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Autour d’un livre

» les livres québécois analysés, recensés et débattus dans cette chronique à plusieurs voix

Mai 2008

Présentation: Le roman de la littérature québécoise

Un texte de Marie-Andrée LAMONTAGNE

L’histoire littéraire est au cœur de la rubrique « Autour d’un livre » qui paraît dans ce numéro, et pour cause. Histoire de la littérature québécoise, des Michel Biron, François Dumont et Élisabeth Nardout-Lafarge, publié aux éditions du Boréal à l’automne 2007, vient à son heure. Près de deux siècles de soupirs n’auront pas été vains : l’objet existe, cette synthèse en est la preuve. On peut manipuler ledit objet, l’examiner sous toutes les coutures ou l’envisager comme un tout, l’exhiber localement avec une fierté revancharde, timidement à l’étranger. L’objet : la littérature québécoise, dont l’existence, paradoxalement, n’a jamais été aussi attestée que maintenant, alors que l’habit gêne aux entournures. Qui en fait partie ? À partir de quand ? Au nom de quoi ? Et qui reste à la porte ? Plus intéressant encore : qui veut bien rester dehors ? 

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Mai 2008 | Classé dans Autour d’un livre

La littérature québécoise et ses marges

Un texte de Jean-Christian PLEAU

L’Histoire de la littérature québécoise publiée par Michel Biron, François Dumont et Élisabeth Nardout-Lafarge et Martine-Emmanuelle Lapointe vient combler un vide étrange. Depuis longtemps, le seul ouvrage que l’on pouvait proposer à qui souhaitait une vue d’ensemble du domaine littéraire québécois était celui de Laurent Mailhot, La Littérature québécoise depuis ses origines (Typo, 1997). Ce livre, qui avait d’abord été un « Que sais-je ? » (paru pour la première fois en 1974), en avait conservé les limites, malgré l’ampleur nouvelle donnée au texte : c’était un ouvrage dense, cherchant à mentionner le plus grand nombre de titres et n’accordant du coup à chacun d’entre eux que quelques formules lapidaires. Utile comme feuille de route, il ne pouvait guère être recommandé au grand public qui aurait souhaité en faire une lecture cursive. À ce dernier, on ne pouvait davantage proposer La Vie littéraire au Québec (Presses de l’Université Laval, 1991), projet collectif monumental dont cinq tomes sur huit ont maintenant été publiés : en effet, cette somme s’adresse en premier lieu aux spécialistes, et les dimensions mêmes de l’ouvrage suffiraient à le rendre inaccessible. Au demeurant, La Vie littéraire, comme son nom le suggère, met de l’avant l’histoire des institutions littéraires : l’ouvrage n’est pas centré sur les textes eux-mêmes. Conçu comme outil de référence pour les chercheurs, il ne prétend en aucune manière jouer le rôle d’ouvrage d’initiation. Il faut en fait remonter à 1967 pour trouver un ouvrage comparable dans sa visée à celui de Biron et de ses collègues, soit L’Histoire de la littérature française du Québec, publiée sous la direction de Pierre de Grandpré. Mais c’était il y a une génération : et l’on sait combien cette génération a marqué la littérature québécoise… De fait, dans la nouvelle Histoire de la littérature québécoise qui nous est proposée, la littérature postérieure à 1960 n’occupe pas loin de la moitié de l’ouvrage. Nul ne niera en somme qu’il y avait un manque criant, auquel Biron et ses collègues viennent précisément répondre.

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Mai 2008 | Classé dans Autour d’un livre

