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Qu’est-ce qu’être conservateur aujourd’hui? Le projet politique du Parti conservateur et le conservatisme contemporain

Un texte de Christian Nadeau
Dossier : Qu'est-ce qu'être conservateur?
Thèmes : Conservatisme, Gouvernement, Politique
Numéro : vol 14 no 1 Automne 2011 - Hiver 2012

En octobre 2010, j’ai publié un court ouvrage où j’essayais d’expliquer les raisons pour lesquelles il était absolument nécessaire de s’opposer à de nombreuses actions posées par le gouvernement Harper depuis son élection en 2006[1]. J’y décrivais non seulement ces actions, mais également ce que j’ai voulu interpréter comme une « philosophie » de ce gouvernement, au sens fort du terme. J’ai tenté de montrer quels étaient les principes et les arguments retenus par Harper et les conservateurs qui se sont associés à son projet depuis la création du Parti conservateur actuel.  Mon objectif était de montrer toute la cohérence du projet politique des conservateurs afin de mieux interpréter leurs choix politiques à long terme. En quoi s’agit-il de philosophie ? Parler d’« idéologie » conservatrice me semblait beaucoup trop général. En outre, une idéologie suppose une sorte de système d’idées dont les individus ne sont pas les auteurs et qui leur dicte leur action, comme si les idées leur imposaient un mode d’agir. Dans le cas de Stephen Harper et de ses collaborateurs, je crois et continue de croire qu’ils agissent surtout en fonction d’une conception du monde dont ils sont vraiment les auteurs et, par conséquent, dont ils sont entièrement responsables. Ce n’est ni le « système », ni je ne sais trop quelle conspiration internationale, ni l’« air du temps », qui déterminent leur programme politique, mais eux-mêmes. Au surplus, ils ont imposé à la politique canadienne ces dernières années une logique qui trouve de plus en plus de partisans.

 

Le Parti conservateur ne fait pas de la gouvernance à la petite semaine. Ses dirigeants ont des projets d’envergure qu’ils savent mener à terme, lentement mais sûrement. Ils sont certes très influencés aussi par l’« air du temps » ou par les grands acteurs de la scène économique mondiale, mais cela est le cas de tous les partis et ne devrait pas les détourner de leurs objectifs fondamentaux.  La grande force des conservateurs associés à Harper est d’avoir été capable de réfléchir sur ce qu’ils sont, ce qu’ils voulaient être et ce qu’ils voulaient pour le Canada. À cela on pourrait rétorquer qu’il s’agit d’une banalité. Tous les partis politiques ont leur propre conception de la chose publique et s’appliquent à la défendre. Entendons-nous bien : je ne reproche pas au Parti conservateur d’avoir réussi à présenter un programme politique digne de ce nom. Ce que je lui reproche, c’est le contenu de son programme et la manière dont il entend le réaliser.

 

 Il ne m’est pas possible de revenir ici en détail sur mon essai. Ce que j’aimerais faire, c’est m’attarder sur une critique qui m’a souvent été adressée au cours des conférences qui ont été organisées à la suite de la publication du livre. Selon cette critique, j’aurais mis dans un même panier la diversité des courants de pensée au sein du conservatisme et je les aurais en quelque sorte réduits à un dénominateur commun qui ne leur rendrait pas justice. En d’autres termes, ce que j’ai voulu décrire comme étant la philosophie de Harper ne correspondrait pas aux différents courants conservateurs qui existent au Canada et encore moins dans le monde. Dès lors, je ne pourrais ni expliquer ni encore moins dénoncer le conservatisme, car je ne me serais intéressé en réalité qu’à un courant parmi d’autres au sein de ce mouvement, et non à ce que tous les courants ont en commun.

