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Mai 2008
Politique éditorialeUn texte de Comité de rédaction
Politique éditoriale de la revue : La revue Argument publie des essais sur des sujets variés : politique, histoire, société, et culture. Argument est une revue d’idées. Sans être un magazine d’actualités, elle n’est ni universitaire ni spécialisée. C’est pourquoi le comité de rédaction est à la recherche de textes remplissant les conditions suivantes :
1) L’essai ne doit pas être un commentaire d’une théorie quelconque ou de la pensée d’autrui. Dans son texte, l’auteur doit donc engager sa propre parole.
En général, ces essais seront publiés dans la section Dossier ou dans la section Contribution libre. Il est possible toutefois de soumettre des textes pour d’autres sections de la revue. Voici la description de celles-ci ainsi que les spécifications qui leur sont attachées :
— La Tribune présente des textes de nature polémique qui exprime une opinion engagée sur un sujet d’intérêt général. Le texte ne doit pas dépasser 10 pages double interligne (environ vingt-et-un mille caractères espaces compris).
Sélection des textes :
Renseignements techniques :
Mai 2008
Faut-il tirer la chaîne ?Un texte de Marc CHEVRIER
On ne peut certes pas reprocher au philosophe Karl Popper d’être un apôtre de la censure, un défenseur de la mainmise de l’État sur les cerveaux et la circulation des idées. Lui qui livra un combat inlassable contre le dogmatisme, la pensée circulaire et la société fermée et qui soumit la méthode scientifique à d’implacables exigences crut la démocratie à ce point menacée par la toute-puissance de la télévision qu’il jugea nécessaire d’assujettir les producteurs d’émissions à la surveillance d’un organisme professionnel indépendant, qui accorderait ainsi à ces travailleurs une licence et la leur retirerait en cas de manquement. Cette licence s’obtiendrait à la suite d’une formation validée par un examen. Popper résuma en ces termes les raisons d’une telle mesure en apparence draconienne : « Il ne devrait exister dans une démocratie aucun pouvoir politique incontrôlé. Or, la télévision est devenue aujourd’hui un pouvoir colossal ; on peut même dire qu’elle est potentiellement le plus important de tous, comme si elle avait remplacé la voix de Dieu. Et il en sera ainsi tant que nous continuerons à supporter ses abus . »
Mai 2008 | Classé dans Éditorial
De l’engagement à la révolteUn texte de Marc-André CYR
Le mouvement d’opposition à la guerre a su depuis quelques années perturber la quiétude des princes guerriers : contre l’invasion de l’Irak (2001), du Liban (2006) et le départ des troupes québécoises vers l’Afghanistan (2007), c’est par dizaines de milliers que les manifestantes et manifestants du Québec se sont joints à ce mouvement international d’opposition à la « guerre au terrorisme ». Appuyé, semble-t-il, par l’opinion publique – cette somme de clients-électeurs aux volontés contradictoires – ce mouvement a opposé à la rhétorique sécuritaire et occidentaliste un discours et une action antimilitariste et internationaliste.
Mai 2008 | Classé dans Tribune
Présentation: La démission de Radio-CanadaUn texte de François CHARBONNEAU
Il est toujours malaisé de critiquer Radio-Canada. Aussi mauvais que soient de plus en plus souvent ses choix de programmation en télévision, ils sont rarement (mais ça arrive !) aussi abrutissants que ceux présentés sur les deux autres chaînes généralistes francophones du Québec. Du côté de la radio, il n’y a aucune commune mesure entre ce qu’on nous présente à la Première chaîne, et la médiocrité de ce que l’on diffuse sur les ondes hertziennes partout ailleurs. Bref, critiquer Radio-Canada, c’est déjà critiquer ce qu’il se fait de mieux au Québec.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Les nouvelles et les affaires publiques à Radio-CanadaUn texte de Anne-Marie GINGRAS
La mission de service public de Radio-Canada repose sur les épaules de quelques journalistes, quelques-uns à la télévision, la majorité à la radio. Malgré un discours d’ouverture liant le journalisme à Radio-Canada à des enjeux démocratiques et culturels, à la cohésion sociale et à l’intégration (entendu de la bouche de Sylvain Lafrance au congrès de la FPJQ en 2006), la direction de la société d’État privilégie la recherche de bonnes idées télévisuelles (jeux, formules gagnantes d’émissions étrangères, culture spectacle) au détriment de son mandat de nous faire comprendre la société complexe dans laquelle nous vivons. Pour les dirigeants de Radio-Canada, la tension normale entre service public et recherche de cotes d’écoute existe-t-elle encore ?