Éloge des petites littératures

Un texte de Maxime PRÉVOST

Appelée à faire date, une entreprise éditoriale comme cette impressionnante Histoire de la littérature québécoise aura inévitablement, au cours des prochaines décennies, plusieurs effets structurants sur la lecture et l’enseignement du corpus national. Disons-le d’emblée, cet ouvrage est une réussite incontestable qui réunit une suite de commentaires éclairés et éclairants sur les textes marquants de notre littérature ; le plaisir de lecture est considérable, qu’on choisisse de lire l’ouvrage d’une traite ou à pièces décousues, ce qui rehausse d’autant son pouvoir à moyen et à long terme : voici une histoire de la littérature qu’auront lue tous les commentateurs d’ici quelques années. Ce livre deviendra vraisemblablement un dénominateur commun de tous les discours sur la littérature québécoise, sans même qu’il soit nécessaire de le citer. Il convient donc de s’interroger dès aujourd’hui sur ses lignes directrices, avant qu’elles ne se soient instituées dans nos discours avec toute la force du naturel.
Les auteurs insistent dans leur introduction sur la notion, extrêmement problématique, de «texte littéraire» (l’incipit se lit : «Ce livre constitue à la fois une mise en situation et une relecture des textes littéraires québécois, des origines à nos jours», p. 11). Or il y a tout lieu de se demander si cette cohabitation du substantif texte et de l’adjectif littéraire ne constitue pas une tentative, implicite, de concilier l’histoire et l’ontologie. Des textes ont été produits au Canada français, depuis Jacques Cartier, qui, par la force des choses – je dirais par la force de l’histoire – ne portent aucune marque particulière de littérarité («Un récit de voyage, comme on en trouve des dizaines dans le corpus de la Nouvelle-France, est-il littéraire au même titre que le sera la poésie d’Émile Nelligan ?», p. 11). Selon nos auteurs, le mot littéraire aurait donc «une acception particulièrement large au Québec. Pendant longtemps, des textes qui ailleurs appartiendraient aux marges de l’histoire littéraire en forment ici l’armature» (p. 12).

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Mai 2008 | Classé dans Autour d’un livre

Une littérature qui se lit

Un texte de Antoine BOISCLAIR

Depuis les travaux de Gustave Lanson, qui à l’aube du XXe siècle ouvrit sa discipline à des perspectives sociologiques, les historiens de la littérature peuvent difficilement faire abstraction des enjeux institutionnels agissant sur leur objet d’étude. Au cours des dernières décennies, particulièrement depuis les théories de Pierre Bourdieu sur le champ littéraire, cette orientation sociologique a cependant mené plusieurs chercheurs à négliger la dimension esthétique des œuvres, à exclure de leur horizon l’épineux problème de la valeur et, sous prétexte d’objectivité, à envisager parfois sur un plan d’égalité les genres canoniques (poésie, roman, théâtre, etc.) et les « discours » au sens large du terme (discours journalistiques, politiques, iconographiques, etc.) . La Vie littéraire au Québec, comme le mentionnent Michel Biron, François Dumont et Élisabeth Nardout-Lafarge dans le texte d’introduction à leur ouvrage, participe depuis quelques années de cette orientation pluraliste qui s’intéresse souvent davantage à l’histoire des idées qu’à celle des œuvres littéraires proprement dites. 

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Mai 2008 | Classé dans Autour d’un livre

L’étendue de la littérature québécoise

Un texte de Michel BIRON, François DUMONT et Élisabeth NARDOUT

Nous remercions la revue Argument d’avoir choisi notre livre pour le soumettre à trois collègues et de nous permettre de réagir à leurs commentaires. Nous sommes d’autant plus heureux de cette occasion qu’Argument n’est pas une revue spécialisée en littérature et que l’on a donc considéré, pour une fois, que la littérature n’était pas uniquement un objet pour les spécialistes. C’était d’ailleurs notre ambition que d’écrire d’abord à l’intention des lecteurs pour qui la littérature n’est pas un domaine de recherche.
Les trois signataires des comptes rendus ont souligné l’unité de ton et le fait que le livre était conçu pour être lu et non seulement pour être consulté. Cet aspect était primordial pour nous : l’inventaire de la littérature québécoise a beaucoup progressé depuis quelques décennies, mais la mise en récit de l’ensemble de cette littérature était devenue rare et même contraire à l’orientation de notre métier, en raison du « généralisme » que cela implique. La littérature québécoise comprend aujourd’hui un grand nombre de spécialités, mais nous avons fait le pari qu’il était encore possible d’en parler à ceux que François-Xavier Garneau désignait comme « la généralité des lecteurs ». Cela dit, nous croyons que, pour les spécialistes eux-mêmes, il pourra être utile de mieux situer les œuvres, les genres et les périodes en regard d’un ensemble que le domaine des études québécoises risque de perdre de vue. En ce sens, les critiques qui nous sont adressées nous semblent très positives, puisqu’il s’agit pour l’essentiel de questions que seule une perspective d’ensemble permet de poser.