 

J’aimerais répondre à cette critique en deux temps, ce qui me permettra, je le crois, de discuter plus directement de la question posée par la revue Argument à tous ceux qui ont accepté de contribuer à ce dossier. En premier lieu, je voudrais expliquer en quoi ma démarche dans mon livre visait explicitement le conservatisme prôné par Harper et les partisans du conservatisme dont il s’est fait le défenseur et non toutes les formes de conservatisme, au Canada ou ailleurs. Malgré cette précaution, je voudrais en second lieu,  et c’est ce qui est le plus important à mes yeux dans le cadre de cet article, expliquer en quoi ce type particulier de conservatisme n’est pas idiosyncrasique et en quoi également il risque de séduire les partisans des autres familles conservatrices. Si je veux insister sur ce qui pourrait paraître à plusieurs une évidence, c’est qu’en séparant le conservatisme de Harper des autres mouvances du conservatisme et en tentant d’en montrer la singularité, il serait facile d’en conclure que leurs objectifs sont en réalité radicalement différents de ceux des autres mouvances conservatrices. Or, à mon avis, la différence entre ces tendances est de plus en plus une différence de degré plutôt que de nature.

 

LES CONSERVATEURS DE HARPER

 

                Dans mon livre, j’ai voulu montrer en quoi les politiques préconisées par le gouvernement Harper depuis sa première élection en 2006 découlent d’un ensemble de réflexions sur le sens du projet conservateur au Canada et sur les choix que ses partisans devaient faire pour pouvoir prendre le pouvoir et le garder. La thèse principale de mon livre est que ce projet doit être compris dans toute sa cohérence, car son but est de changer la donne politique au pays de manière structurelle. Trop souvent, l’actualité politique est commentée au jour le jour, comme si en fait les luttes d’intérêts étaient déterminées par des facteurs purement contingents, échappant au contrôle des individus. Il est évident que la politique ne se joue pas non plus dans le ciel des idées. Mais les intérêts des partis et des individus ne sont pas poursuivis sans que ceux-ci sachent à quoi ils se réfèrent dans leur ensemble. Cette vision globale des choses apparaît plus nettement lorsqu’elle est exprimée de manière logique et ordonnée. Il est possible qu’un grand nombre de facteurs ou de phénomènes échappent à cette logique ou qu’ils lui soient associés à tort. En revanche, je crois que cela permet d’expliquer grosso modo les grandes orientations des conservateurs depuis 2003.

 

                Si cette précision me paraît importante, c’est précisément en raison de ce que je veux exprimer dans la seconde section de ce texte : en m’attaquant aux conservateurs sur la base de leurs idées, je suppose que celles-ci constituent un ensemble cohérent et suffisamment représentatif pour qu’il soit pertinent de le soumettre à un examen critique.  Le problème réside ici dans le fait que je  suis sensible à la critique selon laquelle mon approche confondrait plusieurs genres dans une seule catégorie, ne serait-ce que parce que j’ai tenté de montrer l’unité et la spécificité du programme politique des conservateurs. Ma réponse à cette critique est relativement simple : je pense qu’il est possible de reconnaître les grandes orientations d’un projet politique sans présupposer une valeur causale de ce même projet pour toute action politique qui lui serait associée. Inversement, on ne peut associer des actions données à un programme politique si celui-ci résume seulement de manière abstraite des actions observées sur une base régulière. En outre, il est tout à fait possible de concevoir qu’un projet politique ait de la souplesse, qu’il puisse ainsi être amendé régulièrement par les personnes qui l’ont mis en place,  à condition qu’elles n’aillent pas jusqu’à le dénaturer ou à en faire une coquille vide.

 

Mais quel est donc ce projet que j’associe au Parti conservateur ? Je crois qu’il tient essentiellement à deux grands facteurs : une très forte hostilité à l’égard du pluralisme et la volonté de fondre les différentes doctrines conservatrices en une seule.

 

Pour ce qui touche le pluralisme, les conservateurs de Harper jugent qu’il  est à la source de bon nombre de nos problèmes. Selon eux, ce pluralisme conduit inévitablement à un relativisme, où tout se vaut et où finalement rien ne se vaut. Stephen Harper a très bien exposé cette idée dans une conférence de 2003 présentée devant l’association Civitas[2]. Mais il ne s’agit pas d’une simple thèse énoncée dans un contexte politique particulier. Elle se retrouve dans la majorité des discours à tendance morale qu’ont prononcés Harper ou des membres de son équipe depuis bon nombre d’années. La critique du pluralisme comme vecteur du relativisme est récurrente, comme le montrent les nombreuses prises de position favorables aux politiques d’Israël à l’égard de Gaza, de la Cisjordanie ou des territoires occupés, ou contre ceux qui s’opposent à leur conception de la justice pénale. Comme je reviendrai plus loin sur cette question du pluralisme, je n’en dirai pas plus à ce sujet pour le moment.

