationale; pour eux, le «parti de Dieu» a gagné un galon de plus depuis mai 2008 : celui de protecteur de la nation contre les dangers intérieurs – et de garde-fou contre un gouvernement d’«irresponsables». Enfin, ajoute la politologue, il y a également parmi les chiites la satisfaction d’avoir «lavé l’honneur de la communauté» qui se faisait insulter et excommunier depuis plus de trois ans102.

Finalement, l’étoile du parti de Dieu et du Sakr Lubnan n’aura pas perdu de son brio aux yeux de tous les Libanais !


Été 2013

Malgré le fait qu’il soit difficile de préciser à quel moment le Hezbollah s’est engagé en Syrie auprès des troupes de Bachar el-Assad, il existe, selon Martin Klasta, « des rapports consistants qui suggèrent son implication croissante, notamment de combattants en Syrie à partir de mai-juin 2012103. » Cependant, « c’est la reprise de la ville de Qussayr, à la fin mai 2013, et celle de Homs, à la fin juillet 2013, par l’armée syrienne appuyée par les milices du Hezbollah104 » qui confirment l’engagement majeur de ce dernier. Cela constitue, écrit Klasta, le signal d’une intervention structurelle du Hezbollah en Syrie et non simplement une présence opérationnelle sur le champ de bataille105. Il faudra toutefois se référer au discours du 25 mai 2013 prononcé par Hassan Nasrallah pour en avoir la confirmation.

Aux yeux de plusieurs observateurs avertis, le «parti de Dieu», dont la grande raison d’être est la Résistance à l’envahisseur sioniste, venait d’effectuer un virage comme milice communautaire : des chiites libanais combattant auprès de frères chiites syriens pour défendre le régime syrien dirigé par un alaouite, lui permettant ainsi de se maintenir. Martin Klasta fait le point :

« Vu depuis les capitales arabes, la posture actuelle du Hezbollah montre sans aucun doute que le programme de la Résistance du parti était un écran de fumée qui dissimulait son identité d’acteur par procuration d’une puissance non arabe exogène : l’Iran106. »


Le Hezbollah, un avatar de l’Iran ?

Il suffit de prendre connaissance du document politique qu’a fait paraître le Hezbollah en décembre 2009 pour en être convaincus ou encore de lire le résumé qu’en a fait Daniel Meier dans Qu’est-ce que Hezbollah ? 107. Pendant ce temps, le Hezbollah s’accroche au contentieux portant sur les fermes de Chebaa108 pour conserver un tant soit peu de légitimité à son image, largement écornée, de résistance héroïque luttant contre les forces d’oppression109.

 

 

2017

Aujourd’hui le «parti de Dieu» compte 13 députés au Parlement libanais et deux d’entre eux siègent au conseil des ministres. L’imam Hassan Nasrallah en demeure le chef et secrétaire général. Les combattants de la RIL s’activent toujours en Syrie avec l’armée de Bachar el-Assad. L’Union européenne et les États-Unis, entre autres institutions, classent le Hezbollah parmi les organisations terroristes.

Cependant, bien plus qu’un parti politique au service de la Résistance islamique au Liban, le Hezbollah a développé au fil des ans un réseau imposant d’organisations caritatives, éducatives et de la santé destinées principalement aux chiites dans le besoin. En un mot, le «parti de Dieu» en mène large au pays du Cèdre. Rappelons que son droit de veto acquis depuis l’accord de Doha (2008) lui permet de bloquer toutes les résolutions du gouvernement qui pourraient faire obstruction à ses intérêts quels qu’ils soient.

Très concrètement, l’actuel président de la République libanaise, le chrétien maronite Michel Aoun, doit sa nomination, au cours de l’automne 2016, au «déblocage» des institutions politiques libanaises par le «parti de Dieu». De plus, si le sunnite Saad Hariri a pu accéder au poste de président du Conseil des ministres libanais, le 6 novembre dernier, c’est là encore avec l’appui - ou grâce à la non-obstruction - du Hezbollah.

De plus, profitant sur tous les plans de son alliance stratégique avec l’Iran, le Hezbollah est devenu le fer de lance proche-oriental de la lutte anti-impérialiste contre les États-Unis et son «Suppôt de Satan», l’État d’Israël. Une alliance dont tire également avantage la république islamique iranienne qui fait avancer ses pions, par procuration, dans cette région du monde. Exaspéré, le président du conseil des ministres, Fouad Siniora, s’était plaint en mars 2008 : « La Syrie et l’Iran traitent le Liban comme une zone d’influence ou un terrain d’affrontement et de règlements de comptes110. »