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Mai 2008 | Classé dans Autour d’un livre
Novembre 2007

AUTOUR D'UN LIVRE - PRÉSENTATION

Un texte de François CHARBONNEAU

Dans un livre paru dernièrement et qui a fait grand bruit, Alain Roy et Gérard Bouchard demandaient au monde intellectuel québécois : « La culture québécoise est-elle en crise ? » Interpellés par la question, nous avons eu envie de permettre à des praticiens de la culture de la fouiller plus avant. Evelyne de la Chenelière, auteure de théâtre et comédienne, ainsi qu’Olivier Kemeid, dramaturge et metteur en scène, ont chaleureusement répondu à notre invitation. Leurs réponses étonnent. Non, la culture au Québec n’est pas en crise… voilà, en somme, précisément le problème que constatent chacun à leur façon nos deux collaborateurs. Les moments de crises sont associés à des moments d’effervescence culturelle, à des moments fondateurs de grande créativité. Nous n’en sommes pas là, ou, du moins, pas encore.

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Novembre 2007 | Classé dans Autour d’un livre

Les beaux dessins

Un texte de Evelyne DE LA CHENELIÈRE

La culture québécoise est-elle en crise ? Je concentrerai ma réflexion autour de la pratique théâtrale au Québec, puisque que je crée pour le théâtre et que ma vision peut alors en être une « de l’intérieur ».
Indéniablement, je suis inquiète en pensant à l’état de la culture au Québec. Quand je cherche à nommer la raison de cette inquiétude, je ne sais pas quel terme employer. S’il s’agissait vraiment d’une crise, elle évoquerait pour moi un point tournant, une rupture. Or, et à regret, je n’ai pas le sentiment, comme artiste, de faire partie d’un mouvement décisif pour l’avenir de la culture au Québec.
Ainsi, plutôt que « crise », j’emploierais plus spontanément le mot fatigue, découragement, désabusement, apathie, cynisme, et presque rejet du théâtre par le théâtre lui-même.

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Novembre 2007 | Classé dans Autour d’un livre

Une crise à venir

Un texte de Olivier KEMEID

L’intérêt de cette question réside en grande partie dans l’obligation qu’ont les répondants de se positionner vis-à-vis des termes employés : qu’est-ce qu’une crise, qu’est-ce qu’une culture, qu’entend-on par une culture québécoise? Si l’on distingue généralement deux champs de définition de la culture – celui de l’anthropologie (mœurs, coutumes, mentalités…) et celui des œuvres (productions des artistes, intellectuels, etc.) –, je tenterai dans cet article de composer avec ces deux définitions, que je ne mets pas sur une même ligne de force : je suis de ceux qui croient fondamentalement en la possibilité d’une primauté des idées sur les moyens et bien que les moyens déterminent les idées de la norme, j’affirme que ce sont les idées subversives qui sont à la base des changements de mentalité. Ce qui revient à dire qu’une culture des œuvres, lorsqu’elle se fait contestatrice, peut provoquer une crise de la culture dans son ensemble – et donc un changement du modèle de société. J’entends par « crise de la culture » un bouleversement radical des mentalités; ce bouleversement peut être accompagné d’un chaos social ou se dérouler dans la plus plate tranquillité, il peut être perçu comme un recul terrifiant ou comme un progrès glorieux; dans tous les cas il remplace un ordre par un autre. Il est donc difficile à mon avis de percevoir si nous sommes actuellement en crise ou non : ce n’est pas l’absence de désorganisation sociale qui peut nous permettre de conclure à la non-existence d’une crise, pas plus que certaines transitions suffisent à prouver l’existence de ladite crise. Nous sommes contraints, dans le cas où le recul historique n’est pas possible, de nous fier à notre sensibilité, doublée peut-être d’une intuition raisonnée qui aurait été éclairée par les expériences du passé. Je m’explique : il m’apparaît inévitable de revoir ne serait-ce que brièvement les anciennes crises de la culture au Québec, afin d’en distinguer d’une part les fondements, et d’autre part, de tenter de comprendre où nous nous situons actuellement. Car c’est en dressant l’état de la culture que nous pourrons plus aisément percevoir l’existence d’une crise, ou – ce qui est mon intuition – d’une « pré-crise ».

