La revue
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Mars 2005

Le renouveau d’Argument

Un texte de Comité de rédaction

Après plus de sept années de publication de la revue, ce numéro marque un tournant dans l’histoire d’Argument. On l’aura compris, il s’agit moins pour nous de redéfinir l’inspiration qui anime la revue depuis les premiers jours de sa fondation, que de lui donner un nouveau souffle. Mises à part des modifications de forme dont le lecteur aura tout de suite remarqué l’à-propos, nous avons voulu préserver l’esprit et le caractère uniques de la revue, esprit et caractère qui assurent à Argument une place privilégiée dans l’organisation de débats sur les grands enjeux de la société québécoise.

Tel que l’annonçait le premier paragraphe de l’éditorial du premier numéro, Argument s’est d’abord conçue comme une revue de débats. Dans notre esprit, il s’agissait alors, et il s’agit toujours, de créer une revue généraliste, ouverte à l’expression de points de vue dépassant les lignes de parti, les chapelles intellectuelles ou les enthousiasmes militants. À strictement parler, Argument n’est pas une revue engagée ou militante, c’est-à-dire une revue qui chercherait à imposer une orientation politique et sociale. Son rôle fut et demeure plutôt de rendre compte des idées nouvelles qui animent la société, la politique et la culture en général. C’est ainsi qu’Argument a voulu systématiquement éviter des écueils : la Charybde des recherches spécialisées et pointues, et la Scylla des opinions lâches ou des lieux communs. Cela ne va pas sans grandes difficultés, car le monde des idées est de plus en plus partagé entre ces deux extrêmes, et l’entre-deux, qui est le lieu propre des intellectuels, semble de plus en plus fragile, menacé et incertain.

D’abord, voulant être à l’écoute de la recherche dans les sciences humaines et rendre ainsi accessible à un plus vaste public les résultats de ces recherches, Argument a dû se rendre à l’évidence que l’écriture académique avait bien changé depuis les jours de Fernand Dumont et de Léon Dion. On dirait qu’aujourd’hui, toute la culture académique et universitaire contemporaine conspire contre l’exigence de clarté que requiert la libre discussion des opinions dans l’espace public. D’une part, les universitaires ont trop souvent déserté la scène publique pour se consacrer uniquement à des travaux savants. Ils n’estiment pas nécessaire ni « rentable » de publier dans une revue qui exige un effort de clarification de leur pensée parfois tout aussi difficile que celui requis pour des articles destinés à des revues académiques. D’autre part, la vulgarisation de la recherche s’inscrit trop souvent dans une perspective de promotion publicitaire et utilitaire. Nous avons donc déployé des efforts considérables pour ne pas succomber à ces deux perversions.

Ensuite, nous avons voulu aussi résister à la tentation de faire de la revue un produit aisément digestible pour les estomacs du fameux (et largement imaginaire!) « Québécois moyen ». Argument n’est pas toujours de lecture facile. Mais voilà, certaines réalités ne peuvent être simplifiées à outrance. Le style de la revue devait donc épouser la complexité de la réalité, tout en ne la rendant pas plus illisible qu’elle ne l’est. C’est pourquoi nous avions fixé, et ce dès le début de notre aventure, des règles assez précises en ce qui concerne la qualité littéraire des textes que nous voulions publier. Nous recherchons une écriture qui évite aussi bien le jargon à la mode que les formules usées.

Plus spécifiquement encore, nous avons toujours pensé Argument dans la tradition des revues d’essais québécoises. Or, l’essai est un genre qui se laisse difficilement cerner et qui comporte ses exigences propres : il est avant tout une parole de liberté, dans la mesure où il fait entendre ce qui ne peut s’exprimer dans l’opinion commune, surtout quand elle se réfugie derrière l’autorité non interrogée de la religion, de la politique ou de la science. Le point de vue de l’essayiste ne doit pas pour autant sombrer dans le « subjectivisme » ou dans le lyrisme clos de l’auteur qui ne s’adresse qu’à lui-même. L’essayiste véritable vise tout au contraire l’universel qui se trouve mêlé à sa sensibilité. L’essai réussi sera donc le résultat d’un dosage méticuleux entre le Je qui observe le monde et le monde objet de cette observation. L’essayiste doit ainsi toujours maintenir l’équilibre entre ces dimensions originaires de son expérience. On pourrait reprendre cette définition de l’essai et du travail de l’essayiste pour préciser la nature de l’esprit que nous avons voulu insuffler à Argument : une revue dans laquelle la pensée peut prendre corps et voix personnels sans rompre le dialogue avec le monde qui l’entoure.