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
De la Chaîne culturelle à l’inculture déchaînéeUn texte de Michel SEYMOUR
Depuis trois ans déjà, le milieu culturel québécois tout entier s’émeut de la disparition de la Chaîne culturelle et de son remplacement par Espace musique sur la bande radiophonique FM de Radio-Canada. Le Mouvement pour une radio culturelle au Canada (MRCC), lancé par Jean Portugais, a recueilli l’appui de regroupements et d’individus représentant plus de 30 000 personnes pour protester contre cette disparition. Selon les calculs employés habituellement pour déterminer le nombre d’auditeurs, on estime qu’une personne écoutant la radio pendant une heure constitue un auditeur. Dans la mesure où les 30 000 personnes écoutaient la Chaîne culturelle à raison de dix heures par semaine en moyenne, il s’agirait de 300 000 auditeurs !
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Radio-Canada et la démocratie à venirUn texte de Greg M. NIELSEN
Est-ce que Radio-Canada accomplit son mandat ? Les recommandations des analystes politiques et des experts sur les médias qui se penchent sur la question sont le plus souvent fondées sur des comparaisons entre la performance de la SRC en termes d’audimat, par rapport à la définition officielle de son mandat selon la Loi canadienne sur la radiodiffusion. D’autres intervenants, tels les cadres de la radio et de la télévision de la SRC, tergiversent sur les compromis et cherchent un équilibre entre augmenter la part d’auditoire tout en tentant de promouvoir la diffusion de contenu plus pointu, comme la culture et les arts. Ces deux approches ont le défaut de tenir pour acquis le rôle que joue la radiodiffusion publique en démocratie, puisqu’elles esquivent la question plus épineuse de son rôle de contre-pouvoir face aux élites politiques, économiques et militaires. Pour ma part, je crois que l’on doit s’interroger sur le mandat même de Radio-Canada qui n’est pas à la hauteur de la démocratie dont nous avons besoin, c’est-à-dire de la démocratie qui serait souhaitable.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Un Titanic culturelUn texte de André MAJOR
Il y a une douzaine d’années – plus précisément au cours de l’été 1994 –, à la radio de Radio-Canada on assistait à un remue-ménage dont nul ne pouvait soupçonner l’ampleur ni les conséquences assez désastreuses, comme on n’a cessé de le constater depuis lors. Je ne reviendrai pas ici sur la suite de ces événements dont j’ai rendu compte dans la revue l’Inconvénient et, plus récemment, dans mes carnets des années 1993 et 1994 . Je veux plutôt proposer l’hypothèse suivante, à savoir que le programme de réduction budgétaire imposé à la SRC par le premier ministre Trudeau, dès les années 1980, a eu pour effet d’ébranler sérieusement les fondements et la vocation humaniste d’une institution publique relevant du Parlement fédéral. Cette vocation humaniste – le fameux mandat culturel qui coexistait avec le mandat d’informer – inspirait une programmation fondée sur une connaissance plus ou moins vulgarisée des arts, de la pensée et, plus modestement, des sciences. Il n’y avait pas que des magazines d’actualité au programme du service culturel et aux émissions musicales, il y avait des œuvres, des séries documentaires et des analyses. Et l’on ne craignait pas de circuler dans le temps et dans tous les domaines de l’esprit. L’évolution culturelle, pour le meilleur comme pour le pire, se reflétait dans le contenu de cette programmation, de même que l’évolution politique du Québec marquait l’approche journalistique du service de l’information. C’est à cette évolution surtout que le gouvernement Trudeau réagissait en menaçant de fermer la boîte. Avec à sa droite des conservateurs assez bornés et en son sein une députation québécoise franchement hostile à une certaine culture québécoise, Trudeau avait beau jeu de rappeler à l’ordre une institution publique vouée, dans son esprit, à servir l’unité nationale. On me