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Novembre 2007 | Classé dans Autour d’un livre
Avril 2007

Le rendez-vous manqué

Un texte de François CHARBONNEAU

Des vagues de publications qui déferlent annuellement dans nos librairies, rares sont celles qui contiennent des ouvrages qui pourront être lus avec profit dans quelques années, voire, si l’on reste généreux, dans quelques mois. Devant cet afflux, les livres véritablement importants sont souvent menacés de passer complètement inaperçus. C’est pour éviter ce sort au livre d’André Burelle, Pierre Elliott Trudeau : l’intellectuel et le politique (paru chez Fides à l’automne 2005) que nous avons préparé ce dossier. Un tel destin serait tout aussi tragique que la trame narrative du livre en question. L’auteur y livre en effet un témoignage inédit sur son expérience de porte-plume française et de conseiller politique de Trudeau dans les années 1970 et 1980. Si ce livre doit impérativement devenir un incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à la saga constitutionnelle canadienne, c’est qu’il lève le voile, documents à l’appui, sur cet extraordinaire rendez-vous manqué que fut la tentative de refondation du Canada à la suite du référendum québécois de 1980. L’auteur soutient la thèse que Pierre E. Trudeau, loin d’avoir toujours tenu une position individualiste libérale, entretenait l’espoir de refonder le Canada par une reconnaissance des principales communautés du pays, sur les bases de la pensée personnaliste. On découvre ainsi dans les correspondances entre Burelle et Trudeau que se discutait aux plus hauts échelons de la hiérarchie politique canadienne la pensée d’un Maritain, d’un Mounier ou d’un Denis de Rougemont, à grand renfort de citations tirées de l’œuvre de Péguy. Si le livre d’André Burelle se lit pourtant comme une tragédie shakespearienne, c’est que le lecteur en connaît l’inéluctable dénouement : l’adoption forcée de la Charte des droits et libertés et le choix définitif de Trudeau pour une conception individualiste libérale et « one nation » du Canada, dont il se revendiquera ultérieurement pour faire échouer Meech et Charlottetown. Cette tragédie, André Burelle réussit à nous la faire vivre dans ses souliers alors qu’il tente, sans succès, de changer le cours de l’histoire au moment du rapatriement de la constitution. Car ce livre, c’est aussi celui d’un homme qui, comme son peuple, aura le sentiment d’avoir été trahi en 1982 par une personne dans laquelle il avait placé toute sa confiance. Il choisira des années plus tard d’investir la place publique dans une charge contre son ancien patron et qui servira de base à son premier livre, Le mal canadien, la défense la plus éloquente jamais produite en faveur d’un fédéralisme renouvelé et respectueux des nations qui le constituent. 

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Avril 2007 | Classé dans Autour d’un livre

D’un Trudeau à l’autre?

Un texte de Yves MARTIN

Le livre d’André Burelle est d’une facture singulière : une « Introduction » de quelque 80 pages qui constitue en fait l’exposé de la thèse (ou du plaidoyer) de l’auteur; 334 pages de « Documents d’époque » — un corpus de 62 pièces à l’appui de la thèse; un « Épilogue » de 36 pages, qui ramène au point de départ de l’engagement politique de l’auteur auprès de Gérard Pelletier d’abord, de Pierre Elliott Trudeau ensuite : aux « idées cité-libristes » (p. 469). Surprenant à première vue, le choix de l’auteur et de l’éditeur d’incorporer dans un même ensemble l’interprétation et les textes où celle-ci trouve sa justification se révèle en définitive très heureux. Tout en offrant au lecteur l’accès immédiat à des documents d’archives publiques ou personnelles autrement dispersés, cette décision a permis à l’auteur de présenter un dossier clair et bien structuré, les analyses et la synthèse cheminant sans l’encombrement d’un lourd appareil de citations.
André Burelle entend essentiellement montrer que c’est parce qu’il partageait les orientations du personnalisme communautaire de Trudeau l’intellectuel qu’il a œuvré au sein du cabinet de l’ancien premier ministre, comme conseiller et plume francophone, de 1977 à 1984 (après avoir occupé les mêmes fonctions auprès de Gérard Pelletier de 1974 à 1977), et que c’est parce qu’il ne se reconnaissait pas dans le libéralisme individualiste one nation de Trudeau le politicien qu’il s’est éloigné de lui à partir de 1982, avant de prendre acte de la « brisure » définitive de leur amitié au cours du débat sur l’accord du lac Meech. Pour Burelle, le Trudeau de Cité libre a cédé la place au Trudeau de la Constitution de 1982 (il ne connaissait sans doute pas encore le Trudeau un moment indépendantiste au début de sa vingtaine, que viennent de révéler Max et Monique Nemni dans Trudeau, fils du Québec, père du Canada ). Je ne fais pas la même lecture de l’évolution idéologique de Trudeau à partir des années 1950; j’y vois plus de continuité que Burelle, parce qu’il ne m’apparaît pas que le personnalisme communautaire ait été l’inspiration dominante de la pensée de Pierre Elliott Trudeau.

