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Présentation du dossier Autour d'un livre: Le bon prof. Essais sur l’éducation, de David Solway

Un texte de Marc Chevrier
Dossier : Autour d'un livre: Le bon prof. Essais sur l'éducation. de David Solway
Thèmes : Éducation, Jeunesse, Société
Numéro : vol. 11 no. 2 Printemps-été 2009

David Solway

 

Le bon prof.

Essais sur l’éducation.

Traduits de l’anglais par Yolande Amzallag, Christine Ayoub et Emmy Bos

Montréal, Fides, 2008, 288 p.


Il se publie beaucoup de livres aujourd’hui, et il n’est pas assuré que ceux qui en parlent et qui écrivent à leur propos les aient vraiment lus. Quelques chroniques, publiées dans notre presse, confirment parfois ce doute affreux, sans compter celles où le critique se met en scène au lieu de faire voir une œuvre, excellente, bonne ou mauvaise. Les revues, si elles ont peu de lecteurs, possèdent au moins du temps, tout le temps nécessaire pour méditer une œuvre et réunir autour d’elle une conversation entre lecteurs avisés. Mieux encore, une chronique comme la présente invite l’auteur lui-même à répondre aux interprétations suscitées par son livre.

L’état exécrable de l’éducation au Québec encouragé par la bêtise socioconstructiviste de nos pédagogues apprentis sorciers n’est pas la seule raison, ni la principale, pour laquelle Argument a donné à lire le beau recueil d’essais de David Solway. L’actuel dialogue de sourds entre partisans de la pédagogie par compétences et les défenseurs de l’apprentissage de connaissances éclipse un aspect pourtant essentiel du débat : Qu’est-ce qu’enseigner et à quelles qualités reconnaît-on un bon maître ? C’est à cette problématique fondamentale que s’est attaqué Solway, sans emprunter les voies tortueuses de la langue de bois pédagogicienne, avec le style libre d’un homme qui croit encore que c’est sa mission d’apprendre à penser.

Ainsi que le souligne Patrick Moreau, le livre de Solway, qui témoigne de son expérience de professeur dans deux cégeps anglophones, fait voir que l’illettrisme et l’inculture qu’encouragerait le système d’éducation du Québec n’est pas un problème spécifiquement francophone, excusable par le prétendu retard scolaire que le Québec des baby boomers aurait glorieusement entrepris de combler depuis la Révolution tranquille. Solway lie cette crise de la transmission à une évolution plus générale des sociétés occidentales, gagnées par la croyance irrationnelle que la technique est garante de la substance. Il s’ensuit une véritable crise du sens, de la « littéracie », qui dédramatise l’incapacité de beaucoup d’étudiants de bâtir une argumentation sensée et construite. Raphaël Arteau McNeil décèle aussi dans le texte de Solway le constat des effets corrosifs de l’empire de la technique sur l’éducation. Celle-ci, rappellent McNeil et Solway, repose avant tout sur une relation humaine, non réductible aux procédés pédagogiques. L’oubli de cette dimension essentielle a conduit à une pédagogie qui forme des moi dispersés, imbus de l’opinion, de plus en plus généralisée, que tout s’acquiert sans effort. Dans un texte aux formules frappantes, Christian Bouchard ne peut que souscrire au diagnostic de Solway et dénonce sans ambages une « certaine gauche universitaire, lénifiante, avilissante, sociologisante, fonctionnariste » qui a abandonné l’idéal de la liberté par la connaissance. Bouchard déplore aussi les contrôles et les manœuvres du système d’éducation destinés à réformer les vrais maîtres qui résistent encore à l’abrutissement programmé de leurs élèves.

Dans sa réplique, Solway précise que sa critique de l’école étatisée ne procède pas d’une « animosité typiquement libérale à l’égard de la bureaucratie », comme le lui a reproché Patrick Moreau. Assumant son conservatisme, Solway se réclame de Tocqueville pour affirmer la conviction que la liberté individuelle s’épanouit dans une tradition vivante de patriciens chevronnés du savoir. Un Hydro-Québec de l’éducation imposant un curriculum et une didactique uniformes ne peut qu’éteindre les lumières ! Solway reconnaît que Raphaël Arteau McNeil a vu juste en considérant sa vision de l’éducation comme « nostalgique et catastrophique ». Semblable en cela à George Grant, Solway préfère toutefois la mélancolie lucide à l’optimiste débonnaire de nos thérapeutes sociaux – ou l’homo reformis si bien nommé par Christian Bouchard. Dans une humanité technocratique et sans visage, il est inévitable, conclut Solway citant Max Weber et George Steiner, que la haute culture survive dans quelques enclaves parsemées, où l’on enseigne que le meilleur a déjà été dit et écrit.



Marc Chevrier


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