Regard sur le mondeAu royaume des pharaons, les Frères musulmans seront-ils rois?Un texte de Michel GARDAZ
L’immense clameur causée par les 17 millions d’habitants de la plus grande ville d’Afrique et du Moyen-Orient a de quoi rendre sourds les Cairotes. Le vacarme des klaxons, les cris et les pleurs de hordes d’enfants en bas âge, les chaînes hi-fi qui hurlent à la lune les chansons sentimentales d’Om Kalthom, ne laissent personne indifférent. Les vieux haut-parleurs poussiéreux qui appellent les fidèles à la prière ajoutent quelques décibels supplémentaires; les muezzins des 4 000 principales mosquées du Caire récitent les cinq prières quotidiennes, soit 20 000 fois par jour. Les muezzins débutent généralement l’azzan selon les caprices de leur montre. En outre, le talent des muezzins pour stimuler le recueillement est, selon les mauvaises langues, très variable. Selon certains, les voix éraillées, chevrotantes, sépulcrales, et les paroles divines qui restent dans la gorge, n’incitent guère le croyant à la vertu. Pour remédier à la situation, le ministre des Waqfs, Mahmoud Hamdi Zaqzouq, veut qu’une seule voix entonne la prière, celle diffusée en direct à partir de la mosquée d’Al-Azhar. Cette idée n’exprime-t-elle pas le désir inconscient d’unifier les diverses tendances de l’islam sous une seule bannière, celle d’un islam politiquement correct, soi-disant modéré, fidèle au régime en place — en d’autres mots, un islam de fonctionnaire de l’État? L’homophonie recherchée met donc en péril les emplois de milliers de muezzins, alors que le chômage est l’une des trois principales plaies d’Égypte. Ce projet de synchronisation devrait être complété dans le courant de la prochaine année et sera sans doute étendu aux principaux centres urbains du pays . Mais d’autres voix discordantes provoquent des grincements de dents et dressent les cheveux des membres du Conseil du cabinet : ce sont celles des Frères musulmans. Ces voix se font entendre plus que jamais depuis les élections présidentielles de 2005, auxquelles les Frères musulmans remportèrent 88 sièges sur 444 . Leur victoire « surprise » eut l’effet d’une bombe, d’un véritable attentat terroriste en plein centre de la vie politique égyptienne. L’onde de choc a ébranlé non seulement Le Caire, mais aussi Washington. Afin de pallier à la croissante popularité électorale des Frères musulmans, le président Hosni Moubarak doit affronter l’hydre tricéphale qui terrifie son régime pharaonique : Démographie, Chômage et Démocratie. Ces trois plaies de l’Égypte contemporaine poussent la population, souvent malgré elle, dans les bras des Frères musulmans.
Avril 2007 | Classé dans Regard sur le monde
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