L’une de nos missions était et demeure de fournir à nos lecteurs un tableau complet et vivant des discussions qui ont cours dans le monde académique comme dans le reste de la société québécoise. Nous avons fermement l’intention de poursuivre sur cette lancée, même si cela exige pour notre revue de rester en marge de l’institution universitaire et de l’organisation technocratique de la recherche, aussi bien que de la culture de consommation qui impose de plus en plus ses règles au monde intellectuel.

À l’origine, cette volonté de faire une revue ouverte au débat s’inscrivait dans la conscience d’une rupture avec la génération militante des années 1960 et 1970 qui a joué et qui joue encore un rôle majeur dans la définition des enjeux politiques et sociaux du Québec d’aujourd’hui. Il était essentiel pour nous de prendre une distance face à l’esprit de cette génération et d’interroger les idéaux qu’elle incarnait. Mais, et nous le savions dès le départ, le thème générationnel était trop étroit pour explorer les questions qui nous tenaient à cœur. Plutôt que d’incarner un cri de ralliement pour une « génération sacrifiée », Argument a préféré s’engager dans la voie de l’interrogation et de la pensée. Les questions abordées seraient à la fois d’anciennes et de nouvelles questions, mais traitées sous l’angle d’une sensibilité nouvelle. Il ne s’agissait pas de fournir un nouveau corps de doctrines ou bien de formuler une nouvelle utopie, mais bien de faire advenir à la réflexion une sensibilité au monde qui, croyait-on, n’avait pas jusqu’alors trouvé de mots pour s’exprimer. Or, le travail d’accouchement de cette sensibilité s’est avéré à l’usage la plus difficile d’entre toutes nos tâches. De là le caractère parfois incertain de la démarche éditoriale de notre revue. Pourtant, si Argument a quelque chose à apporter dans le débat public, n’est-ce pas aussi une certaine souplesse de la pensée et un désir de complexifier la vision de la réalité politique et sociale?

On dira, et l’on aura raison, que les numéros d’une revue comme la nôtre se composent parfois au gré des propositions d’articles qui nous sont faites, plutôt que comme le fruit d’une volonté concertée. Cette spontanéité est pour beaucoup dans le charme d’une revue. Une revue a une vie qui échappe pour une large part à ses créateurs. Nous avons cependant toujours voulu nous assurer, notamment par les choix des thèmes abordés dans les dossiers principaux, que les pages d’Argument s’ouvrent à des débats pressants et enrichissants qui ne sont pas suffisamment abordés au Québec, ou alors beaucoup trop superficiellement. C’est ainsi que bon an, mal an, surmontant les épreuves d’une revue naissante, Argument a réussi à produire avec régularité deux numéros par année, à publier des textes de très grande tenue, à susciter des débats importants et à s’imposer comme une revue d’idées de qualité. Cela est peu et beaucoup à la fois. C’est bien peu en relation avec les rêves que nous avions au départ; c’est beaucoup, si l’on tient compte que cette revue est produite avec des moyens somme toute réduits par une équipe dispersée géographiquement et dont chacun des membres collabore bénévolement à la revue en sus de ses propres activités. Cette équipe est soutenue dans ses efforts par des collaborateurs plus ou moins réguliers qui nous ont fait parvenir leurs textes. Nous les remercions ici pour leur générosité. Enfin, Argument doit sa survie aux lecteurs anonymes qui partagent fidèlement son aventure. Nous voulons leur témoigner notre reconnaissance et les assurer que nous mettons tout en œuvre pour que la revue continue dans les prochaines années à susciter chez eux la réflexion et le bonheur de lire.

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Mars 2005 | Classé dans Éditorial

La campagne de promotion d’Argument

Un texte de Comité de rédaction

Le renouveau de la revue Argument vise à donner un second souffle à notre projet et à garantir la stabilité financière de la revue. On épargnera aux lecteurs le récit de nos péripéties à ce propos. On ne fait pas une revue de ce genre pour en tirer un profit financier quelconque et cela, nous le savions dès le départ. Nous devons toutefois nous assurer que les ventes de la revue assurent sa viabilité financière à plus long terme. C’est pourquoi nous avons décidé de prendre les choses en main et d’engager une vigoureuse campagne de promotion de la revue, divisée en trois volets.