dira que rien ne prouve hors de tout doute qu’il y a relation de cause à effet dans l’application de cette cure d’amaigrissement qui devait devenir plus sévère encore avec le gouvernement Chrétien. Chose certaine, durant et après la première campagne référendaire, on trouvait que la SRC prenait un peu trop de libertés, alors qu’on attendait d’elle qu’elle joue le rôle unificateur censé justifier son existence. Les présidents de la SRC n’en finissaient pas de plaider pour une sorte de trêve devant un Parlement toujours plus hargneux et vindicatif. Notre État multiculturel étant un exemple pour le monde, sinon l’exemple des exemples, il fallait que cela se reflétât sur nos ondes de moins en moins publiques et de plus en plus para-gouvernementales.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Radio-Canada : à notre image, ici comme ailleursUn texte de Catherine CÔTÉ
Au cours des derniers mois, le président-directeur général de la Société Radio-Canada (SRC), Robert Rabinovitch, invoquait devant le Comité permanent du patrimoine canadien la nécessité d’établir un « contrat » avec les Canadiens en ce qui a trait aux obligations de la SRC, contrat qui lui permettrait de continuer son partenariat avec des entités privées . Ce à quoi le vice-président des Services en français, Sylvain Lafrance, ajoutait qu’il fallait que les Canadiens se prononcent sur le mandat de la SRC, notamment en ce qui a trait à sa place sur les scènes régionales et internationale. Le mandat de la société d’État date en effet de 1991 et la multiplication des plateformes amène aujourd’hui ses dirigeants à souhaiter une redéfinition de ce mandat afin de pallier à l’effort supplémentaire demandé pour maintenir un standard de qualité à tous les niveaux . Or, il ne s’agit pas là d’une question anodine et le rôle de la société d’État dans notre vie politique, sociale et culturelle exige qu’on se penche sur la question. Peut-être même faudrait-il questionner la pertinence de ce qui nous est proposé.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
De la musique, assurément… mais de quelle musique parle-t-on ?Un texte de Mireille GAGNE
J’ai envie de commencer ce texte d’une manière un peu curieuse, c’est-à-dire en admettant franchement que j’aurais préféré ne pas avoir eu à l’écrire ! En fait, s’il avait été écrit il y a une dizaine d’années, il n’aurait probablement pas été publié tant l’idée maîtresse qui y sera défendue allait alors de soi. Cette idée est toute simple : la Société Radio-Canada doit jouer un rôle de premier plan dans la diffusion de la musique. C’est l’évidence même, non ? Le fait que je ressente aujourd’hui le besoin de commettre un tel texte est révélateur de l’actuel désinvestissement des médias publics envers leurs mandats. Certes, mon travail de directrice du Centre de musique canadienne me rend particulièrement sensible à cette question, mais j’ai la certitude de ne pas être la seule à me désoler du recul sans précédent à la fois en qualité et en quantité de la diffusion de la musique classique et de la création musicale d’ici et d’ailleurs à Radio-Canada, sur l’ensemble de ses chaînes, mais tout particulièrement sur Espace musique.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
De la dérive d’Espace musique à la création de Radio-QuébecUn texte de Daniel TURP
Depuis plus de trois ans, une colère grondait en moi. Le 14 août 2007, je joignais ma voix à ceux – et en particulier aux groupes et aux personnes qui avaient répondu à l’appel du Mouvement pour une radio culturelle au Canada – qui dénonçaient depuis quelques années le changement de vocation de la Chaîne culturelle de Radio-Canada et son remplacement par une chaîne dénommée Espace musique . Après une analyse et une réflexion sur l’évolution de la programmation de la radio d’État, je constatais la dérive d’Espace musique et le choix de Radio-Canada pour le divertissement (I) et proposais la création d’une Radio-Québec et d’un authentique espace pour la culture (II).
