La revue
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Éditorial

Mai 2008

Faut-il tirer la chaîne ?

Un texte de Marc CHEVRIER

On ne peut certes pas reprocher au philosophe Karl Popper d’être un apôtre de la censure, un défenseur de la mainmise de l’État sur les cerveaux et la circulation des idées. Lui qui livra un combat inlassable contre le dogmatisme, la pensée circulaire et la société fermée et qui soumit la méthode scientifique à d’implacables exigences crut la démocratie à ce point menacée par la toute-puissance de la télévision qu’il jugea nécessaire d’assujettir les producteurs d’émissions à la surveillance d’un organisme professionnel indépendant, qui accorderait ainsi à ces travailleurs une licence et la leur retirerait en cas de manquement. Cette licence s’obtiendrait à la suite d’une formation validée par un examen. Popper résuma en ces termes les raisons d’une telle mesure en apparence draconienne : « Il ne devrait exister dans une démocratie aucun pouvoir politique incontrôlé. Or, la télévision est devenue aujourd’hui un pouvoir colossal ; on peut même dire qu’elle est potentiellement le plus important de tous, comme si elle avait remplacé la voix de Dieu. Et il en sera ainsi tant que nous continuerons à supporter ses abus . »

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Mai 2008 | Classé dans Éditorial
Avril 2007

Les remerciements d’Argument

Un texte de Daniel JACQUES, éditeur

La revue Argument entreprendra dès l’automne prochain sa dixième année d’existence. Il s’agit là d’un succès en soi, compte tenu du scepticisme qu’avait suscité au départ notre projet chez certains représentants influents du monde de l’édition. Nous nous promettons bien sûr de souligner cet anniversaire, à la fois dans nos pages et lors de rencontres dont nous informerons nos lecteurs. Ces activités seront en outre annoncées sur notre site Internet (http://www.revueargument.ca), que nous vous invitons à visiter, si ce n’est déjà fait, car vous y trouverez notamment les archives électroniques de tous nos numéros précédents.
Pour l’heure, il faut nous réjouir des réussites connues au cours de la précédente année. Le numéro d’automne 2006, portant sur l’éducation au Québec, a connu un succès pour ainsi dire inespéré : Argument a atteint un niveau de ventes record. Le succès des ventes en kiosque ainsi que l’augmentation considérable des abonnements témoignent d’un intérêt grandissant pour la revue. Il nous faut d’ailleurs remercier ceux parmi vous qui demeurent abonnés à la revue, car le nombre de nos abonnés renforce considérablement les assises de notre projet. En conséquence, nous ne pouvons que vous inviter de nouveau à vous abonner ou à renouveler votre abonnement!

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Avril 2007 | Classé dans Éditorial
Octobre 2006

La nouvelle guerre des éteignoirs

Un texte de Éric Bédard

«On dit souvent, c’est devenu un cliché, que la meilleure façon d’aider un individu n’est pas de lui donner un poisson mais de lui apprendre à pêcher. Mais la différence entre former et éduquer, c’est d’apprendre non seulement à apprendre — comme le veut l’obsession des compétences — mais aussi apprendre à être […]. C’est-à-dire à connaître aussi, dans le cas des poissons, leur nom, leurs mœurs, leur habitat, leur histoire, leur classement et leur destin, sans que cette connaissance des vertébrés inférieurs soit inféodée nécessairement à un métier. Elle ne pourrait ne servir jamais à autre chose qu’à vivre mieux un moment en bord de ruisseau au passage d’une truite. Ou à écouter autrement Schubert. Ou à comprendre un message écologique. L’époque, notre époque, ne s’est jamais aussi bien prêtée à ces digressions magnifiques, les savoirs hier réservés à quelques-uns sont aujourd’hui disponibles à tous […]. Et pourtant, la dernière pédagogie à la mode est dessinée pour tolérer l’ignorance .»
-Lise Bissonnette