La campagne d’abonnement et l’événement-débat

Le premier volet de ce renouveau est une campagne d’abonnement qui a pour objectif d’augmenter sensiblement le nombre de lecteurs abonnés à la revue. Même si Argument connaît un succès relatif pour ce genre de publications dans la vente en kiosques, il est essentiel pour sa santé financière qu’elle compte un plus grand nombre d’abonnés tant privés qu’institutionnels. Nous savons que par les années passées, le service des abonnés a connu des ratés, mais nous sommes désormais en mesure d’offrir un meilleur suivi à nos abonnés. Nous invitons nos plus fidèles lecteurs à se reporter à la fin du numéro pour connaître les nouveaux tarifs et autres avantages que nous offrons maintenant à nos abonnés. La campagne d’abonnement se clôturera jeudi, le 21 avril 2005, par un événement-débat auquel prendront part Alain Finkielkraut, essayiste français de renom, et John M. R. MacArthur, directeur de la revue américaine Harper’s Magazine.

L’image graphique et le site Internet

Le second volet de la promotion de la revue est annoncé par sa nouvelle page couverture. Le but de cette nouvelle maquette est de rendre plus visibles les thèmes principaux des dossiers, tout en ne rompant pas complètement avec le graphisme original de la revue. Notre site Internet a été complètement refait pour répondre à la fois aux besoins des lecteurs, des chercheurs et des surfeurs impénitents.

La Fondation Argument

Le troisième et dernier volet de notre campagne de relance sera la constitution de la Fondation Argument, dont le but est la promotion de la revue et des activités qui lui sont liées. Cette fondation nous permettra d’étendre nos activités et d’améliorer le fonctionnement de la revue, tout en continuant à préserver son indépendance intellectuelle et morale. À l’automne 2005, nous serons en mesure de préciser la nature de ce projet de fondation qui en est encore à ses débuts.

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Mars 2005 | Classé dans Publicité

Présentation: L’Amérique? L’Amérique?!?

Un texte de Jean-Philippe Warren

Il est facile de recueillir des citations qui témoignent de la profonde inquiétude, pour dire le moins, suscitée au Québec par la redéfinition de la politique étrangère américaine sous la présente administration républicaine. Plusieurs intellectuels en viennent à regretter l’impérialisme soft des années Clinton : profitant d’une conjoncture économique aussi artificielle que favorable, et déployant leurs forces militaires dans des territoires chauds aussi peu stratégiques que la Somalie ou la Croatie, les États-Unis avaient fait des multinationales et des corporations géantes leur fer de lance tout en pouvant prétendre collaborer à l’établissement d’un nouvel ordre mondial plus juste et plus humain. La disparité entre pays pauvres et pays riches n’avait cessé de croître, mais on se consolait en se disant que la société civile était, fondamentalement, en lutte contre elle-même : les personnes morales étaient dressées contre la moralité des personnes.

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers

Cet empire d’où nous vient tout le mal

Un texte de Louis Baltazar

L’antiaméricanisme se porte bien par les temps qui courent. Un ami, pourtant modéré dans ses propos et dans ses jugements, interprète ainsi le résultat des élections présidentielles aux États-Unis :  « On a réélu Bush. C’est bien dommage. Mais je suis partagé. Je suis porté à me réjouir de ce que les Américains ont ce qu’ils méritent. » Un criminologue écrit dans Le Devoir un excellent article sur le système carcéral américain. Il dénonce à juste titre une gestion répressive de la criminalité surtout dans les États du sud, ceux qui ont voté pour Bush. Mais il glisse cette phrase : « Il ne faut pas se retenir d’affirmer que les prisons américaines constituent un goulag qui n’a rien à envier à celui de l’ex-Union soviétique ». Vraiment?… D’autres personnes s’adonnent volontiers à mettre en regard le fondamentalisme des islamistes radicaux et celui des Américains. Ben Laden, Bush, même combat! Les États-Unis seraient maintenant dirigés par des Talibans!

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers | 1 Commentaires

Comment peut-on être américain?

Un texte de Christian Rioux

À Paris, une maison d’édition vient de rééditer un livre ancien intitulé Comment peut-on être américain? L’auteur, Henry Louis Mencken, un essayiste de Baltimore du début du siècle dernier, y décrit les États-Unis comme une « communauté de médiocres ». Selon lui, l’Américain est un « paysan enfoncé depuis longtemps dans la boue de son ornière et résolu à y rester ». Un paysan « qui a définitivement renoncé à tout désir lubrique de contempler les étoiles ». Les historiens diront quel sens exact avaient les propos de Mencken à leur époque. Car, là n’est pas la question qui intéresse les éditeurs. Ceux-ci ne s’en cachent pas, loin de se passionner pour l’archéologie, ils sont plutôt convaincus de l’« incroyable modernité » de cette description « pour comprendre les ressorts profonds de l’Amérique » d’aujourd’hui.

