Radio-Canada : à notre image, ici comme ailleursUn texte de Catherine CÔTÉ
Au cours des derniers mois, le président-directeur général de la Société Radio-Canada (SRC), Robert Rabinovitch, invoquait devant le Comité permanent du patrimoine canadien la nécessité d’établir un « contrat » avec les Canadiens en ce qui a trait aux obligations de la SRC, contrat qui lui permettrait de continuer son partenariat avec des entités privées . Ce à quoi le vice-président des Services en français, Sylvain Lafrance, ajoutait qu’il fallait que les Canadiens se prononcent sur le mandat de la SRC, notamment en ce qui a trait à sa place sur les scènes régionales et internationale. Le mandat de la société d’État date en effet de 1991 et la multiplication des plateformes amène aujourd’hui ses dirigeants à souhaiter une redéfinition de ce mandat afin de pallier à l’effort supplémentaire demandé pour maintenir un standard de qualité à tous les niveaux . Or, il ne s’agit pas là d’une question anodine et le rôle de la société d’État dans notre vie politique, sociale et culturelle exige qu’on se penche sur la question. Peut-être même faudrait-il questionner la pertinence de ce qui nous est proposé.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
De la musique, assurément… mais de quelle musique parle-t-on ?Un texte de Mireille GAGNE
J’ai envie de commencer ce texte d’une manière un peu curieuse, c’est-à-dire en admettant franchement que j’aurais préféré ne pas avoir eu à l’écrire ! En fait, s’il avait été écrit il y a une dizaine d’années, il n’aurait probablement pas été publié tant l’idée maîtresse qui y sera défendue allait alors de soi. Cette idée est toute simple : la Société Radio-Canada doit jouer un rôle de premier plan dans la diffusion de la musique. C’est l’évidence même, non ? Le fait que je ressente aujourd’hui le besoin de commettre un tel texte est révélateur de l’actuel désinvestissement des médias publics envers leurs mandats. Certes, mon travail de directrice du Centre de musique canadienne me rend particulièrement sensible à cette question, mais j’ai la certitude de ne pas être la seule à me désoler du recul sans précédent à la fois en qualité et en quantité de la diffusion de la musique classique et de la création musicale d’ici et d’ailleurs à Radio-Canada, sur l’ensemble de ses chaînes, mais tout particulièrement sur Espace musique.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
De la dérive d’Espace musique à la création de Radio-QuébecUn texte de Daniel TURP
Depuis plus de trois ans, une colère grondait en moi. Le 14 août 2007, je joignais ma voix à ceux – et en particulier aux groupes et aux personnes qui avaient répondu à l’appel du Mouvement pour une radio culturelle au Canada – qui dénonçaient depuis quelques années le changement de vocation de la Chaîne culturelle de Radio-Canada et son remplacement par une chaîne dénommée Espace musique . Après une analyse et une réflexion sur l’évolution de la programmation de la radio d’État, je constatais la dérive d’Espace musique et le choix de Radio-Canada pour le divertissement (I) et proposais la création d’une Radio-Québec et d’un authentique espace pour la culture (II).