Fini donc pour les chiites le temps des humiliés ! Le Hezbollah possède une intelligence politique stratégique raffinée et une imposante cargaison d’armes, deux atouts lui permettant d’en imposer. Habile joueur, Hassan Nasrallah pratique une «diplomatie de contestation» et de «déviance», une diplomatie de «l’intrusion», pour utiliser les termes des politologues. Henri Pierre aide le lecteur à comprendre cette dynamique au regard des enjeux de la politique internationale :

Alors même, écrit-il, que la présence du Hezbollah dans le champ international semblait remise en question, la guerre de juillet 2006 a offert au parti chiite libanais la responsabilité de jouer à nouveau un rôle actif sur la scène interétatique. En consacrant sa victoire divine, «historique et stratégique», ce dernier parvient non seulement à préserver la Résistance, mais également à transférer la dynamique d’un front militaire local à un front politique global. En défiant directement l’hegemon, le marginal obtient alors, à peu de frais, une visibilité sans commune mesure avec la réalité de sa puissance111.

Plus qu’un simple mouvement de la Résistance, le Hezbollah a su créer avec la communauté chiite libanaise, même plus largement, une société de la Résistance. Il souhaite aussi faire de l’État libanais, un État de la Résistance, comme le démontre son énoncé politique de décembre 2009112.


Conclusion

 

Aujourd’hui, le Liban est gouverné par des élites politiques militantes. « Les milices ont disparu des rues et se sont reconverties dans la politique » soutient Henry Laurens113. Le système politique de ce pays repose, en outre, sur la politisation des communautés114. Ainsi, comme l’explique Mounir Corm, sur le plan constitutionnel, le confessionnalisme est double. Il est d’une part «politique» dans le sens où la répartition des principales fonctions électives et administratives est établie selon l’obédience religieuse (article 24 de la Constitution), et d’autre part «juridique» dans la mesure où le statut personnel de chaque citoyen est régi par le droit de sa propre communauté (article 9 de la Constitution)115.

Dans ce système, la représentation politique est conséquemment basée sur les quotas consentis par communauté religieuse. À cet égard, la Constitution libanaise en précise le découpage: (…) les sièges parlementaires seront répartis selon les règles suivantes : - À égalité entre les chrétiens et les musulmans. - Proportionnellement entre les communautés de chacune de ces deux catégories. - Proportionnellement entre les régions116.

Ainsi, les rapports de force et de pouvoir au sein de l’État libanais reposent essentiellement sur la défense des communautés ethnoreligieuses par les chefs politiques ou autres leaders communautaires, les zaïms117. Quant au Liban d’aujourd’hui, note Henry Laurens, c’est une démocratie de zaïms, de «boss» locaux qui passent des marchandages pour se partager la rente118. Le chef du «parti de Dieu», l’imam Hassan Nasrallah est l’exemple typique du zaïm puissant, capable d’en imposer au gouvernement et à sa communauté. À titre d’exemple, le déblocage politique qui s’est produit à l’automne 2016, après un vide constitutionnel qui aura duré plus de deux ans, est attribué à la «collaboration du Hezbollah» !

« Partage de pouvoir ou partage de l’État ? » s’interroge Ahmad Beydoun119. Or, si les communautés ethnoreligieuses continuent de s’affronter durement, par purs calculs stratégiques, elles ne s’opposent pas toujours, avance le politologue Rayan Haddad, en outre, elles ne sont pas davantage elles-mêmes à l’abri de conflits intra-communautaires120.

Au final, cet État polyphonique est composé de multiples «libanités» qui sont rendues visibles, entre autres, par le «syndrome des communautés spécialisées» baptisé ainsi par Beydoun. À la communauté chiite, on associe résistance et libération, à la sunnite, reconstruction, et à la chrétienne, surtout maronite, souveraineté nationale121. Ajoutons que la troïka présidentielle constitue un autre exemple du «syndrome des communautés spécialisées».

Malgré le fait que la Constitution libanaise prévoit à l’article 95 les modalités du dépassement du confessionnalisme politique122, malgré le fait aussi que le communautarisme soit critiqué tant par des intellectuels libanais que par des personnages politiques tels que Mahmoud Berri et Nadim Gemayel, le système politique fondé sur le sectarisme religieux nous apparaît solidement en selle finalement. De ce fait, il retarde l’avènement du «citoyen» annoncé par les modifications constitutionnelles de 1990, de l’après Taëf123.

 

PIERETTE BEAUDOIN

 


 

NOTES

 

1Hervé Pierre, Le Hezbollah. Un acteur incontournable de la scène internationale ? Paris, L’Harmattan, 2008, p. 119.

2Denis Bauchard, Le nouveau monde arabe. Enjeux et instabilités, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2012, p. 143.

3 Paul Salem, « Lebanon », The Middle East, Ellen Lust Éd., Sage Press, chap. 17, 2014, p. 627.

4 Aurélie Daher, Le Hezbollah. Mobilisation et pouvoir, Paris, PUF, 2014, p. 24.

5 Ibid, p. 24

6Ibid, p. 25.