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers

Antiaméricanisme ou alteraméricanisme? Confusion au sein du mouvement altermondialiste

Un texte de Francis Dupuis-Déri

L’antiaméricanisme est fort répandu au sein de la gauche et de l’extrême gauche en général, et du mouvement « altermondialiste » en particulier, et plus encore sans doute dans sa tendance « anarchiste », antiautoritaire et anticapitaliste , où les États-Unis sont systématiquement accusés d’impérialisme parce qu’ils utilisent conjointement leurs armes militaires, économiques, politiques et culturelles pour assouvir leur volonté de puissance. Les États-Unis se transforment en archétype de la menace, de l’ennemi, de la « mondialisation ». Résultat : chaque malheur qui frappe les États-Unis est célébré comme une victoire. Quoi de plus révélateur, à ce sujet, que cette anecdote relatée par Jean-Marc Piotte, professeur de science politique à l’UQÀM, au sujet de la réaction de ses étudiants à l’annonce des attaques aériennes contre les États-Unis le 11 septembre 2001 : « je donnais un cours sur le couple raison-passion lorsqu’il fut interrompu par des étudiants qui vinrent annoncer que les tours du World Trade Center avaient été attaquées par des avions détournés par des terroristes. Une de mes étudiantes, très engagée dans les luttes contre la mondialisation, éclata de joie . » Réaction similaire de la part d’une militante anarchiste qui partageait avec moi et quelques autres un pichet de bière au Chaos, un bar autogéré du centre-ville de Montréal, en juillet 2003. Elle nous a annoncé, exaltée, la mort de deux autres soldats américains déployés en Irak. « Give me five! », a-t-elle lancé, et joignant le geste à la parole, elle a levé vers nous la main la paume ouverte, pour que nous y frappions notre main, en signe de célébration de ces cadavres.

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers

Le soleil à l’ombre de Gulliver

Un texte de Jean-Frédéric Légaré-Tremblay

Le Québec se définit souvent selon un référent européen ou américain. Avant le 11 septembre 2001, ses exégètes étaient de plus en plus enclins à embrasser son américanité, qu’ils avaient longtemps niée, suivant une affiliation obstinée avec la mère patrie, la France. Cette date vint cependant mettre une pause, sinon un terme, à cette acceptation progressive et heureuse de cette identité nord-américaine pourtant bien réelle. Malgré un bref concert planétaire de condoléances destiné au peuple américain, le « Nous sommes tous Américains » s’est transformé, surtout en Occident, en chant scandé : « Nous sommes tous contre les Américains ». Et la guerre en Irak fut l’occasion d’entonner ce chant à l’unisson. Dans l’affrontement diplomatique opposant le camp de la guerre au camp de la paix, le Québec, comme à peu près tous les peuples occidentaux, s’est rangé derrière l’opinion du couple franco-allemand. Notre américanité aurait alors cédé le pas, comme dans un mouvement rétrograde, à notre « européanité » ancestrale. Un retour aux sources, pourrait-on dire, célébré par nos francophiles.

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers

Le nouvel antiaméricanisme

Un texte de Jocelyn Coulon

L’antiaméricanisme en Occident est de retour. En effet, depuis le fameux discours de janvier 2002 où le président George W. Bush afficha clairement son intention de déclarer la guerre à l’Irak, jamais l’image des États-Unis n’a été aussi malmenée, ses politiques contestées, ses dirigeants vilipendés et ouvertement moqués sur les cinq continents, et plus particulièrement auprès des alliés de toujours, ceux sur qui l’Amérique pouvait compter dans son combat pour la liberté et la démocratie aux heures sombres de la guerre froide. 

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers

Présentation: Le Québec est-il condamné à l’impuissance politique?

Un texte de Daniel Tanguay

Notre manière assez particulière de préparer le dixième anniversaire du référendum d’automne 1995 est de proposer deux essais qui présentent une analyse des causes de l’actuelle impuissance politique du Québec. 

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers

De l’extrême Byzance. Une conversation sur l’incapacité politique au Québec. Deuxième partie

Un texte de Marc Chevrier

— Puisque nous dérivons entre la mer d’Égée et la mer de Marmara, je vous ne cacherai pas la surprise que j’ai eue à voir, en me promenant dans les rues de Montréal, des églises construites dans le style romano-byzantin. Byzantins en politique, le seriez-vous en architecture?
— Il n’y a pas qu’à Montréal où l’esprit romano-byzantin s’est répandu. Aux confins du Nord-Ouest québécois, dans la ville d’Amos fondée en mémoire du plus humble des prophètes de l’Ancien Testament au bord d’une rivière qui traverse le plateau abitibien, l’Église s’est élevé un temple, comme le Panthéon romain bâti en béton, coiffé d’une coupole byzantine. 