 

Le second élément clé du projet du Parti conservateur est sa volonté d’unifier les différentes familles conservatrices présentes au Canada. Cette unité ne doit pas être vue, du moins à mon avis, comme une simple coalition. Le programme politique du Parti conservateur concilie ou tente de concilier au moins deux traditions en apparence opposées l’une à l’autre : il s’agit du conservatisme moral et du libertarisme. Le conservatisme moral suppose l’affirmation d’un ensemble de valeurs traditionnelles constitutives de l’identité d’une société donnée. L’appel à la tradition est fondé sur l’importance attribuée à une histoire commune : le passé est en quelque sorte un garde-fou contre les dérives du présent. De son côté, le libertarisme est neutre au sujet des projets de vie ou des communautés, dans la mesure où ceux-ci ne sont imposés d’aucune manière aux individus. Bon nombre de conservateurs ne se reconnaissent pas du tout dans le combat libertarien contre l’État ou les grandes institutions qui entravent la liberté. Au contraire, ils jugent que l’État doit intervenir pour assurer le respect des valeurs traditionnelles. Tout comme le libertarisme , le conservatisme peut se penser sans, voire contre. Pourtant, ces deux courants se rencontrent régulièrement dans les partis associés à la droite, mais rarement sans difficulté. Stephen Harper et ses collaborateurs n’ont pas voulu d’une simple alliance entre conservateurs et libertariens. Il s’agissait plutôt pour eux de montrer en quoi l’opposition apparente entre les deux s’estompait à partir du moment où le libertarisme se limitait aux questions d’ordre économique. Le conservatisme du Parti conservateur me paraît plus proche du conservatisme que du libertarisme. Ce qu’il a retenu de ce dernier, c’est l’idée que les nombreuses institutions publiques brident la liberté et coûtent beaucoup trop cher. Cela n’a pas empêché les conservateurs de Harper de gouverner en dépensant beaucoup d’argent, mais ils ont effectivement tenté de réduire la taille des institutions publiques qu’ils jugeaient incompatibles avec leur projet. En un sens, le libertarisme – qui a amené ici  une réforme en profondeur du mode de fonctionnement des institutions – a été mis au service du programme conservateur. Deux exemples parmi d’autres : la prorogation du Parlement en décembre 2009 et la manière dont le gouvernement Harper s’y est pris pour mettre un terme aux activités du comité spécial sur les prisonniers afghans en juin 2011.

 

L’idée première du conservatisme du Parti conservateur a été de penser son projet à très long terme. Les conservateurs ne veulent pas seulement que leur parti gouverne pour quelques mandats, ils veulent que leurs idées survivent à leur gouvernement, qu’elles changent profondément le pays et fassent de celui-ci un État conservateur, dans ses institutions politiques et plus fondamentalement dans ses mœurs politiques. Bien sûr, il y a encore de l’improvisation, bien sûr il y a de la politicaillerie, mais tout cela est assez peu intéressant. Ce qui l’est beaucoup plus et qui paraît vraiment effrayant, c’est le mépris qu’affiche le Parti conservateur pour les institutions démocratiques dont le rôle premier est de maintenir le pluralisme, lequel, selon moi, est essentiel à une démocratie digne de ce nom. Certes, le Parti libéral avait agi de la même manière à l’époque de Trudeau, mais, d’une part, cela ne change à rien à l’évaluation actuelle du problème et, d’autre part, je crois que l’héritage laissé par les conservateurs de Harper sera beaucoup plus durable que celui laissé par les libéraux. Pour certains, il s’agira d’une grande victoire, pour d’autres, dont je suis, ce sera un très lourd fardeau.

 

LE PARTI CONSERVATEUR ET LE CONSERVATISME



                Il existe une grande variété d’écoles ou de courants associés au conservatisme au Canada et également un peu partout dans le monde[3]. Pensons au conservatisme religieux, par exemple à celui des groupes évangéliques. Pensons aussi au conservatisme des neo-cons de l’époque Bush et au conservatisme populiste de groupes comme le Tea Party aux États-Unis. Pensons au conservatisme moral burkéen ou à celui des héritiers de la pensée de Raymond Aron, probablement l’un des plus importants penseurs conservateurs du XXe siècle.

