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Vues d’Europe

» regards jetés sur les vieux-pays

Mai 2008

Pavane pour une communauté juive défunte

Un texte de Abraham BENGIO

Les enfants,
Un jour vous viendrez à Tanger, Perle du Détroit, Ville blanche, Tourterelle posée sur l’épaule de l’Afrique (Oui, je sais, cela ressemble un peu aux litanies de la Vierge : pourtant, rien de moins vierge que cette ville si longtemps offerte à tous ceux qui voulaient la prendre). Vous viendrez à Tanger, avec moi ou en souvenir de moi. Mais vous n’y verrez pas – ou si peu – de juifs. Il vous faudra découvrir Tanger sans les juifs tangérois.
Il faut pourtant que vous sachiez que cette ville ne peut en aucun cas, à la différence des shtetels de Pologne, être réputée judenrein (expression nazie qui veut dire à peu près : « débarrassée de ses juifs »), et ce, au moins pour trois raisons : la première est, bien entendu, qu’il n’y a pas eu ici de massacre ; personne ne nous a chassés : un jour, nous avons cru que l’heure était venue de partir, voilà tout. La deuxième est que les juifs tangérois dispersés à travers le monde restent prisonniers, passionnément, des charmes puissants et des sortilèges de cette ville. La troisième est que Tanger, bien que plus de trente ans se soient écoulés, n’a pas oublié ses juifs. Il y en a même une quatrième : c’est qu’il reste encore à Tanger quelques juifs, semblables à ces roches témoins épargnées par l’érosion ; regroupés autour d’une unique synagogue, ils gardent nos cimetières et se réunissent le soir au cercle, le « Casino de Tanger ».

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Mai 2008 | Classé dans Vues d’Europe
Mars 2006

Europe : une crise du centre

Un texte de Marc-Olivier PADIS

Le rejet du projet de traité constitutionnel européen par la France le 29 mai 2005 constitue dans l’histoire politique récente du pays un moment aussi crucial que le vote du 21 avril 2002 qui plaça le candidat de l’extrême droite devant le candidat socialiste au premier tour de l’élection présidentielle. En effet, ces deux votes ont pris à revers l’idée d’une pacification de la vie politique française et de son recentrage autour des partis de gouvernement et de quelques sujets de consensus fort comme la construction européenne. Lors du référendum comme en avril 2002, on a ressenti une sorte de fronde anti-institutionnelle, de fête du refus, de joie triste de répondre à côté de la question, de prétention gauloise à faire la leçon au reste de l’Europe au nom du « modèle français ». C’est dire qu’un tel vote enregistre, bien plus qu’un rapport de forces entre partis, un état d’esprit politique qui dépasse de loin l’enjeu de la consultation elle-même. La responsable du Parti communiste n’incitait-elle pas les électeurs à « se lâcher » à propos de l’Europe? Les deux votes ont révélé la faiblesse du socle électoral dont bénéficient les partis représentés à l’Assemblée nationale ainsi que la capacité de mobilisation de l’extrême gauche et de l’extrême droite dont la représentation politique est néanmoins faible dans les institutions. D’où le sentiment croissant d’un décrochage entre les élus et leurs électeurs (sans parler de la masse croissante des non-électeurs) qui teinte déjà la précampagne présidentielle d’une forte coloration populiste. 

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Mars 2006 | Classé dans Vues d’Europe