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Tribune

» essais polémiques et d’humeur

Mai 2008

De l’engagement à la révolte

Un texte de Marc-André CYR

Le mouvement d’opposition à la guerre a su depuis quelques années perturber la quiétude des princes guerriers : contre l’invasion de l’Irak (2001), du Liban (2006) et le départ des troupes québécoises vers l’Afghanistan (2007), c’est par dizaines de milliers que les manifestantes et manifestants du Québec se sont joints à ce mouvement international d’opposition à la « guerre au terrorisme ». Appuyé, semble-t-il, par l’opinion publique – cette somme de clients-électeurs aux volontés contradictoires – ce mouvement a opposé à la rhétorique sécuritaire et occidentaliste un discours et une action antimilitariste et internationaliste.

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Mai 2008 | Classé dans Tribune
Novembre 2007

La main de Google

Un texte de Carl BERGERON

Récemment, une amie, lors d’une agape chez moi, c’est-à-dire dans un endroit soigneusement tenu hors monde, m’a soudain demandé : « Est-ce que tu t’es déjà googlé ? ». Frappé d’abord par la question, qui me ramenait avec une violence doucereuse dans un monde que je tente d’éviter le plus possible et le mieux possible, je lui demandai pourquoi. C’est alors qu’elle m’apprit que j’étais insulté sur le blogue d’une jeune féministe, qui réagissait à un texte que j’avais fait paraître dans un journal québécois, en mars 2006, lors d’une polémique soulevée par l’écrivain David Homel. Il m’était déjà arrivé de me googler, plus ou moins directement, par exemple pour retrouver un texte que j’avais publié dans telle ou telle revue, mais jamais avec minutie.
C’est dans ce contexte que je commençai à m’intéresser à cet étrange outil qu’est Google. Piqué de curiosité pour la signification de ce nom d’entreprise, qui s’apparente à un néologisme, j’ai fait quelques recherches qui m’ont amené à découvrir, sans surprise, que « Google » avait quelque chose à voir avec l’enfance. En 1938, le mathématicien américain Edward Kasner voulut donner un nom au nombre formé du chiffre 1 suivi de 100 zéros. Selon ce qu’il raconte lui-même dans son livre Mathematics and the imagination, il se serait alors tourné vers son fils pour lui demander une suggestion ; le petit garçon de neuf ans baragouina un mot, « googol », qui devint par la suite « google ». Quel est le plus grand nombre existant? Tel est le genre de question « défiant l’imagination » que s’est posée l’audacieux mathématicien, à la suite de bien des théosophes et illuminés du Siècle des lumières. « Google » rappelle bien sûr le terme « goggle », des lunettes de protection, qu’il faut distinguer des « glasses » ordinaires. Les fondateurs de la multinationale Google, Larry Page et Sergey Brin, deux whizkids formés à Stanford, ont repris le terme en hommage à Kasner pour baptiser leur entreprise, en 1998.

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Novembre 2007 | Classé dans Tribune
Avril 2007

Le conservatisme québécois de Lucien Bouchard

Un texte de Mathieu BOCK-CÔTÉ

L’arrivée à la direction du Parti québécois (PQ) de Lucien Bouchard en avait surpris plusieurs. Certainement, l’homme s’était démarqué parmi les leaders souverainistes depuis sa démission du gouvernement fédéral en 1990, au point d’éclipser le chef péquiste Jacques Parizeau comme représentant presque officiel du camp du OUI au moment de la campagne référendaire de 1995. Le négociateur en chef pouvait bien disposer de la sympathie d’une majorité de Québécois, même de souverainistes; il n’en demeurait pas moins réputé trop à droite et trop modéré pour un PQ à dominante social-démocrate et indépendantiste. Son passage du Bloc québécois, qui convenait aisément à la personnalité autoritaire du chef souverainiste, au PQ, disposant d’une significative base populaire flanquée d’une aile radicale très activiste, était difficilement envisageable pour plusieurs observateurs attentifs à la culture partisane des formations politiques québécoises. En dehors de l’appareil militant du PQ, certains commentateurs de la scène publique ont aussi témoigné de leur scepticisme devant l’ardeur incertaine d’un chef souverainiste officiellement rallié quelques années auparavant à l’idée d’une réunification canadienne portée par l’accord du lac Meech. Plus souvent, c’est à la dimension incertaine des idées politiques de Bouchard que plusieurs s’en prenaient. Aussi ardentes soient-elles, les convictions souverainistes de Lucien Bouchard ne seraient-elles pas non plus éphémères? Il y a quelques temps, encore une fois, suite à la publication d’un sondage concernant son possible retour aux affaires publiques , Michel David soutenait faussement que Lucien Bouchard était passé d’un fédéralisme militant à un souverainisme fervent , ce qu’avançait aussi Lysiane Gagnon en disant de Lucien Bouchard qu’il était « changeant », sans profondeur vraie, ce qui le distinguerait pour le pire d’un Jacques Parizeau, méchamment classé parmi les doctrinaires d’un indépendantisme pur, mais apparemment plus cohérent et résolu dans la poursuite de son idéal, plus authentique, surtout, dans son adhésion au projet d’un Québec souverain . 