 

Reste à savoir ce qu’il peut bien y avoir de communs entre les disciples de Hayek et ceux d’Aron, les intégristes et les puritains, les sceptiques à l’égard du progrès et les sceptiques à l’égard des mesures politiques visant à protéger les différences culturelles ou morales, bref entre tous ceux qu’une bonne partie de la gauche a malheureusement tendance à associer à l’extrême-droite, comme si finalement tout cela était du pareil au même. Que la gauche se positionne par rapport à la droite en fonction de ses propres critères et de ses propres valeurs, cela me paraît légitime. La droite peut faire la même chose. Sur ces questions, il n’existe pas de point de vue de nulle part. Cependant, la gauche – tout comme la droite – ne devrait pas tout simplifier en radicalisant les idées de ses adversaires. Mais elle devrait s’inquiéter lorsque les différences entre les familles de droite s’estompent. Il ne s’agit pas seulement d’une question de rapport de forces où chacun se réjouit des divisions observées dans le camp adverse. Il s’agit des conditions de possibilité du dialogue entre les parties au sein d’une société juste et démocratique.

 

                Jusqu’ici j’ai tenté de résumer mon interprétation du conservatisme de Harper en insistant sur sa singularité. Je voudrais maintenant proposer l’esquisse d’une thèse : le conservatisme du Parti conservateur et les différentes familles du conservatisme se rejoignent en fait moins par leurs aspirations que par l’existence d’un adversaire commun, soit le pluralisme moral ou, plus précisément, ce qu’ils dénoncent comme étant une forme de relativisme moral. Or, il est tout à fait possible d’affirmer qu’il existe des points de vue différents sur de nombreuses questions morales et politiques sans qu’on soit forcé de conclure que toutes s’équivalent. Une société favorable au pluralisme, quant à elle,  admettrait difficilement que l’État ou la majorité imposent un point de vue à tous les citoyens. Une société pluraliste rechercherait un gouvernement capable d’édicter des lois condamnant uniquement les actes et leurs conséquences, pas les croyances ni les valeurs. Une société pluraliste recherche donc la tolérance à la fois dans l’exercice du gouvernement et dans les rapports sociaux. On tomberait dans le relativisme moral lorsqu’on déciderait d’imposer une croyance ou une conception du monde tout simplement parce que, par exemple, elle correspondrait à nos « valeurs occidentales ». Or, la justice et l’équité sont valables non pas parce qu’elles font partie de nos valeurs occidentales, mais parce qu’elles sont absolument nécessaires au vivre-ensemble dans une société.

 

Même s’il existe de très nombreuses traditions conservatrices très différentes les unes des autres, elles se présentent très souvent comme étant hostiles ou opposées à l’idée selon laquelle nous devrions encourager ou au moins protéger la diversité des préférences morales au sein d’une société. Certes, le libertarisme est en principe neutre à l’égard des préférences morales des individus, car il défend avant tout les libertés individuelles et s’oppose à toute ingérence de l’État dans les choix moraux de l’individu, sauf si ces choix nuisent à la liberté des autres. Mais le libertarisme est hostile à toute politique visant à favoriser structurellement le pluralisme par le moyen de mesures étatiques.

 

Il faut aussi faire attention à la chose suivante. La tradition conservatrice puise énormément dans le scepticisme des auteurs dont elle se réclame, tels Hume et Burke, pour n’en citer que deux. Ce scepticisme expliquerait l’opposition forte des penseurs conservateurs aux changements sociaux radicaux, comme ce fut le cas pour Burke au sujet de la Révolution française. Il n’existe pas d’incompatibilités de principe entre pluralisme et conservatisme si le premier est constaté sans être défendu avec ardeur. Un adepte du conservatisme standard s’opposerait à toute mesure politique qui serait hostile aux valeurs d’un groupe d’individus. En revanche, il refuserait d’accéder aux demandes de reconnaissance de ces mêmes individus. Pour donner un exemple concret, un partisan du conservatisme standard serait contre des politiques clairement homophobes, mais peu favorable à la reconnaissance des droits sociaux des homosexuels. Cela étant dit, je ne crois pas que le conservatisme canadien que nous avons vu au pouvoir depuis 2006 soit d’inspiration sceptique.

