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Octobre 2004
Le goût de l'avenirUn texte de Daniel Jacques
Tout comme plusieurs de mes collègues, j’appréhende les changements qui s’annoncent dans le monde de l’éducation. Je m’interroge surtout sur le manque d’enthousiasme, pour ne pas dire l’immense morosité, que suscitent les projets actuels de notre prétendu gouvernement. Je dis prétendu, car un gouvernement authentique — à tout le moins dans l’idée que je m’en fais lorsque je parviens à me déprendre du cynisme ambiant — a pour devoir d’offrir un horizon de travail commun qui nourrisse l’espérance des citoyens.
Octobre 2004 | Classé dans Éditorial
Le cri d’une génération. L’affaire “ CHOI-FM ” et le conflit des générationsUn texte de Frédéric Têtu
En réduisant CHOI-FM à la seule personne de Jeff Fillion, et en réduisant Jeff Fillion à une douzaine de phrases malheureuses qui circulent hors-contexte, non seulement nous tombons dans la caricature, mais nous courons le risque de rater une occasion de réflexion exceptionnelle, une réflexion qui dépasse largement la personne de Jeff Fillion et sa station de radio. Le 22 juillet dernier, 50 000 personnes descendaient dans les rues de Québec pour manifester leur attachement à CHOI.
Octobre 2004 | Classé dans Tribune
Présentation: Le Canada au Québec, Le Canada vu du QuébecUn texte de Daniel Tanguay
Presque 10 ans après le référendum de 1995, l’heure des mises au point et des bilans semble avoir sonné. Pour secouer le sentiment d’impuissance et d’inévitabilité qui s’est répandu au Québec depuis le dernier échec référendaire, plusieurs initiatives politiques et publiques ont vu le jour ces deux dernières années. Il semble toutefois qu’un élément manque cruellement dans ces louables initiatives : on s’interroge très peu en effet sur la dynamique politique et sociale du Canada dans son ensemble et sur la perception du Canada au Québec. Or, il est essentiel d’avoir une vue claire de cette dynamique et de cette perception avant de tracer des plans pour sortir le Québec de son impasse actuelle. Les deux essais proposés ici visent justement à brosser un tableau général de l’évolution de cette dynamique canadienne dans son rapport au Québec.
Octobre 2004 | Classé dans Dossiers
De l’extrême Byzance. Une conversation sur l’incapacité politique au Québec. Première partieUn texte de Marc Chevrier
La griserie que procure l’illusion de pouvoir choisir, avec la légèreté d’un papillon, dans la variété des trésors de la civilisation humaine n’est jamais mieux exaltée aujourd’hui que par le cosmopolitisme culinaire des grandes villes. Sur les boulevards à clignotants ou dans la venelle intime de votre quartier préféré s’alignent, dans un désordre festif, gargotes, bistrots, brasseries, bars à tapas, palaces, restoramas, grands restaurants avec maîtres en livrée qui mettent dans votre assiette les antipasti de Toscane, les sauces enflammées du Bengale, les brochettes ottomanes, les zakouski de Saint-Pétersbourg, les salsas latino-américaines ou le très démocratique hamburger californien nappé de brie français au lait cru. Je n’ai jamais prétendu me soustraire au courant de la faim qui nous porte vers ces rives délicieuses. En bon habitant du plateau Mont-Royal où le tout-Montréal du “ hip hop ”, de la pensée “ alternative ” et de la décontraction morale a établi sa résidence, j’ai aussi cédé à la tentation de me transporter dans quelques établissements du quartier où flottent de capiteux arômes. Mon lieu d’élection est un café iranien où l’on peut, tout en s’adonnant à de sérieuses lectures, siroter un café à la cardamome ou déguster une quiche au safran.
Octobre 2004 | Classé dans Dossiers
Le meilleur pays au monde : le Canada comme idéal moralUn texte de François Charbonneau
C’était à l’été 1996. La cérémonie de clôture des Jeux olympiques venait de prendre fin et un océan d’athlètes s’agitait sur le parterre central du stade olympique. On devinait dans les visages des participants captés en plans rapprochés que l’ivresse de la fête était décuplée par l’acquittement de fraîche date de prouesses physiques auxquelles des vies entières avaient été consacrées. Puis on changea de plan, pour nous montrer cette fois la foule à partir des images captées par la caméra du zeppelin survolant le stade. On aperçut alors, flottant au-dessus de cette foule bigarrée, un drapeau gigantesque, couvrant environ le douzième du parterre du stade.