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Présentation: Les Filles de SimoneUn texte de Éric BÉDARD
Nous souhaitions depuis longtemps qu’Argument consacre un dossier au féminisme moderne. La bougie d’allumage fut une formule, devenue le titre de ce dossier, lancée par une amie lors d’une soirée où nous discutions âprement des rapports homme-femme et de la famille. Alors que nous commémorons le 100e anniversaire de naissance de Simone de Beauvoir, se pencher sur les « filles de Simone » ne va pas de soi. La formule est pour le moins équivoque. Elle renvoie évidemment à un héritage intellectuel qui a marqué plusieurs générations de femmes et d’hommes, au Québec comme ailleurs. Mais cette formule renvoie aussi, et c’est bien là son caractère problématique, aux idées de transmission et de maternité qui, dans le cas de Simone de Beauvoir, étaient loin d’aller de soi.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
L’héritage reçu et celui à transmettreUn texte de Élaine LAROCHELLE
Je suis fille de Simone. Tellement fille de Simone que pour moi, depuis toujours, l’égalité et l’indépendance entre les hommes et les femmes allaient de soi. Elles étaient acquises, acquises pour moi, en moi, parce que vécues dans ma famille et dans mon entourage. Jamais je n’ai senti que mes aspirations étaient limitées ou même affectées du fait que j’étais femme. J’ai grandi et me suis définie comme un être humain libre, devenant ce que je voulais être par mes projets. Des projets j’en ai eus et j’en ai réalisés, parmi lesquels on retrouve de nombreux voyages et des études doctorales à l’étranger. À travers tous ces projets qui ont défini et orienté mes années de jeune adulte s’inscrivait, au loin, celui d’avoir un enfant.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Les identités féminines et masculines : entre liberté et apprentissageUn texte de Karine BATES
Il n’y a pas de doute dans mon esprit. L’éventail de mes choix de vie en tant que personne et en tant que femme est le fruit des changements sociaux et politiques générés par l’ensemble du mouvement féministe occidental. Principalement à partir des années 1950, les pressions exercées par diverses écoles féministes sur les institutions massivement dirigées par des hommes ont permis à un beaucoup plus grand nombre de femmes de s’instruire (et à un plus grand nombre d’hommes via un système d’éducation public). De plus, le féminisme a fortement influencé le développement de nouveaux champs de recherche tant en sciences sociales qu’en médecine sur des problématiques occultées jusqu’alors (telles la reproduction et la ménopause). Il a aussi amorcé la création d’espaces publics pour que les femmes puissent exercer un plus grand pouvoir sur les politiques sociales. Mais il reste encore beaucoup à faire, comme le dénotent les réalités sociales suivantes : les femmes forment la majorité des victimes de violence conjugale et d’agressions sexuelles, l’équité salariale n’est pas encore atteinte dans tous les secteurs économiques, les tâches ménagères sont plus souvent prises en charge par les femmes, les pressions d’ordres esthétique et cosmétique sont principalement associées à la féminité, etc. Dans ce contexte, comment peut-on réfléchir sur l’héritage du féminisme et son avenir ?
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Anatomie d’une illusionUn texte de Jean-Philipe TROTTIER
Est-il possible pour un homme au Québec de tenir un discours argumenté mais critique face au féminisme sans qu’il passe nécessairement pour réactionnaire ou misogyne ? Comment le faire dans une culture marquée par les adhésions massives, où le dialogue n’a souvent de réalité que le nom et où la dissension se résorbe en général dans le collectif après une crise d’urticaire aussi brève qu’enflammée ? Et comment, pour ce même homme, répondre à une idéologie valable sous certains aspects, qui a pris des décennies pour se constituer avant de déraper sous sa forme essentialiste dans les années 1970-1980 et devenir un moralisme d’autant plus culpabilisant qu’il est agressivement angélique ? Autrement dit, existe-t-il un discours assez fort capable d’entrer en dialogue et de relever, outre les mérites de l’idéologie, ses contradictions et ses mystifications, au premier chef desquelles la création de toutes pièces d’une essence féminine de victime et d’une autre, masculine, d’agresseur (d’où l’appellation féminisme essentialiste) ? N’est-il pas temps de mettre au jour une dynamique perverse où la revendication sans fin de justice d’un camp appelle une culpabilisation de l’autre camp, sans fin également ? Une essence ne change pas et c’est pourquoi le féminisme essentialiste, qui fait de l’oppression patriarcale systémique son dogme fondamental, est nécessairement voué à l’échec.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
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