 

Mon idée est la suivante. Je crains  que peu à peu le conservatisme à la sauce Harper ne devienne la seule option politique vraiment intéressante pour tous les conservateurs, quels qu’ils soient. Pourquoi ? Parce que ce type de conservatisme a fait de sa lutte contre le pluralisme une priorité. Or, la majorité des familles conservatrices au Canada envisagent le pluralisme avec un certain scepticisme, précisément parce qu’elles y voient une menace pour l’unité du pays, et la chose, bien entendu, ne se présente pas de la même manière dans les provinces de l’Ouest qu’au Québec. Bien sûr, le discours tenu par les Harper, Flaherty, Beard et bien d’autres, en particulier au cours de la dernière campagne électorale, fut celui de la stabilité économique. Mais cela ne les a pas empêchés de continuer à vouloir faire disparaître le registre des armes à feu, augmenter la sévérité des peines carcérales, accroître les dépenses militaires et la présence de notre armée dans le monde, etc., bref à vouloir remodeler le Canada de manière que le pluralisme soit bientôt une position défendue uniquement par la gauche. Or, il existe de nombreuses raisons pour les différents types de conservatisme de craindre la disparition du pluralisme, car celle-ci pourrait nuire à leur propre survie. Je pense que de nombreux conservateurs québécois associés au mouvement nationaliste, par exemple, ne se reconnaissent pas du tout dans Harper, indépendamment même de la question constitutionnelle. Je ne peux m’étendre ici sur ce sujet, mais il me semble que la dimension historique du nationalisme canadien défendu par Harper et ses proches est somme toute très artificielle, alors qu’elle est essentielle dans le nationalisme conservateur québécois.

 

Il doit y avoir beaucoup de conservateurs partout au Canada qui n’aiment pas, ne serait-ce que pour des raisons de prudence, assister sans pouvoir rien faire aux chambardements institutionnels qui surviennent depuis quelques années ou qui sont opposés au type d’engagement militaire que nous préconisons maintenant. Tout le problème vient de ce que les succès politiques du Parti conservateur peuvent peu à peu conduire bon nombre de conservateurs de différentes tendances à abdiquer leur être propre et à rentrer dans le rang. Ces derniers y seraient conduits non seulement parce que cette intégration peut représenter des gains intéressants pour faire avancer leurs idées, mais aussi, et le fait est pernicieux, parce qu’il y a de moins en moins de place pour le pluralisme démocratique au sein de ce pays.

 

Je suppose que plusieurs souriront en lisant ce texte, car je place dans le futur ce que certains jugent fait depuis longtemps. Je reste toutefois convaincu qu’il existe encore de nombreux conservateurs qui ne s’identifient pas au conservatisme tel qu’il est défini par Stephen Harper. J’espère sincèrement qu’ils se manifesteront de plus en plus. Je ne souhaite pas une division au sein des conservateurs, je crois seulement que nous avons besoin de points de vue différents dans une société. L’homogénéité sociale m’est toujours apparue comme le premier pas vers les dérives anti-démocratiques. Personne ne peut vraiment souhaiter une telle chose.



Christian NADEAU*



NOTES

*Christian Nadeau est professeur au Département de philosophie de l’Université de Montréal.  


[1] Contre Harper. Bref traité philosophique sur la révolution conservatrice, Montréal, Boréal, 2010. J’aimerais remercier Dominique Leydet, de l’UQAM, et Alain Noël, de l’Université de Montréal, pour les remarques et critiques qu’ils m’ont adressées lors d’une table ronde de l’ACFAS organisée par France Giroux au sujet de mon livre. Je me suis largement inspiré de nos discussions au moment de la rédaction de ce texte. Je remercie également Éric Bédard et Mathieu Bock-Côté pour leurs commentaires.

[2] À ce sujet, voir Contre Harper, op. cit., p. 32.

[3] Pour une très bonne étude sur la diversité des courants conservateurs, ce qui les sépare et ce qui les réunit, voir le livre de Kieron O’Hara, Conservatism, Londres, Reaktion Books, 2011. Le livre de O’Hara prône un type de conservatisme que son auteur juge incompatible avec les radicalismes de toutes sortes, de gauche comme de droite.




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