La revue
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Mars 2004

L’homme empaillé ou pourquoi notre statuaire politique est-elle platement réaliste?

Un texte de Antoine Robitaille

L’installation, devant le local du syndicat des Cols bleus de Montréal, d’un monument représentant leur chef Jean Lapierre, a fait grand bruit, fin octobre 2003. La photo de l’œuvre, reproduite à la une des journaux, a provoqué l’hilarité générale. On a répété : “ Le type est vivant et on lui coule une statue! ” On a souligné que le style en était affreusement démodé; du “ social-réalisme ” d’avant la chute du mur, comme l’a écrit un journal au lieu de “ réalisme socialiste ”.

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Mars 2004 | Classé dans Tribune

Présentation: L’humanisme devant la technique

Un texte de Daniel Jacques

Dans un petit ouvrage aujourd’hui négligé, intitulé La nouvelle Atlantide, Francis Bacon a tenté d’exposer quelles tâches attendent la philosophie dans le monde nouveau qu’il voit émerger à son époque. Si pour Platon, le philosophe, du moins dans la partie publique de son œuvre, doit conseiller les politiques ainsi que leurs officiers, et éduquer au mieux ses contemporains afin qu’ils demeurent justes les uns à l’égard des autres et montrent la plus grande piété envers les dieux, il en va tout autrement pour Bacon et ses innombrables disciples. En effet, celui-ci assigne désormais au philosophe la tâche d’être le conseiller des savants ainsi que des ingénieurs et de travailler à ce que le peuple acquière le plus grand bien-être matériel par le commerce et par l’industrie. Autrement dit, pour Bacon, viendra un homme, un homme foncièrement nouveau, qui n’aura plus besoin ni de politique ni de religion et qui pourra ordonner son univers uniquement par la science et la technique. Il reste bien sûr, afin qu’une telle utopie ne se transforme pas en un véritable cauchemar, à établir selon quels principes devrait s’accomplir cette mise en ordre universelle.

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Mars 2004 | Classé dans Dossiers

L’hyperhumanisme contre le posthumanisme

Un texte de Hervé Fischer

Le fantasme du posthumanisme ne mérite pas la référence à l’humanisme qu’il invoque, car il en nie l’idée même. Il n’est qu’un antihumanisme de plus, qui obéit à la logique de la technoscience pour nier ce qui est le propre de l’humanité: son énigme définitive, sa fragilité, son irréductibilité à la matière. Le posthumanisme est une idée d’ingénieur en informatique, qui trouve son ordinateur plus intelligent et meilleur que lui. Et c’est triste à dire, mais peut-être a-t-il raison, tant cette vision témoigne d’une naïveté et d’une inculture philosophique navrantes.

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Mars 2004 | Classé dans Dossiers

L’humanisme à l’âge des machines spirituelles

Un texte de Daniel Jacques

La question de l’humanisme a connu, au cours des dernières années, un renouveau important en raison de l’évolution du discours scientifique et des progrès de la technologie qui en ont résulté. En effet, les découvertes effectuées dans les champs de la génétique, de l’informatique, des neurosciences, pour ne nommer que ceux-là, posent aujourd’hui d’énormes défis. Plusieurs estiment que nous ne saurions faire face à ces changements sans prendre appui sur une forme ou l’autre d’humanisme.

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Mars 2004 | Classé dans Dossiers

Entre génomythe et géno-destin. Les défis de la nouvelle médecine prédictive

Un texte de Gilles Bibeau

C’est la «médecine prédictive» qui est évoquée dans le scénario d’anticipation du docteur Daniel Gaudet, titulaire à l’Université de Montréal de la Chaire de recherche en génétique préventive et génomique communautaire. La médecine de la prédiction dont il est ici question place, en quelque sorte, les médecins dans la position même du devin Tirésias, figure par excellence de l’ambiguïté, qui a été rendu aveugle, selon le mythe antique, pour avoir vu Athéna nue, prenant son bain. Après s’être repentie de l’avoir ainsi puni, la déesse lui conféra, dit-on, le pouvoir de la double vue qui lui donna la connaissance de l’avenir et du destin des êtres humains.