Octobre 2004 | Classé dans Dossiers
Présentation: Apologie de la philosophie au collégialUn texte de Daniel Jacques
Les contributions qui composent ce court dossier n’ont pas pour but d’offrir un argumentaire qui prenne place dans les jeux d’influence qui enveloppent désormais la discussion publique. Pour ce motif, ils seront peut-être jugés par certains sans efficacité. Ceux-là ne sont pas les lecteurs recherchés ici. Il s’est agi pour nos auteurs de réfléchir au destin de la philosophie dans les collèges québécois en adoptant un ton et un point de vue proprement philosophique. L’exercice consiste donc à demander aux premiers concernés, aux premiers menacés, dirais-je, de répondre à leurs détracteurs, non pas dans un langage qui leur soit étranger, mais en employant les armes qui sont les leurs, soit celles de la philosophie.
Octobre 2004 | Classé dans Dossiers
Pour une défense politique de la philosophieUn texte de Yves Couture
Bien malin qui pourrait dire quels sont les buts véritables du projet actuel de réforme de l’enseignement collégial. À entendre le ministre responsable et les suggestions provenant des universités et du réseau des écoles secondaires, on a en effet pu croire pour un moment que tout “ était sur la table ”, y compris l’existence même des cégeps. Mais l’Avis au ministre de l’Éducation, publié l’hiver dernier par le Conseil supérieur de l’éducation, limitait pourtant l’enjeu immédiat à une réforme de l’enseignement professionnel.
Octobre 2004 | Classé dans Dossiers
La posthumanité ou le piège des désirs sans finUn texte de Leon Kass et Antoine Robitaille
Leon Kass est le “ méchant bioconservateur ” dénoncé jour après jour par les militants et les penseurs posthumanistes. Ce médecin et biochimiste de l’université de Chicago s’oppose depuis les années 1960 au clonage humain. Dans les dernières décennies, il s’est employé à définir une “ bioéthique riche ”, c’est-à-dire une bioéthique qui ne se borne pas au traitement de cas particuliers, mais qui tente de penser plus globalement les rapports entre progrès humains et progrès techniques. À l’automne 2003, le Conseil du président des États-Unis sur la bioéthique, que Kass préside, publiait Beyond Therapy, un rapport remarquable qui constitue l’un des plaidoyers les plus complets et les plus forts contre les utopies biotechnologiques posthumanistes. Pour Kass, les technologies risquent de satisfaire partiellement et de façon superficielle les désirs d’absolu et de transcendance propres à la nature humaine. Bien que nous ne soyons pas encore des posthumains, Kass met en relief certains aspects de nos sociétés développées, qui nous forcent à conclure que cette transformation est déjà bien engagée. Argument a joint M. Kass à Washington en janvier 2004.
Octobre 2004 | Classé dans Entretiens
Paxil Blues. Enjeux éthiques des antidépresseursUn texte de Christian Saint-Germain
Un historien des religions y aurait vu le développement d’un groupe religieux, l’apparition de flagellants . Des millions d’individus fonctionnels s’en remettent chaque matin à la prise d’un comprimé pour traverser à gué les jours . Une nuée d’instituteurs, de vendeurs sur la route, de professionnels divers empruntent, après le diagnostic d’un médecin généraliste, la voie de la pénitence moléculaire, des effets secondaires, de l’assuétude dans l’espoir de correspondre aux exigences des milieux. Invisible fustigation, ce petit manège du traitement de soi échappe malgré son ampleur statistique, le caractère exponentiel des profits qu’il génère comme “ marché de la dépression ” et le nombre d’adhérents qu’il fédère à l’analyse de l’enchaînement de ses implications. Une religion mondiale avec un milliard de fidèles pratiquant et acquiesçant, bien qu’anonyme, qui verse une dîme, en moyenne plus de 60 dollars par mois pour “ aller mieux ”.
Octobre 2004 | Classé dans Contributions libres
Redonner souffle et inspiration à la recherche sur les femmesUn texte de Nicole Laurin
Ce texte voudrait proposer quelques réflexions sur les avancées et les impasses des études féministes, et plus largement des études sur les femmes, sans prétendre traiter ce sujet à fond. On insistera, d’une part, sur certains développements qui ont mené, paradoxalement, à des situations sans issue. D’autre part, on essaiera de démontrer comment il serait possible de réaliser des progrès importants, à condition de sortir de ces impasses. Nos propos supposent une attitude critique, qui vise à une discussion.