Il y a quelques années, l’essayiste et écrivain Jean Larose affirmait, dans nos pages, que « l’intellectuel qui ne garde pas à l’esprit la question de l’héritage est perdu ». Cette déclaration, nous la faisons nôtre en publiant aujourd’hui un grand dossier, d’une dimension exceptionnelle, sur l’état des lieux en éducation au Québec. Depuis la fondation de cette revue, tous ces principaux collaborateurs se sont montrés soucieux du problème que représente la transmission de nos héritages intellectuels et culturels. En tant que modernes, ce que nous sommes tous malgré nos divergences, nous ne pouvons bien sûr qu’entretenir une relation critique envers toutes ces traditions de pensée qui nous parviennent par l’éducation. Il importe aujourd’hui de savoir si cette volonté critique, exacerbée par l’évolution particulière de notre société au cours des dernières décennies, n’a pas rendu proprement impossible toute transmission authentique et, par conséquent, toute éducation véritable, nous conduisant à vivre, ainsi que tous ceux auxquels nous enseignons, dans une situation de déshérence toujours plus accentuée. Le présent dossier vise à rétablir un équilibre perdu dans le domaine des choses de l’esprit, et pour y parvenir, il nous a paru nécessaire de dénoncer vigoureusement la confusion qui règne dans nos maisons d’enseignement, de l’école primaire à l’université. La publication de ce dossier représente donc, pour l’équipe d’Argument, qui joint ainsi ces efforts à ceux du Collectif pour une éducation de qualité, un acte de refus et une dénonciation de ce qu’il advient de l’éducation au Québec aujourd’hui.

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Octobre 2006 | Classé dans Éditorial
Mars 2006

Une idée qui disparaît

Un texte de Daniel JACQUES

Dans un article publié cet automne dans Le Devoir, Denise Bombardier affirmait qu’une « certaine idée du Québec est peut-être en train de mourir ». Elle y suggère, en outre, que la course à la chefferie du Parti québécois montre bien la décadence de cette formation politique et témoigne de la fin du rêve qu’elle a incarné. L’argument repose principalement sur une affirmation : les prétendants à la direction de ce parti n’auraient pas eu la stature de ses anciens chefs et n’auraient été ainsi que « les pâles copies de ces figures emblématiques » parmi lesquelles il faudrait compter Lucien Bouchard. Un amenuisement si radical du charisme de nos politiques représenterait un précieux indice de la disparition prochaine d’une certaine « idée » de nous-mêmes. Quoi qu’il en soit de la vérité de cette interprétation, il nous faut reconnaître que la question posée est la bonne. Il conviendrait toutefois de se demander quelle est l’idée du Québec qui se meurt aujourd’hui.

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Mars 2006 | Classé dans Éditorial
Septembre 2005

Merci au public et aux commanditaires!

Un texte de Antoine Robitaille, Au nom de la revue Argument

Six mois ont passé depuis le débat-bénéfice entre Alain Finkielkraut et John R. MacArthur sur « La faille atlantique ». Grâce entre autres à l’appui du public et des commanditaires, cet événement fut un franc succès!
Plus de 230 personnes ont répondu à notre appel, formant un auditoire à l’écoute active, manifestant même parfois ouvertement son appui ou son opposition aux propos tenus sur la tribune.

Les échos sur la place publique ont été nombreux. Nos deux invités ont donné une demi-douzaine d’entrevues dans les médias montréalais publics et privés (Radio-Canada, 98,5, Le Devoir, etc.). Ceux qui n’ont pas eu la chance d’être au Musée des beaux-arts le 21 avril 2005 pourront syntoniser le Canal Savoir, qui a capté les meilleurs moments du débat. On pourra aussi consulter ce document vidéo sur le site Internet d’Argument et sur celui de l’un de nos partenaires, le cerium (Centre d’études sur les relations internationales de l’Université de Montréal).

Aussi, une équipe de la célèbre émission Ideas, de la radio anglaise de Radio-Canada, est venue de Toronto pour assister à l’événement et pour enregistrer, le jour suivant, une heure de débat en anglais sur la faille atlantique.

Outre ces importants échos, le succès de notre soirée se mesure au nombre des nouveaux abonnements : la revue les a quadruplé. Ces revenus et ceux de la soirée nous permettent de mettre sur pied une fondation appelée dans l’avenir à soutenir Argument dans ses activités. En effet, dans les années qui viennent, nous prévoyons organiser d’autres débats du même type, soit pour financer la revue, soit pour animer le débat public, conformément à la mission que nous nous étions donnée en 1998 à la fondation de la revue.

Le nouveau souffle qui anime Argument, nous le devons aux gens comme vous, qui ont eu confiance en notre projet et qui l’ont généreusement appuyé.

Encore une fois, au nom des comités de direction de la revue Argument, nous vous remercions sincèrement.

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Septembre 2005 | Classé dans Éditorial
Mars 2005

Le renouveau d’Argument

Un texte de Comité de rédaction

Après plus de sept années de publication de la revue, ce numéro marque un tournant dans l’histoire d’Argument. On l’aura compris, il s’agit moins pour nous de redéfinir l’inspiration qui anime la revue depuis les premiers jours de sa fondation, que de lui donner un nouveau souffle. Mises à part des modifications de forme dont le lecteur aura tout de suite remarqué l’à-propos, nous avons voulu préserver l’esprit et le caractère uniques de la revue, esprit et caractère qui assurent à Argument une place privilégiée dans l’organisation de débats sur les grands enjeux de la société québécoise.