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Présentation: Les Filles de SimoneUn texte de Éric BÉDARD
Nous souhaitions depuis longtemps qu’Argument consacre un dossier au féminisme moderne. La bougie d’allumage fut une formule, devenue le titre de ce dossier, lancée par une amie lors d’une soirée où nous discutions âprement des rapports homme-femme et de la famille. Alors que nous commémorons le 100e anniversaire de naissance de Simone de Beauvoir, se pencher sur les « filles de Simone » ne va pas de soi. La formule est pour le moins équivoque. Elle renvoie évidemment à un héritage intellectuel qui a marqué plusieurs générations de femmes et d’hommes, au Québec comme ailleurs. Mais cette formule renvoie aussi, et c’est bien là son caractère problématique, aux idées de transmission et de maternité qui, dans le cas de Simone de Beauvoir, étaient loin d’aller de soi.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
L’héritage reçu et celui à transmettreUn texte de Élaine LAROCHELLE
Je suis fille de Simone. Tellement fille de Simone que pour moi, depuis toujours, l’égalité et l’indépendance entre les hommes et les femmes allaient de soi. Elles étaient acquises, acquises pour moi, en moi, parce que vécues dans ma famille et dans mon entourage. Jamais je n’ai senti que mes aspirations étaient limitées ou même affectées du fait que j’étais femme. J’ai grandi et me suis définie comme un être humain libre, devenant ce que je voulais être par mes projets. Des projets j’en ai eus et j’en ai réalisés, parmi lesquels on retrouve de nombreux voyages et des études doctorales à l’étranger. À travers tous ces projets qui ont défini et orienté mes années de jeune adulte s’inscrivait, au loin, celui d’avoir un enfant.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Les identités féminines et masculines : entre liberté et apprentissageUn texte de Karine BATES
Il n’y a pas de doute dans mon esprit. L’éventail de mes choix de vie en tant que personne et en tant que femme est le fruit des changements sociaux et politiques générés par l’ensemble du mouvement féministe occidental. Principalement à partir des années 1950, les pressions exercées par diverses écoles féministes sur les institutions massivement dirigées par des hommes ont permis à un beaucoup plus grand nombre de femmes de s’instruire (et à un plus grand nombre d’hommes via un système d’éducation public). De plus, le féminisme a fortement influencé le développement de nouveaux champs de recherche tant en sciences sociales qu’en médecine sur des problématiques occultées jusqu’alors (telles la reproduction et la ménopause). Il a aussi amorcé la création d’espaces publics pour que les femmes puissent exercer un plus grand pouvoir sur les politiques sociales. Mais il reste encore beaucoup à faire, comme le dénotent les réalités sociales suivantes : les femmes forment la majorité des victimes de violence conjugale et d’agressions sexuelles, l’équité salariale n’est pas encore atteinte dans tous les secteurs économiques, les tâches ménagères sont plus souvent prises en charge par les femmes, les pressions d’ordres esthétique et cosmétique sont principalement associées à la féminité, etc. Dans ce contexte, comment peut-on réfléchir sur l’héritage du féminisme et son avenir ?
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Anatomie d’une illusionUn texte de Jean-Philipe TROTTIER
Est-il possible pour un homme au Québec de tenir un discours argumenté mais critique face au féminisme sans qu’il passe nécessairement pour réactionnaire ou misogyne ? Comment le faire dans une culture marquée par les adhésions massives, où le dialogue n’a souvent de réalité que le nom et où la dissension se résorbe en général dans le collectif après une crise d’urticaire aussi brève qu’enflammée ? Et comment, pour ce même homme, répondre à une idéologie valable sous certains aspects, qui a pris des décennies pour se constituer avant de déraper sous sa forme essentialiste dans les années 1970-1980 et devenir un moralisme d’autant plus culpabilisant qu’il est agressivement angélique ? Autrement dit, existe-t-il un discours assez fort capable d’entrer en dialogue et de relever, outre les mérites de l’idéologie, ses contradictions et ses mystifications, au premier chef desquelles la création de toutes pièces d’une essence féminine de victime et d’une autre, masculine, d’agresseur (d’où l’appellation féminisme essentialiste) ? N’est-il pas temps de mettre au jour une dynamique perverse où la revendication sans fin de justice d’un camp appelle une culpabilisation de l’autre camp, sans fin également ? Une essence ne change pas et c’est pourquoi le féminisme essentialiste, qui fait de l’oppression patriarcale systémique son dogme fondamental, est nécessairement voué à l’échec.
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
Maternité et libertéUn texte de Myriam COULOMBE-PONTBRIAND
Modèle pour de nombreuses femmes de la génération de ma mère et de la mienne, Simone de Beauvoir meurt le 14 avril 1986 à l’âge de 78 ans. Son héritage comprend plusieurs des principes fondateurs du mouvement féministe moderne. Fortement influencée par la philosophie existentialiste, cette « mère » du féminisme moderne affirma haut et fort que le but ultime de tout être humain, et donc de la femme, était d’être libre, d’affirmer sa souveraineté en tant que personne .
Mai 2008 | Classé dans Dossiers
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