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Présentation du dossier Autour d'un livre: Pierre Elliott Trudeau : l’intellectuel et le politique. Témoignage et archives personnelles d’un conseiller du premier ministre Trudeau, d'André Burelle

Un texte de François Charbonneau
Dossier : Autour d'un livre: Pierre Elliott Trudeau: l'intellectuel et le politique. Témoignage et archives personnelles d'un conseiller du premier ministre Trudeau, d'André Burelle
Thèmes : Canada, Gouvernement, Histoire, Politique
Numéro : vol. 9 no. 2 Printemps-été 2007

André Burelle,

Pierre Elliott Trudeau : l’intellectuel et le politique. Témoignage et archives personnelles d’un conseiller du premier ministre Trudeau,

Montréal, Fides, 2005, 469 p.



Le rendez-vous manqué 

 


Des vagues de publications qui déferlent annuellement dans nos librairies, rares sont celles qui contiennent des ouvrages qui pourront être lus avec profit dans quelques années, voire, si l’on reste généreux, dans quelques mois. Devant cet afflux, les livres véritablement importants sont souvent menacés de passer complètement inaperçus. C’est pour éviter ce sort au livre d’André Burelle, Pierre Elliott Trudeau : l’intellectuel et le politique (paru chez Fides à l’automne 2005) que nous avons préparé ce dossier. Un tel destin serait tout aussi tragique que la trame narrative du livre en question. L’auteur y livre en effet un témoignage inédit sur son expérience de porte-plume française de et conseiller politique de Trudeau dans les années 1970 et 1980. Si ce livre doit impérativement devenir un incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à la saga constitutionnelle canadienne, c’est qu’il lève le voile, documents à l’appui, sur cet extraordinaire rendez-vous manqué que fut la tentative de refondation du Canada à la suite du référendum québécois de 1980. L’auteur soutient la thèse que Pierre E. Trudeau, loin d’avoir toujours tenu une position individualiste libérale, entretenait l’espoir de refonder le Canada par une reconnaissance des principales communautés du pays, sur les bases de la pensée personnaliste. On découvre ainsi dans les correspondances entre Burelle et Trudeau que se discutait aux plus hauts échelons de la hiérarchie politique canadienne la pensée d’un Maritain, d’un Mounier ou d’un Denis de Rougemont, à grand renfort de citations tirées de l’œuvre de Péguy. Si le livre d’André Burelle se lit pourtant comme une tragédie shakespearienne, c’est que le lecteur en connaît l’inéluctable dénouement : l’adoption forcée de la Charte des droits et libertés et le choix définitif de Trudeau pour une conception individualiste libérale et « one nation » du Canada, dont il se revendiquera ultérieurement pour faire échouer Meech et Charlottetown. Cette tragédie, André Burelle réussit à nous la faire vivre dans ses souliers alors qu’il tente, sans succès, de changer le cours de l’histoire au moment du rapatriement de la constitution. Car ce livre, c’est aussi celui d’un homme qui, comme son peuple, aura le sentiment d’avoir été trahi en 1982 par une personne dans laquelle il avait placé toute sa confiance. Il choisira des années plus tard d’investir la place publique dans une charge contre son ancien patron et qui servira de base à son premier livre, Le mal canadien, la défense la plus éloquente jamais produite en faveur d’un fédéralisme renouvelé et respectueux des nations qui le constituent. 

Pour débattre de ce livre, la revue Argument a retenu des contributions d’auteurs provenant d’horizon divers. Yves Martin amorce ce dossier en contestant la thèse selon laquelle Trudeau aurait changé de conception pendant les évènements des années 1980.  Michel Sarra-Bournet s’interroge ensuite sur les ambiguïtés de l’électorat québécois dans ses orientations politiques, et notamment dans son rapport à Trudeau. Eugénie Brouillet se demande quant à elle si la conception d’un pacte fondateur entre peuples ayant présidé à la naissance du Canada, que Burelle oppose à la vision trudeauiste, ne relève pas davantage d’un mythe réconfortant que de la réalité politique de l’époque. Dans la même veine, Christian Dufour conteste l’opposition qu’il voit opérer chez Burelle entre le Canada de 1867, qui correspondrait au pays réel, et celui de 1982, qui serait une conception imposée par le fédéralisme exécutif. Enfin, John Richards se demande si la conception d’un Canada multiculturel et favorable aux droits individuels n’aurait pas fini par s’imposer de toute façon, comme elle s’est imposée, avec ou sans charte, à peu près partout en Occident[1]. La réponse d’André Burelle, à la fin de ce dossier, réussit le tour de force de nous en apprendre encore davantage sur la pensée de Trudeau. Cette réponse est livrée avec la même probité intellectuelle et la même générosité envers ses adversaires politiques qui ont caractérisé toute la carrière d’André Burelle, et qui l’honorent. 



François Charbonneau

 

 


1. D’aucuns noteront que ce dossier ne comporte pas de texte provenant de la plume d’un auteur d’allégeance trudeauiste affirmée. Les très nombreuses personnes correspondant à cette description que nous avons sollicitées ont toutes décliné notre invitation.



 


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