Tel que l’annonçait le premier paragraphe de l’éditorial du premier numéro, Argument s’est d’abord conçue comme une revue de débats. Dans notre esprit, il s’agissait alors, et il s’agit toujours, de créer une revue généraliste, ouverte à l’expression de points de vue dépassant les lignes de parti, les chapelles intellectuelles ou les enthousiasmes militants. À strictement parler, Argument n’est pas une revue engagée ou militante, c’est-à-dire une revue qui chercherait à imposer une orientation politique et sociale. Son rôle fut et demeure plutôt de rendre compte des idées nouvelles qui animent la société, la politique et la culture en général. C’est ainsi qu’Argument a voulu systématiquement éviter des écueils : la Charybde des recherches spécialisées et pointues, et la Scylla des opinions lâches ou des lieux communs. Cela ne va pas sans grandes difficultés, car le monde des idées est de plus en plus partagé entre ces deux extrêmes, et l’entre-deux, qui est le lieu propre des intellectuels, semble de plus en plus fragile, menacé et incertain.

D’abord, voulant être à l’écoute de la recherche dans les sciences humaines et rendre ainsi accessible à un plus vaste public les résultats de ces recherches, Argument a dû se rendre à l’évidence que l’écriture académique avait bien changé depuis les jours de Fernand Dumont et de Léon Dion. On dirait qu’aujourd’hui, toute la culture académique et universitaire contemporaine conspire contre l’exigence de clarté que requiert la libre discussion des opinions dans l’espace public. D’une part, les universitaires ont trop souvent déserté la scène publique pour se consacrer uniquement à des travaux savants. Ils n’estiment pas nécessaire ni « rentable » de publier dans une revue qui exige un effort de clarification de leur pensée parfois tout aussi difficile que celui requis pour des articles destinés à des revues académiques. D’autre part, la vulgarisation de la recherche s’inscrit trop souvent dans une perspective de promotion publicitaire et utilitaire. Nous avons donc déployé des efforts considérables pour ne pas succomber à ces deux perversions.

Ensuite, nous avons voulu aussi résister à la tentation de faire de la revue un produit aisément digestible pour les estomacs du fameux (et largement imaginaire!) « Québécois moyen ». Argument n’est pas toujours de lecture facile. Mais voilà, certaines réalités ne peuvent être simplifiées à outrance. Le style de la revue devait donc épouser la complexité de la réalité, tout en ne la rendant pas plus illisible qu’elle ne l’est. C’est pourquoi nous avions fixé, et ce dès le début de notre aventure, des règles assez précises en ce qui concerne la qualité littéraire des textes que nous voulions publier. Nous recherchons une écriture qui évite aussi bien le jargon à la mode que les formules usées.

Plus spécifiquement encore, nous avons toujours pensé Argument dans la tradition des revues d’essais québécoises. Or, l’essai est un genre qui se laisse difficilement cerner et qui comporte ses exigences propres : il est avant tout une parole de liberté, dans la mesure où il fait entendre ce qui ne peut s’exprimer dans l’opinion commune, surtout quand elle se réfugie derrière l’autorité non interrogée de la religion, de la politique ou de la science. Le point de vue de l’essayiste ne doit pas pour autant sombrer dans le « subjectivisme » ou dans le lyrisme clos de l’auteur qui ne s’adresse qu’à lui-même. L’essayiste véritable vise tout au contraire l’universel qui se trouve mêlé à sa sensibilité. L’essai réussi sera donc le résultat d’un dosage méticuleux entre le Je qui observe le monde et le monde objet de cette observation. L’essayiste doit ainsi toujours maintenir l’équilibre entre ces dimensions originaires de son expérience. On pourrait reprendre cette définition de l’essai et du travail de l’essayiste pour préciser la nature de l’esprit que nous avons voulu insuffler à Argument : une revue dans laquelle la pensée peut prendre corps et voix personnels sans rompre le dialogue avec le monde qui l’entoure.

L’une de nos missions était et demeure de fournir à nos lecteurs un tableau complet et vivant des discussions qui ont cours dans le monde académique comme dans le reste de la société québécoise. Nous avons fermement l’intention de poursuivre sur cette lancée, même si cela exige pour notre revue de rester en marge de l’institution universitaire et de l’organisation technocratique de la recherche, aussi bien que de la culture de consommation qui impose de plus en plus ses règles au monde intellectuel.

