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Hommage fleuri à Marcel Proust: Jean-Paul et Raphaël Enthoven reçoivent le prix Femina essai

Un texte de Esther Benfredj
Thèmes : Littérature
Numéro : Argument 2013 - Exclusivités web

 

 

 

« Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l’obscurité et du silence. »
Marcel Proust, Le temps retrouvé

 


De nombreuses choses ont été écrites sur la vie et l’œuvre de Marcel Proust, cet habitué des salons parisens, ce dandy à l’allure - un tantinet - nonchalante et à la santé fragile. Certains ont peut-être encore en mémoire l’édifiante biographie d’André Maurois, publiée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (À la recherche de Marcel Proust, Paris, Hachette, 1949).

Mort en 1922 à 51 ans, ce monstre sacré du siècle passé n’a pas quitté les esprits ni les coeurs des dandys d’aujourd’hui. Comment le lire, comment l’apprécier, comment l’évoquer afin de le mieux comprendre ? Telles sont les questions - et tant d’autres - auxquelles Jean-Paul et Raphaël Enthoven apportent un éclairage savoureux dans le Dictionnaire amoureux de Marcel Proust, ouvrage plein d’humour et de poésie qui s’est récemment vu décerner le prix Femina essai.[1] Proust revisité de A à Z, voici de quoi ravir, avec ou sans madeleine, les nombreux proustolâtres qui vouent à cet atypique personnage un culte immodéré. Réjouissons-nous également de ce que Spinoza, Esther et même Zidane trouvent leur place dans cet audacieux dictionnaire. Car finalement qui, plus que ce géant de la littérature française, ne méritait que lui soit consacré un dico à la fois sérieux, désinvolte et amoureux ? André Gide ? répondront, non sans humour, les taquins littéraires...

Rédigée à quatre mains, cette encyclopédie nous donne le goût de partir ou de repartir à la recherche de l’œuvre de Marcel, oeuvre profonde et truffée de thèmes récurrents dont le temps, la mémoire, l’échec et l’homosexualité. D’ailleurs, n’est-il pas vrai que tout véritable adepte de la religion proustienne se doit de lire les sept tomes d’À la recherche du temps perdu au moins quatre fois dans sa vie ? D’abord lors de l’adolescence afin d’aiguiser une certaine intuition ; puis au cours d’un programme estudiantin pour  en satisfaire les exigences littéraires ; vient ensuite la lecture qui succède au premier chagrin d’amour afin d’y trouver réconfort et consolation ; enfin, et c’est la plus décisive d’entre toutes, celle du dernier âge de la vie lorsque s’esquissent les derniers traits de la psyché.

La prose de Proust scande ainsi, à la façon d’un métronome, le battement des cœurs épris de belles lettres. Celui qui avait autrefois écrit qu’« il n’y a pas de réussite facile, ni d’échecs définitifs », reçoit en cette fin d’année un digne hommage en 324 thèmes et en 730 pages. Le pari des Enthoven père et fils  est réussi : nous voilà plongés au sein d’une époque surannée où le style d’écriture raffiné, bien que parfois ampoulé, était à l’image du savoir-vivre et des mœurs d’antan. Il n’est finalement pas trop tard pour s’en aller à la redécouverte du temps perdu. Qui a dit que la proustolâtrie devait cesser ?

ESTHER BENFREDJ



[1] Jean-Paul et Raphaël Enthoven, Dictionnaire amoureux de Marcel Proust, Paris, Plon/Grasset, 2013. 




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