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Mars 2004 | Classé dans Dossiers

Présentation: De Mai 68 à Seattle: trois générations face à l’engagement

Un texte de Éric Bédard

Dès son premier numéro, Argument se penchait sur les rapports parfois difficiles qui existent entre les générations. Depuis le milieu des années 1980, plusieurs observateurs évoquent l’existence d’un contentieux souterrain entre une certaine génération lyrique qui a cru le Grand Soir possible et une autre, plus jeune, moins prompte que la précédente à esquisser les contours d’une société idéale, plus sceptique par rapport aux grandes idéologies prophétiques. Cette sensibilité inquiète d’une certaine «génération X» agace évidemment les plus vieux. Pour plusieurs «boomers lyriques», cette inquiétude esthétisée serait synonyme de désengagement et d’égoïsme. Les sempiternelles récriminations de la «génération X» sur les baby-boomers gâtés cacheraient un simple désir de consommer davantage — «ta Volvo contre mon B.S.» —, une banale volonté de «faire sa place».

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Mars 2004 | Classé dans Dossiers

Avoir 20 ans en 1960

Un texte de Jean-Marc Piotte

J’ai 20 ans, l’âge où on développe une conscience politique, si on en développe une, en 1960, lorsque le Parti libéral de Jean Lesage remporte les élections contre l’Union nationale et amorce ce qu’on nommera la Révolution tranquille. 

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Mars 2004 | Classé dans Dossiers

Un gros X sur l’histoire

Un texte de Mathieu-Robert Sauvé

Je n’ai jamais été militant politique, je n’ai pas fait de porte-à-porte pour des groupes écologistes et mes incomplètes études se sont déroulées à l’écart du mouvement étudiant. L’engagement, dans mon cas, se résume à la rédaction d’un livre paru en 1993, Le Québec à l’âge ingrat, et à la campagne de presse qui a suivi. Comme les voix étaient rares à l’époque sur le terrain des générations, je suis devenu une sorte de porteur de ballon. Mon équipe: les X.

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Mars 2004 | Classé dans Dossiers

En deuil de révolution? Pensées et pratiques anarcho-fatalistes

Un texte de Francis Dupuis-Déri

Un sentiment de déjà vu se dégage des images du soulèvement des zapatistes dans les collines du Chiapas au Mexique depuis 1994 et de ces échauffourées entre manifestants et policiers dans les rues d’Occident, lors de la «Bataille de Seattle» en 1999 contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à l’occasion des manifestations «antimondialisation» contre le sommet du G8 à Gênes, contre la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) à Washington D.C. et Prague, contre le projet de zone de libre-échange des Amériques à Québec et Miami et contre l’Union européenne à Nice, Göteborg et Bruxelles. 

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Mars 2004 | Classé dans Dossiers

Penser la contestation d’une génération à l’autre

Un texte de Daniel Bensaïd et Francis Dupuis-Déri

Daniel Bensaïd est à la fois un intellectuel prolifique et un militant engagé dans l’action des mouvements sociaux et des partis d’extrême gauche en France. Il est un témoin privilégié des 40 dernières années de contestation, puisque son parcours politique débute en France dans les années 1960, peu avant Mai 68, et se poursuit aujourd’hui dans le mouvement altermondialiste. Invité au Québec à l’automne 2003 pour y donner une série de conférences, c’est à ce moment qu’Argument l’a rencontré pour discuter avec lui des dissemblances et des similitudes entre la contestation d’aujourd’hui et celle des années 1960.