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Avril 2007 | Classé dans Autour d’un livre

La politique a ses raisons

Un texte de Michel SARRA-BOURNET

À la fin des années 1970, j’ai écrit mon premier essai politique. C’était un devoir de cégep plutôt favorable à Trudeau, aujourd’hui soigneusement rangé au fond d’un tiroir. Connaissant mes opinions sur la question nationale, mon professeur s’était étonné à la lecture de mon texte, et m’avait fait part de l’apparente contradiction. Or, nous avons tous des opinions. Quatre-vingt treize pour cent des électeurs québécois ont choisi le oui ou le non en 1995. Sur certains sujets, il est impossible d’être objectif. Pourtant, on peut faire preuve de détachement. Devenu professeur en histoire et en science politique à l’université, j’ai pris le parti d’être honnête et impartial. J’ai trop connu de professeurs qui déguisaient leurs opinions en science pour ne pas me méfier du piège qui consiste à se servir de sa chaire à des fins politiques. Ainsi, j’informe toujours mes nouveaux étudiants de mon point de vue, et je les préviens à chaque fois que je préfère un bon travail sur Trudeau à un texte complaisant finissant par « Vive le Québec libre ».
Pierre Elliott Trudeau figure parmi les politiciens canadiens les plus étudiés. Le nombre de biographies et de portraits publiés cette année à son sujet en témoigne. Et pour cause : on s’entend généralement pour dire que l’ex-essayiste, qui fut premier ministre durant 15 ans, a laissé un nouveau Canada en héritage. Il faut dire que l’homme a beaucoup écrit. Pour cette raison, on le tient pour un individu particulièrement rationnel. Or, les politiciens transforment leurs opinions en idées logiques qu’ils systématisent en idéologies cohérentes, puis en gestes concrets. On ne peut s’empêcher de comparer chacun de ces aspects de leur vie pour tenter de les comprendre.

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Avril 2007 | Classé dans Autour d’un livre

La politique a ses raisons

Un texte de Michel SARRA-BOURNET

À la fin des années 1970, j’ai écrit mon premier essai politique. C’était un devoir de cégep plutôt favorable à Trudeau, aujourd’hui soigneusement rangé au fond d’un tiroir. Connaissant mes opinions sur la question nationale, mon professeur s’était étonné à la lecture de mon texte, et m’avait fait part de l’apparente contradiction. Or, nous avons tous des opinions. Quatre-vingt treize pour cent des électeurs québécois ont choisi le oui ou le non en 1995. Sur certains sujets, il est impossible d’être objectif. Pourtant, on peut faire preuve de détachement. Devenu professeur en histoire et en science politique à l’université, j’ai pris le parti d’être honnête et impartial. J’ai trop connu de professeurs qui déguisaient leurs opinions en science pour ne pas me méfier du piège qui consiste à se servir de sa chaire à des fins politiques. Ainsi, j’informe toujours mes nouveaux étudiants de mon point de vue, et je les préviens à chaque fois que je préfère un bon travail sur Trudeau à un texte complaisant finissant par « Vive le Québec libre ».
Pierre Elliott Trudeau figure parmi les politiciens canadiens les plus étudiés. Le nombre de biographies et de portraits publiés cette année à son sujet en témoigne. Et pour cause : on s’entend généralement pour dire que l’ex-essayiste, qui fut premier ministre durant 15 ans, a laissé un nouveau Canada en héritage. Il faut dire que l’homme a beaucoup écrit. Pour cette raison, on le tient pour un individu particulièrement rationnel. Or, les politiciens transforment leurs opinions en idées logiques qu’ils systématisent en idéologies cohérentes, puis en gestes concrets. On ne peut s’empêcher de comparer chacun de ces aspects de leur vie pour tenter de les comprendre.