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Avril 2007 | Classé dans Tribune
Octobre 2006

Libérez-nous des pédagogues

Un texte de Nicole Gagnon

Le nouveau programme d’histoire au secondaire, soumis à approbation ministérielle et qui a suscité un tollé général, a au moins ceci de bon qu’il met en lumière la malfaisance dont sont capables nos pédagogues. On lui a reproché sa perspective fédéraliste : c’est là son moindre défaut. Il s’agit surtout d’une « pluriculturalité » bien-pensante, destinée à estomper la singularité de la société québécoise, laquelle n’apparaît qu’avec sa modernisation normalisante et son « changement de mentalité ». Il ne convient pas de laisser trop de place aux Québécois-Français, dont les 10 000 ancêtres sont sandwichés entre les premiers occupants et les milliers de nouveaux venus tous azimuts, où se noie leur descendance. Pas de Pierre Bédard ni d’Université Laval dans le chapitre sur la démocratie, mais des McGill et une couple de John Molson. Pas de Saguenay, d’Abitibi ou de Nouvelle-Angleterre dans le peuplement, mais plein de Grosse-Île, de Rocher Nigger, de Shearith Israël et de boulevard Saint-Laurent. On a casé Gilles Vigneault dans l’économie, avec « Fer et Titane », pour laisser place aux Oscar Peterson, Leonard Cohen, Irving Layton (??) ou « Eshi Uapataman Nukum » (???) dans la culture, en compagnie tout juste du Refus global et des Fées ont soif. Leclerc, Ferron, Dumont? On ne connaît pas plus que René Lévesque.

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Octobre 2006 | Classé dans Tribune
Mars 2006

Des fédérations froides à un printemps chaud. Bilan critique de la grève étudiante de 2005

Un texte de Benoît LACOURSIÈRE

Introduction

Au Québec, l’hiver et le printemps 2005 ont été particulièrement chauds. Pourtant, la température n’a pas battu des records; c’est plutôt le conflit entre la population étudiante et le gouvernement Charest qui a échauffé le climat politique et social. Pour la huitième fois depuis la fin des années 1960, une grève générale étudiante a paralysé le Québec. Quelques mois après la plus grande mobilisation étudiante de l’histoire québécoise, il importe d’en faire un bilan préliminaire. Deux visions, non seulement de la stratégie à employer, mais aussi de l’éducation, se sont opposées, non seulement entre les étudiants et les étudiantes et le gouvernement Charest, mais également entre les grévistes. Malgré le conflit interne au mouvement étudiant, le ministre de l’Éducation Jean-Marc Fournier a été dans l’obligation de reculer, donnant gain de cause à la centaine de milliers d’étudiantes et d’étudiants s’étant mobilisés. L’ensemble des mouvements sociaux qui ont affronté le gouvernement Charest ne peuvent se targuer d’un tel succès et devraient en conséquence prendre exemple sur le mouvement étudiant en ce qui a trait aux luttes à venir. 
Cela étant dit, le mouvement étudiant, et particulièrement les deux grandes fédérations étudiantes collégiale et universitaire du Québec, n’est pas exempt de tout reproche. Il n’est pas normal que le mouvement étudiant ait été pris de court face à la coupure de plus de 100 millions de dollars et que la mobilisation générale ait duré plus de six semaines. L’entente de principe issue de cette grève est aussi critiquable. À partir de ma propre observation participante, de même que par le biais d’une analyse des discours et des stratégies employées durant la grève de l’hiver 2005, je soutiendrai que la grève étudiante de l’hiver et du printemps 2005 a eu lieu malgré les deux grandes fédérations étudiantes collégiale et universitaire du Québec (FECQ et FEUQ). Cette grève fut principalement le fruit du travail de base fait par quelques associations étudiantes et coordonné principalement par l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) et sa coalition élargie (CASSÉÉ). L’approche utilisée par les fédérations étudiantes quant à la revendication unique des 103 millions de dollars les a enfermées dans un esprit de concession face au gouvernement, malgré le rapport de force sans précédent que détenait le mouvement étudiant.

Les modifications à l’Aide financière aux études et les mobilisations pré-grève
Le Parti libéral du Québec (PLQ) arrive au pouvoir au printemps 2003. Le milieu de l’éducation, principalement à l’université, est alors (dé)tourné vers la très attendue commission parlementaire sur la qualité, l’accessibilité et le financement des universités, convoquée officiellement le 8 décembre 2003 alors que le projet de loi modifiant la Loi sur l’Aide financière aux études (AFE) est encore discuté à l’Assemblée nationale. Celui-ci est sanctionné le 18 décembre, sans que le gouvernement ne consulte le milieu de l’éducation. Le projet modifiant le Règlement sur l’AFE et découlant de la loi est déposé le 12 février 2004 pour consultation, moins d’une semaine avant le début des travaux de la commission parlementaire spéciale. Fait étonnant, les organisations étudiantes ne critiquent pas la décision du gouvernement.