Octobre 2004 | Classé dans Contributions libres
Présentation: Thierry Hentsch, Raconter et mourir. Aux sources narratives de l’imaginaire occidenUn texte de Francis Dupuis-Déri
Voici un livre rare, de par son ambition : replonger dans les grands récits occidentaux pour y trouver le sens de l’imaginaire d’une civilisation. Ce travail constitue d’une certaine manière l’envers d’un premier ouvrage d’importance, L’Orient imaginaire , qui traitait de la construction par l’Occident de l’image de l’“ autre ”. Thierry Hentsch, professeur de science politique à l’UQÀM, auteur de plusieurs livres , propose maintenant aux lecteurs de (re)découvrir l’épopée de Gilgamesh et le Discours de la méthode, en passant par l’Iliade, la Torah, les Évangiles, Don Quichotte et Hamlet. À travers l’exploration de ces récits, Hentsch cherche à renouer le fil d’une quête de sens, de vérité, et d’un rapport au fini et à l’infini, à la mort et à l’histoire. L’Occident se serait donné “ la mort pour horizon ”, mais cet horizon est aussi mouvant que s’il était vu à travers un kaléidoscope. Les trois commentateurs — Gaston Desjardins, Walid El Khachab et Emmanuel Kattan — reconnaissent à l’unisson l’ambition du projet et les grandes qualités du résultat.
Octobre 2004 | Classé dans Autour d’un livre
Récit et libertéUn texte de Emmanuel Kattan
L’ouvrage de Thierry Hentsch, Raconter et mourir, repose sur une double prémisse : tout d’abord, les grands récits qui ont marqué l’histoire de l’Occident ont contribué à en informer la conscience collective et recèlent un savoir, une sagesse, capables de nous éclairer sur nous-mêmes; mais en même temps, déclare l’auteur, ces récits demeurent aujourd’hui méconnus et ne sont presque plus lus que par des spécialistes. Nous avons tous entendu parler d’Ulysse, d’Œdipe ou de Don Quichotte, mais rares sont ceux, prétend Hentsch, qui s’intéressent aux textes dont ces personnages sont issus. D’où le besoin d’opérer un retour aux grands récits, afin d’y puiser des perspectives oubliées ou longtemps occultées sur notre identité collective.
Octobre 2004 | Classé dans Autour d’un livre
L’Occident imaginaire raconté par Thierry HentschUn texte de Walid El Khachab
Raconter et mourir, titre du dernier ouvrage de Thierry Hentsch, ne manque pas de rappeler, par la négative, Les mille et une nuits, pour deux raisons au moins. Premièrement, le principe du livre “ oriental ” serait : “ raconter pour ne pas mourir ”; la parole féminine de Schéhérazade et la mise en récit — la fuite par le récit — rusent pour différer la mort qui guette l’héroïne narratrice. Foucault trouvait que ce recueil de contes arabo-persans est l’exemple par excellence de la narration qui repousse la mort. A contrario, le livre de Hentsch explore la mort comme horizon de la vie et de la narration, donnée comme fondement même du récit de l’Occident. Chez l’auteur, le recit n’est pas une tactique de la vie, mais une reflexion sur la vérité et la mort, aussi bien que sur la mort comme vérité. Deuxièmement, Raconter et mourir étonne par l’absence quasi-totale d’analyse de récits “ non-Occidentaux ” : même Les mille et une nuits, soit le livre “ oriental ” le plus approprié par “ l’Occident ”, en sont absentes.
Octobre 2004 | Classé dans Autour d’un livre
La petite fuméeUn texte de Gaston Desjardins
Comment entrer dans un ouvrage aussi abondant sans risquer de s’y noyer? Toutes les questions qu’il présente ont quelque chose d’abyssal, partout on y côtoie l’idée de la mort. Dans le croisement de ces questions multiples et bigarrées peut jaillir en écho un foisonnement de réflexions tout aussi disparates. Ce genre de lecture ouvre sur l’immensité de l’imaginaire. L’usage rhétorique voudrait donc, au départ, que je prenne l’attitude de celui qui n’est pas sûr de pouvoir y ajouter quelque chose d’éclairant. Il faudrait une sorte d’“ excusez-moi du peu ”. Alors, que dire? Ma lecture est trop pressée, mon écriture aussi. Il n’est donc pas question d’entrer dans un exercice critique, auquel je ne trouverais d’ailleurs aucun plaisir. J’essayerai plutôt de vous faire part de mes annotations, au fil de la plume, depuis les marges, en filigrane du texte ou simplement à partir du rebond des mots.
Octobre 2004 | Classé dans Autour d’un livre
D’un commentaire à l’autreUn texte de Thierry Hentsch
La plus belle récompense qu’on puisse recevoir d’un livre est la rencontre qu’il permet avec la pensée d’autrui. Les commentaires de mes trois interlocuteurs ouvrent des pistes passionnantes, que je ne pourrai pas toutes suivre ici et que je me promets bien de reprendre et d’explorer à d’autres occasions. J’en remercie les auteurs, et Francis Dupuis-Deri qui a eu l’idée de les solliciter. Chacun d’eux me fait voir sous un angle différent les failles qui traversent le parcours un peu fou que j’ai tenté d’accomplir dans Raconter et mourir. Je n’en évoque ici que quelques aspects, dans des prolongements que j’aurais préféré prendre le temps de rassembler en un tout plus dense.
Octobre 2004 | Classé dans Autour d’un livre
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