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Avril 2007 | Classé dans Autour d’un livre

Un plaidoyer fédératif

Un texte de Eugénie BROUILLET

L’ouvrage publié par monsieur André Burelle lève le voile sur bon nombre de questions laissées sans réponse en ce qui a trait au moment le plus marquant de notre histoire constitutionnelle du dernier siècle, le rapatriement au Canada du pouvoir constituant et la modification de la Constitution canadienne sans l’accord de l’un de ses peuples fondateurs. L’on se doit de saluer « le devoir de mémoire et de vérité » qui a animé l’auteur tout au long de cet important témoignage sur ces années où il œuvra à titre de conseiller politique et plume française du premier ministre Pierre Elliott Trudeau. Son ouvrage, qui se veut un hommage critique et fraternel à Trudeau, jette sans contredit un éclairage percutant sur les causes profondes de la refondation du Canada, en 1982, sur un socle étranger à celui qui avait présidé à sa naissance.
À l’aide de nombreux documents de ses archives personnelles qu’il désire aujourd’hui verser au domaine public, Burelle met au jour deux Trudeau : le personnaliste communautaire de l’époque de Cité libre, et l’individualiste libéral des années 1980 et 1990. L’amitié intellectuelle qui unissait Burelle à Trudeau reposait, à une certaine époque, sur leur référence commune au personnalisme communautaire.

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Avril 2007 | Classé dans Autour d’un livre

Le Trudeau de Burelle

Un texte de Christian DUFOUR

Exceptionnel en son genre, l’ouvrage d’André Burelle renferme en fait plusieurs livres en un seul. C’est tout d’abord le journal d’une amitié intellectuelle — cette communion des esprits qu’Aristote appelle amitié — qui lia Burelle et l’homme d’État ayant imposé l’idéologie et le cadre constitutionnel dominant le Canada depuis 1982. Cet ouvrage rappelle aussi une époque; c’est l’histoire d’une tragédie collective, et jusqu’à un certain point, d’un drame personnel, racontée par un témoin privilégié qui soumet ses documents d’archives (notes au premier ministre, lettres, déclarations, discours), afin de nous faire comprendre le parcours politique de Pierre Elliott Trudeau. Enfin, le livre rend compte de la pensée politique de Burelle, qui nous fait part de ses idées sur l’avenir du Canada.
La vedette du livre est évidemment Pierre Elliott Trudeau, l’homme, l’intellectuel, le politique, que Burelle réussit à nous faire sentir de façon inédite tout au long de l’ouvrage. Le cœur du propos consiste en une tentative d’explication de la transformation radicale de l’intellectuel ouvert aux valeurs communautaires et au nationalisme dans ses aspects modérés, en un politicien imbu de libéralisme individualiste républicain, l’idéologue d’un « One Nation Canada » opposé à toute réconciliation avec le nationalisme québécois. Écrit dans une langue claire et juste, sans jargon ni longueur, comme c’est devenu rare dans les milieux intellectuels, ce livre plein d’intelligence et de lucidité comporte un élément de suspense à l’égard de deux questions cruciales. Que s’est-il passé au juste? Et peut-on accuser Trudeau d’avoir trahi le Québec?

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Avril 2007 | Classé dans Autour d’un livre

Ce que Camille Laurin et les Anglais de l’époque victorienne avaient en partage : du "bon sens"

Un texte de John RICHARDS

En novembre dernier, Stephen Harper proposa la motion suivante : « Que cette Chambre reconnaisse que les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni. » En ajoutant les mots « au sein d’un Canada uni » à la motion de Gilles Duceppe, Harper désamorça la tactique bloquiste dont le but était de provoquer une querelle entre les partisans de Michael Ignatieff, prêts à enchâsser dans la Constitution l’existence d’une « nation québécoise », et les héritiers des thèses constitutionnelles de Pierre Trudeau.
Ce petit drame fait penser au pamphlet par lequel Karl Marx dénonça le coup d’État de 1851, fomenté par Napoléon III, en le comparant à celui que son oncle avait réussi, le 18 Brumaire (9 novembre) 1799.  Lors de ce coup d’État, Napoléon Bonaparte renversa le Directoire et mit fin aux leurres démocratiques de la Révolution. Pour Marx, le premier coup d’État était une tragédie; le second, une farce.

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Avril 2007 | Classé dans Autour d’un livre