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Mars 2006 | Classé dans Tribune
Octobre 2005

Diderot, lecteur des Bougon

Un texte de Jean-Philippe TROTTIER

Il est de bon ton de décrier, tant au Québec qu’à l’étranger, la médiocrité des programmes de télévision — PBS et ARTE exclus, entre autres. Les désolants reality shows justifient amplement l’humeur qui saisit certains téléspectateurs, et la pâture que l’on sert au « bon peuple », au lieu de l’élever, le conforte dans ses tics et ses habitudes. Audimat oblige, il faut niveler par le bas à telle enseigne que plus une émission est populaire, plus elle risque d’être suspecte. La série-culte de l’heure au Québec, Les Bougon, suscite les mêmes interrogations. On y voit, en vignettes d’une vingtaine de minutes entrelardées de publicité, les magouilles d’une joyeuse famille d’assistés sociaux qui agissent selon la maxime suivante : le système nous crosse, on est tannés, crossons-le à notre tour. 

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Octobre 2005 | Classé dans Tribune
Octobre 2004

Le cri d’une génération. L’affaire “ CHOI-FM ” et le conflit des générations

Un texte de Frédéric Têtu

En réduisant CHOI-FM à la seule personne de Jeff Fillion, et en réduisant Jeff Fillion à une douzaine de phrases malheureuses qui circulent hors-contexte, non seulement nous tombons dans la caricature, mais nous courons le risque de rater une occasion de réflexion exceptionnelle, une réflexion qui dépasse largement la personne de Jeff Fillion et sa station de radio. Le 22 juillet dernier, 50 000 personnes descendaient dans les rues de Québec pour manifester leur attachement à CHOI. 

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Octobre 2004 | Classé dans Tribune
Mars 2004

L’homme empaillé ou pourquoi notre statuaire politique est-elle platement réaliste?

Un texte de Antoine Robitaille

L’installation, devant le local du syndicat des Cols bleus de Montréal, d’un monument représentant leur chef Jean Lapierre, a fait grand bruit, fin octobre 2003. La photo de l’œuvre, reproduite à la une des journaux, a provoqué l’hilarité générale. On a répété : “ Le type est vivant et on lui coule une statue! ” On a souligné que le style en était affreusement démodé; du “ social-réalisme ” d’avant la chute du mur, comme l’a écrit un journal au lieu de “ réalisme socialiste ”.

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Mars 2004 | Classé dans Tribune
Octobre 2003

Sexe, mariage et indifférence: le coup de grâce à la paternité

Un texte de Marie-Blanche Tahon

Lever l’obligation suivant laquelle le mariage est l’union d’un homme et d’une femme n’est pas une décision mineure, puisqu’elle remet en cause la représentation de la différence des sexes, qui constitue l’un des piliers de l’ordre social. Il est vrai que la reconnaissance du mariage homosexuel n’empêchera pas le maintien du mariage hétérosexuel, mais il reste qu’elle redéfinit profondément le mariage.

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Octobre 2003 | Classé dans Tribune
Mars 2003

Le désir d’être grand

Un texte de Joseph-Yvon Thériault

Dans un texte classique présenté souvent comme le prototype du nationalisme mélancolique québécois, “La fatigue culturelle du Canada français”, écrit en 1962, Hubert Aquin se demande: “Mais pourquoi faut-il que les Canadiens français soient meilleurs? Pourquoi doivent-ils “percer” pour justifier leur existence?” Cette question, Aquin la pose en réaction à un texte, écrit lui aussi en 1962 et devenu presque aussi célèbre que le sien: “La nouvelle trahison des clercs”, texte d’un jeune intellectuel anti-nationaliste, Pierre Elliott Trudeau, qui sera appelé, comme on le sait, à jouer par la suite un rôle politique majeur.

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Mars 2003 | Classé dans Tribune
Octobre 2002

L’hébreu en Israël : des leçons pour le français au Québec?

Un texte de Charles Blattberg

Il y a, bien sûr, des différences importantes entre les sociétés israélienne et québécoise. Mais il y a aussi des points communs : on compte plus de six millions de citoyens israéliens, près de cinq millions de Juifs et un million d’Arabes et autres; au Québec, la population est de taille similaire, avec une distribution assez semblable entre la majorité francophone et les minorités anglophone et allophone. Les deux sociétés sont par ailleurs entourées de populations qui parlent une langue différente de celle de la majorité locale : l’arabe au Moyen-Orient et l’anglais en Amérique du Nord. 

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Octobre 2002 | Classé dans Tribune