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers

Contre l’impuissance politique : s’assumer comme sujet de l’histoire

Un texte de Jacques Beauchemin

Les souverainistes québécois se trouvent aujourd’hui dans une situation paradoxale. La souveraineté leur semble à la fois proche et fuyante. Les appuis sont importants et plutôt constants aux vues des différents sondages. Les discours visant à apeurer n’ont plus guère de prise sur un peuple beaucoup plus sûr de lui qu’il ne l’était lors du référendum de 1980. Les jeunes francophones, bien que démobilisés comme on le dit souvent, sont malgré cela très largement acquis à l’idée d’un Québec souverain dans lequel ils verraient l’aboutissement de ce que Jacques Parizeau appelle une « société normale ». Des données de sondages révèlent de surcroît qu’un nombre significatif de jeunes néo-Québécois socialisés au Québec appuieraient eux aussi la souveraineté.

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Mars 2005 | Classé dans Dossiers

La Passion du Christ, de Mel Gibson : l’idole et la distance

Un texte de Robert Mager

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la sortie du film de Mel Gibson, La Passion du Christ, a donné lieu à des réactions nombreuses et contrastées. D’aucuns, comme Louis Cornellier, philosophe et chroniqueur au quotidien Le Devoir, y ont vu une « œuvre puissante, dérangeante, [qui] est, par son intensité même, à la hauteur de son sublime sujet ». D’autres, telle Séverine Kandelman, critique de cinéma à l’hebdomadaire Voir, ont jugé le film « choquant et inutile ». Sur le terrain des Églises, même disparité : en règle générale, les réactions ont varié de la vive critique (beaucoup d’exégètes et de théologiens) à l’enthousiasme sans ambages (nombre d’Églises, notamment évangéliques), en passant par la sympathie prudente (quelques évêques catholiques québécois). 

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Mars 2005 | Classé dans Contributions libres

Ne pas être contemporain de soi-même

Un texte de Jean-Philippe Warren

Plusieurs auteurs, et non des moindres, ont posé ces dernières années les jalons d’une réflexion nouvelle sur le rôle de l’histoire dans les sociétés postindustrielles. Qu’a-t-on besoin de l’histoire, se demandent-ils, quand les défis de ces sociétés sont toujours neufs, quand l’expérience humaine est un kaléidoscope d’instantanéités, quand l’avenir est sans cesse à construire sur les ruines du présent? Pourquoi se souvenir si la mémoire est désormais dépossédée de l’avenir?

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Mars 2005 | Classé dans Contributions libres

Présentation: Céline Lafontaine, L’empire cybernétique

Un texte de Gilles Labelle

Afin de commenter et de critiquer l’important ouvrage de Céline Lafontaine, nous avons sollicité trois jeunes intellectuels préoccupés par des questions qui touchent de près à celles que pose l’auteure (destin de la technoscience, de l’humanisme, du paradigme « réticulaire »). On verra que l’analyse proposée par Céline Lafontaine suscite peut-être moins de désaccord que la position qu’elle adopte ou qu’elle paraît adopter face à la montée de l’empire cybernétique. Comme à l’habitude dans nos dossiers « Autour d’un livre », Céline Lafontaine leur répond en conclusion -parfois fort vigoureusement. Mais il est vrai que ce qui est en jeu ici, c’est peut-être ce que Marcel Gauchet n’hésite pas à appeler une révolution anthropologique aux « conséquences incalculables ».

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Mars 2005 | Classé dans Autour d’un livre

Quand du Calcul surgit l’Incalculable…

Un texte de Mario Dufour

Par la force et la clarté de la démonstration, l’élégance de l’écriture, la richesse, l’actualité et l’ampleur du propos, L’empire cybernétique. Des machines à penser à la pensée machine de Céline Lafontaine est un livre impressionnant, passionnant, important. Convoquant le lecteur à l’urgence d’une réflexion et d’un débat qui ne concerne rien de moins que l’avenir et le statut de l’humanité au tournant du XXIe siècle, cet ouvrage très provoquant et très radical ne peut laisser indifférent. À travers un voyage et une remontée d’un réseau complexe d’influences qui s’enracine dans le développement des sciences à la sortie de la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis, sous le patronage originel d’un nouveau projet d’unification de tous les savoirs, la cybernétique, cet ouvrage dévoile comment celle-ci a inspiré et continue de déterminer de manière inapparente mais décisive les sciences humaines et la philosophie, et de manière générale les représentations sociales, imaginaires, économiques et religieuses de l’humanité depuis plus d’un demi-siècle, créant par le fait même un nouvel empire. 

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Mars 2005 | Classé dans Autour d’un livre