7 Maria Kostrz, « L’aura de la résistance à Israël », Le Monde diplomatique, Paris, avril 2016, p. 7.

8 Chiara Calabrese, « Le Hezbollah maître du jeu au Liban », Le Monde diplomatique, Paris, avril 2016, p. 7.

9 Selon certaines sources, il n’y aurait eu qu’un seul recensement en 1922; ledit recensement de 1932 serait une extrapolation basée sur le recensement de 1922.

10 Pierre Vallaud et Xavier Baron, Atlas stratégique du Proche et du Moyen-Orient, Beyrouth, Presses de l’Université Saint-Joseph, 2010, p. 62; Éric VERDEIL et collab., Atlas du Liban, Beyrouth, Institut français du Proche-Orient, 2007, p. 81.

11Theodor Hanf, Coexistence in Wartime Lebanon. Decline of a State and Rise of a Nation, London, I.B. Taurus & Co LTD, 2015, p. 88.

12 Fabrice Balanche, Atlas du Proche-Orient arabe, Paris, PUPS, 2012, p. 45.

13 E. Verdeil et collab., op. cit., p. 139.

14T. Hanf, op. cit., p. 477.

15 Ibid, p. 104-107

16 A. Daher, op. cit., p. 44

17Michel Hajji Georgiou et Michel Touma, « Les Hezbollah entre “culture de l’espace” et “culture territoriale”, Beyrouth, L’Orient-Le Jour, le jeudi, 17 août 2006, no 1, p. 3.

18 F. Balanche, op. cit., p. 44

19Rula Jurdi Abisaab et Malek Abisaab, The Shi’ites of Lebanon. Modernism, Communism and Hizbullah’s Islamists, Syracuse (N.Y.), Syracuse University Press, 2014, p. XX, 122-123.

20 Élie Ziadé, « Leyla Dakhli : Histoire du Proche-Orient contemporain », Les Cahiers de l’Orient, Paris, 2015, no 121, p. 151.

21 Pierre Blanc, Atlas des Palestiniens. Un peuple en quête d’un État, Paris, Éditions Autrement, 2014, p. 32.

22 Martin Gilbert, The Routledge Atlas of the Arabo-Israël Conflict, New York, 10e éd., Routledge Éd., 2012, p. 47.

23 Malkit Shoshan, Atlas of the Conflict Israël-Palestine, Rotterdam, 010 Publishers, 2010, p. 447.

24 « Le 12 septembre 1970, l’armée jordanienne réprime l’OLP dans le sang après les tentatives de celle-ci de renverser la monarchie », A. Daher, op. cit., p. 47, (note de bas de page).

25 P. Blanc, op. cit., p. 18, 21-22; M. Shoshan, op. cit., p. 450.

26Ziyad Barouk, « L’État de droit, le premier vaincu », Les Cahiers de l’Orient, Paris, 2015, no 120, p. 20, (note de bas de page no 1).

27 M. Gilbert, op. cit., p. 75.

28 Ibid., p. 75.

29 R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit., p. 51.

30 Ibid., p. XVI.

31 Georges Corm, Pensée et politique dans le monde arabe. Contextes historiques et problématiques, XIXe-XXIe siècle, Paris, Éditions La Découverte, 2015, p. 152.

32 R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit., p. XXXV; T. Hanf, op. cit., p. 107-110.

33 A. Daher, op. cit., p. 45.

34 G. Corm, op. cit., p. 152.

35 R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit., p. 104.

36 M. Hajji Georgiou et M. Touma, loc. cit., no 1, p. 2.

37 A. Daher, op. cit., p. 47.

38 R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit., p. XIX.

39 M. Hajji Georgiou et M. Touma, loc. cit., no 1, p. 2

40 A. Daher, op. cit., p. 48

41 Ibid., p. 47; R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit., p. XIX.

42 T. Hanf, op. cit., p. 205.

43 A Daher, op. cit., p. 48.

44 Ibid., p. 49.

45 G. Corm, op. cit., p. 264.

46 M. Hajji Georgiou et M. Touma, loc. cit., no 1, p. 2-3.

47 Leyla Dakhli, Histoire du Proche-Orient contemporain, Paris, Éditions La Découverte, 2015, p. 68.

48 Fady Asmar et collab., Atlas du Liban. Géographie. Histoire. Économie et Société, Beyrouth, Presses de l’Université Saint-Joseph, 2006, p. 60.