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Mars 2004 | Classé dans Entretiens

Pourquoi et comment la philosophie disparaîtra

Un texte de Gérald Allard

Il sera question ici de philosophie, mais d’abord d’éducation: mon propos paraîtra corporatiste, mais il prétend être humaniste. Je ne m’adresse pas à ceux qui veulent sauver des emplois de professeurs de philosophie ou conserver une institution qui «a fait ses preuves et qui fait la fierté du peuple québécois». Ce que je raconte est vrai d’abord pour la philosophie, sans doute, mais aussi pour d’autres disciplines, comme la littérature ou l’histoire, comme les sciences pures et les mathématiques, comme les vrais cours complémentaires, ceux qui visent à éveiller l’étudiant à d’autres domaines que celui de sa spécialité et de son gagne-pain. 

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Mars 2004 | Classé dans Contributions libres

Refuser le probable. Réflexions sur le conflit israélo-palestinien

Un texte de Meir Amor (traduit par M. Béland et J.-P. Warren)

L’Université Concordia fut et demeure un théâtre agité du conflit israélo-palestinien en Amérique du Nord. À Montréal, la ligne de partage entre les soi-disant camps pro-Israël et pro-Palestine est tracée. Dans une ville située loin des luttes déchaînées et dans le cadre d’un débat mené par des étudiants qui sont citoyens égaux d’un pays démocratique, l’on aurait pu s’attendre à ce que la discussion politique soit informée, responsable, respectueuse et, par-dessus tout, soucieuse de prendre en compte les complexités du conflit. Cette attente n’est toutefois pas comblée.

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Mars 2004 | Classé dans Contributions libres

Présentation : Serge Cantin, Nous voilà rendus au sol. Essais sur le désenchantement du monde

Un texte de Daniel Tanguay

Avec ce recueil d’essais, Serge Cantin nous a fait le don d’un livre à la fois émouvant et profond. Émouvant, car plus encore que dans son précédent recueil (Ce pays comme un enfant), l’on sent vibrer discrètement à travers ces pages une personnalité à la fois inquiète et tendre; profond, car en lisant ces essais ici rassemblés, il n’est rare d’être saisi de vertige devant l’abîme ouvert par les questions posées qu’ils suscitent. Il est à prévoir que certains s’empresseront de nouveau de se guérir à peu de frais de ce vertige en rangeant ce livre dans la catégorie des livres mélancoliques ou, pire encore à leurs yeux, nostalgiques. 

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Mars 2004 | Classé dans Autour d’un livre

Touristes en mal de pays

Un texte de Pierre Nepveu

Je ne saurais parler de l’ouvrage de Serge Cantin sans dire d’abord, avant toute discussion intellectuelle, que c’est un livre émouvant, terme galvaudé s’il en est, trop souvent synonyme de sentimentalisme et de pensée informe, mais auquel il convient de redonner ici toute sa force positive. L’essayiste pose en effet tout au long de son parcours les questions les plus hautes — celles de l’habitation de notre monde, de la croyance, du rapport à autrui, des «raisons communes» —, mais il s’avance sans armure, avec une rare absence d’arrogance et de certitude, et surtout, avec cette aptitude, indispensable chez tout essayiste, qui consiste à amener les plus hautes questions sur le terrain des hommes, là où un sujet singulier, personnel, mis à nu, affronte le monde concret.

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Mars 2004 | Classé dans Autour d’un livre

Arthur, Gaston, Œdipe, l’Autre et moi

Un texte de Jean-Philippe Trottier

Voici, en quelques mots simples, la terrible sentence que prononce le devin Tirésias à l’encontre d’Œdipe, roi de Thèbes, qui lui demande le nom du meurtrier de Laïos, dont la présence en sol thébain est cause de la peste dont souffre la ville. Œdipe voit, Tirésias est aveugle. Œdipe ne voit pas la concaténation des événements dont il est le catalyseur inconscient et involontaire; Tirésias la voit clairement. Toute la tragédie de Sophocle intitulée Œdipe-Roi s’articule autour de cet entretien entre les deux personnages, qui sert de point de bascule à partir duquel se déroule implacablement l’horrible dévoilement de la vérité.

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Mars 2004 | Classé dans Autour d’un livre