À l’origine, cette volonté de faire une revue ouverte au débat s’inscrivait dans la conscience d’une rupture avec la génération militante des années 1960 et 1970 qui a joué et qui joue encore un rôle majeur dans la définition des enjeux politiques et sociaux du Québec d’aujourd’hui. Il était essentiel pour nous de prendre une distance face à l’esprit de cette génération et d’interroger les idéaux qu’elle incarnait. Mais, et nous le savions dès le départ, le thème générationnel était trop étroit pour explorer les questions qui nous tenaient à cœur. Plutôt que d’incarner un cri de ralliement pour une « génération sacrifiée », Argument a préféré s’engager dans la voie de l’interrogation et de la pensée. Les questions abordées seraient à la fois d’anciennes et de nouvelles questions, mais traitées sous l’angle d’une sensibilité nouvelle. Il ne s’agissait pas de fournir un nouveau corps de doctrines ou bien de formuler une nouvelle utopie, mais bien de faire advenir à la réflexion une sensibilité au monde qui, croyait-on, n’avait pas jusqu’alors trouvé de mots pour s’exprimer. Or, le travail d’accouchement de cette sensibilité s’est avéré à l’usage la plus difficile d’entre toutes nos tâches. De là le caractère parfois incertain de la démarche éditoriale de notre revue. Pourtant, si Argument a quelque chose à apporter dans le débat public, n’est-ce pas aussi une certaine souplesse de la pensée et un désir de complexifier la vision de la réalité politique et sociale?

On dira, et l’on aura raison, que les numéros d’une revue comme la nôtre se composent parfois au gré des propositions d’articles qui nous sont faites, plutôt que comme le fruit d’une volonté concertée. Cette spontanéité est pour beaucoup dans le charme d’une revue. Une revue a une vie qui échappe pour une large part à ses créateurs. Nous avons cependant toujours voulu nous assurer, notamment par les choix des thèmes abordés dans les dossiers principaux, que les pages d’Argument s’ouvrent à des débats pressants et enrichissants qui ne sont pas suffisamment abordés au Québec, ou alors beaucoup trop superficiellement. C’est ainsi que bon an, mal an, surmontant les épreuves d’une revue naissante, Argument a réussi à produire avec régularité deux numéros par année, à publier des textes de très grande tenue, à susciter des débats importants et à s’imposer comme une revue d’idées de qualité. Cela est peu et beaucoup à la fois. C’est bien peu en relation avec les rêves que nous avions au départ; c’est beaucoup, si l’on tient compte que cette revue est produite avec des moyens somme toute réduits par une équipe dispersée géographiquement et dont chacun des membres collabore bénévolement à la revue en sus de ses propres activités. Cette équipe est soutenue dans ses efforts par des collaborateurs plus ou moins réguliers qui nous ont fait parvenir leurs textes. Nous les remercions ici pour leur générosité. Enfin, Argument doit sa survie aux lecteurs anonymes qui partagent fidèlement son aventure. Nous voulons leur témoigner notre reconnaissance et les assurer que nous mettons tout en œuvre pour que la revue continue dans les prochaines années à susciter chez eux la réflexion et le bonheur de lire.

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Mars 2005 | Classé dans Éditorial
Octobre 2004

Le goût de l'avenir

Un texte de Daniel Jacques

Tout comme plusieurs de mes collègues, j’appréhende les changements qui s’annoncent dans le monde de l’éducation. Je m’interroge surtout sur le manque d’enthousiasme, pour ne pas dire l’immense morosité, que suscitent les projets actuels de notre prétendu gouvernement. Je dis prétendu, car un gouvernement authentique — à tout le moins dans l’idée que je m’en fais lorsque je parviens à me déprendre du cynisme ambiant — a pour devoir d’offrir un horizon de travail commun qui nourrisse l’espérance des citoyens. 

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Octobre 2004 | Classé dans Éditorial
Mars 2003

L’inconvénient de l’idéologie

Un texte de Antoine Robitaille

Puisqu’il faut être méchant, puisqu’il ne faut pas faire dans la nuance, puisqu’il faut « exagérer », puisqu’il faut être « contre le monde », radicalement, alors allons-y. Il y a toujours du comique involontaire chez les épigones. Leurs laborieux efforts, un peu scolaires, pour écrire « à la manière de », pour plaire à un maître qui fascine, font rire. Des fils blancs pendent ou, mieux : comme dans une peinture à numéro, les chiffres transparaissent, sous la trop mince couche de talent.

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Mars 2003 | Classé dans Éditorial