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Présentation du dossier: 150 ans de quoi, au juste?

Un texte de Danic Parenteau, François Charbonneau
Dossier : 150 ans de quoi, au juste?
Thèmes : Canada
Numéro : 19-2 Printemps-été 2017

La fédération canadienne célèbre cette année son 150e anniversaire. Les raisons de la création de ce dominion en 1867 sont nombreuses et contrastées : intérêt économique d’une certaine élite politique, volonté de puissance de l’Empire britannique, crainte de la menace que représentent les visées expansionnistes de nos voisins du Sud dans la foulée de la victoire des troupes nordistes, ou alors simple « création des provinces » comme aimait le rappeler Maurice Duplessis. Le territoire de ce nouveau pays s’est agrandi, pour englober aujourd’hui l’ensemble de la partie la plus septentrionale du continent nord-américain. À partir de son statut de simple colonie au sein de l’Empire britannique, le Canada s’est très progressivement affranchi de cette tutelle et est devenu, à la faveur des deux guerres mondiales, une puissance moyenne, membre du groupe des pays du G8. Sans rejeter entièrement les symboles de son passé colonial, il a connu également une transformation sur le plan symbolique, avec l’adoption d’un drapeau et d’un hymne national propre. Si la république états-unienne a pu constituer jusqu’au début du vingtième siècle la principale menace militaire pour le Canada, elle est aujourd’hui son principal allié et son premier partenaire économique. La menace, jadis militaire, est aujourd’hui plutôt culturelle, les Canadiens ( surtout anglais ) étant toujours porteurs de cette « détermination héritée de ne pas être états-uniens », comme l’écrivait avec tant de justesse George Grant.

Bien que le Canada ait pu être épargné par la violence qui afflige beaucoup de sociétés, il n’a pourtant pas échappé aux crises et aux conflits. On pense notamment à la guerre menée contre les Métis de Louis Riel, au Pacific Scandal, à la crise des écoles catholiques ou bilingues au Manitoba ou en Ontario, à la participation du pays aux diverses guerres de Sa Majesté qui ont été accompagnées au Québec par les deux crises de la conscription, au mouvement des suffragettes, au scandale des pensionnats autochtones, à l’aliénation de l’Ouest, à l’éveil d’un nationalisme supplantant le loyalisme britannique de jadis, à la montée du nationalisme québécois, au triomphe du multiculturalisme et à l’adoption de la Charte des droits et libertés. S’il est impossible de résumer un siècle et demi d’histoire en quelques lignes, ces événements, et bien d’autres encore, montrent la complexité de l’expérience canadienne, d’un pays qui, malgré les diverses tentatives d’unification et de centralisation politiques, reste malgré tout divisé par de multiples lignes de fracture linguistique, identitaire ou idéologique. Quel bilan doit-on alors dresser de cette expérience fédérale ?

Dans le premier texte de ce dossier, Louis-Georges Harvey plaide pour une refondation de la fédération canadienne « sur les bases d’un véritable respect des communautés qui la composent et inspirée du désir de redonner à nos enfants l’espoir de vivre dans un monde affranchi de la menace d’un cataclysme environnemental ». Simon-Pierre Savard-Tremblay s’attaque pour sa part à cette idée selon laquelle le Canada serait le « premier pays postmoderne », pour reprendre les mots de l’ancien premier ministre Paul Martin. Jonathan Durand Folco analyse de son côté l’expérience fédérale canadienne sous l’angle inédit de la question municipale.

Ensuite, Jean-Herman Guay revient sur l’« étrange » relation Québec-Canada, en explorant l’échec d’un mythe national rassembleur québécois, en dépit de nombreuses avancées pour le Québec depuis la montée du mouvement souverainiste. François Charbonneau procède à une « relecture » des griefs qui étaient adressés au Canada anglais par le Canada français dans les années 1960 en s’intéressant aux « inévitables effets qu’induit un système qui n’assure pas la vitalité du fait français ». Danic Parenteau cherche quant à lui à montrer combien l’émergence d’un sentiment national canadien au sein de la population anglaise du pays, qui « représente certainement l’une des plus grandes réalisations politiques du Canada depuis la Confédération », s’est en grande partie faite contre la nation québécoise. Éric Bédard s’interroge sur le sens à donner aux célébrations de 2017, qui risquent de s’articuler autour « du merveilleux présent fait de générosité et d’ouverture », occultant ainsi le sens véritablement historique de cet événement.

Anne Legaré s’arrête au sens du fédéralisme canadien pour montrer combien derrière l’État canadien se cache une relation de domination qui, au Québec, laisse voir une crise de légitimation étatique. Marc Chevrier s’intéresse à une série de lettres pamphlétaires anticanadiennes ( Anti-Gallic letters ), publiées entre septembre 1835 et janvier 1836 dans le Montreal Herald, par un Écossais installé au Canada depuis 1833, Adam Thom. Il s’en inspire dans une relecture critique de l’imaginaire politique canadien depuis 1982. Comment se représenter l’expérience historique canadienne depuis 1867 ? Jocelyn Létourneau retient divers modèles, parmi lesquels ceux qu’il appelle « structure mobile » et « arrangement hétéroclite » lui paraissent les plus adéquats.

Herménégilde Chiasson envisage le sens de la fédération canadienne à travers le parcours historique acadien tel qu’il se donne à voir dans douze figures associées à l’époque de la création du dominion canadien en 1867. Chris Champion brosse un portrait de la vision de l’histoire canadienne de Stephen Harper qu’il a tenté de défendre alors qu’il était conseiller politique au gouvernement de 2006 et 2015. Enfin, André Burelle fait état des efforts déployés par Brian Mulroney lors de l’accord du lac Meech pour réaliser certaines promesses non tenues de Pierre Elliott Trudeau.

 

Danic Parenteau

François Charbonneau




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