49 L. Dakhli, op. cit., p. 70.

50 T. Hanf, op. cit., p. 249, 255-256.

51 Ibid., p. 246.

52 A. Daher, op. cit., p. 67.

53 Daniel Meier, « Qu’est-ce que le Hezbollah ? », Les Cahiers de l’Orient, Paris, 2013, no 112, p. 36.

54 F. Asmar et collab., op. cit., p. 60.

55 D. Meier, loc. cit., p. 37.

56 T. Hanf, op. cit., p. 280.

57 R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit., p. 126.

58 A. Daher, op. cit., p. 471.

59 Ibid., p. 87.

60 D. Meier, loc. cit., p. 36 et 38.

61 R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit. p. 128-129.

62 H. Pierre, op. cit., p. 121.

63 M. Hajji Georgiou et M. Touma, loc. cit., n o 2, p. 3.

64 T. Hanf, op. cit., p. 583 et 590.

65Mounir Corm, Pour une IIIe République libanaise. Étude critique pour une sortie de Taëf, Paris, L’Harmattan, 2012, p. 23, 10, 38.

66 D. Meier, loc. cit., p. 39.

67 R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit., p. 133.

68 A. Daher, op. cit., p. 123.

69 Ibid., p. 125.

70 R. Jurdi Abisaab et M. Abisaab, op. cit., p. 131.

71 A. Daher, op. cit., p. 109.

72Didier Leroy, « Les Forces Armées Libanaises. Symbole d’unité nationale et objet de tensions communautaires », Magreb Mackrek, Paris, 2012, no 214, p. 40.

73 Ibid., p. 40.

74 Ahmad Beydoun, La Dégénérescence du Liban ou la Réforme orpheline, Paris, Actes Sud, 2009, p. 88.

75 D. Meier, loc. cit., p. 39.

76 P. Salem, loc. cit., p. 619.

77 T. Hanf, op. cit., p. 289.

78 Ibid., p. 246, (note de bas de page no 113).

79 M. Hijji Georgiou et M. Touma, loc. cit., no 2, p. 2.

80 Ibid., p. 2.

81 F. Asmar et collab., op.cit., p. 63-64.

82 A. Daher, op. cit., p. 144.

83 Ibid., p. 144.

84 F. Asmar et collab., op. cit., p. 66.

85 Ibid., p. 67.

86 R. Jurdi Abissaab et M. Abisaab, op. cit., p. 141.

87 H. Pierrre, op. cit., p. 140.

88 R. Jurdi Abisaab et Abisaab, op. cit., p. 142.

89 H. Pierre, op. cit., p. 142.

90 Ibid., p. 141-143.

91 Ibid., p. 161.

92 Ibid., p. 25-27.

93 Ibid., p. 106.

94A. Daher, op. cit., p. 243.

95 H. Pierre, op. cit., p. 106-107.

96 P. Salem, loc. cit., p. 621.

97 Élizabeth Picard, Liban-Syrie intimes étrangers. Un siècle d’interactions sociopolitiques, Paris, Actes Sud, 2016, p. 313.

98 D. Meier, loc. cit., p. 42.

99 Ibid., p. 42.

100 É. Picard, op. cit., p. 319-320.

101 D. Meier, loc. cit., p. 43.

102 A. Daher, op. cit., p. 450.

103 Martin Klasta, « Le Hezbollah en Syrie : La résistance redéfinie ? », Maghreb Mackrek, 2014, no 218, p. 88.

104 D. Meier, loc. cit., p. 45.

105 M. Klasta, loc. cit, p. 89.

106 Ibid., p. 92.

107 D. Meier, loc. cit. p. 43-45.

108 Pour de l’information sur le contentieux des fermes de Chebaa, voir É. Picard, op. cit., p. 341-349.

109 D. Meier, loc. cit., p. 45.

110 É. Picard, op. cit., p. 332.

111 H. Pierre, op. cit., p. 137.

112 D. Meier, loc. cit., p. 44.

113 Henry Laurens, Le Monde, Cahier du « Monde », Proche-Orient. Le grand bouleversement, Paris, samedi 24, dimanche 25, lundi 26 décembre 2016, no 22378, p. 8.

114 A. Beydoun, op. cit., p. 163.

115 M. Corm, op. cit., p. 33.

116 Ibid., p. 34.

117 Zaïm : leader politique dont l’autorité ne s’exerce pas uniquement à partir d’un territoire, mais sur une communauté, voir Leyla Dakhi, op. cit., p. 106.

118 H. Laurens, loc. cit., p. 8.

119 A. Beydoun, op. cit., p. 86.

120 Rayan Haddad, « Shifting from Consensus to Agonistic Struggle over Syria : Lebanon Challenging the Encompassing Sectarian Divide Narrative », Berlin, Orient : German Journal for Politics, Economics and Culture of the Middle East, 2015, 56/4, p. 6.

121 A. Beydoun, op. cit., p. 88-98.

122M. Corm, op. cit., p. 24.

123 A. Beydoun, op. cit., p. 13.




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