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Contre nous de la tyrannie

Un texte de Patrick Moreau
Thèmes : Conflit, Démocratie, Islamisme
Numéro : Argument 2015 - Exclusivités web

Avant-hier, au moins 129 Français sont morts, fauchés par les balles de terroristes liés au groupe État islamique. Comme l’a déclaré le lendemain matin le président Hollande : «La France est en guerre. » Mais il s’agit d’une guerre d’un nouveau genre, où l’ennemi est à la fois campé à l’étranger (en Syrie, en Irak) et bien installé à l’intérieur des frontières françaises. Dans ces sortes de guerres, les démocraties entrent démunies.

L’un des tueurs, le premier à être identifié, est un Français de 29 ans qui faisait l’objet d’une fiche «S» des services de renseignements (c’est-à-dire qu’il avait été fiché comme individu «radicalisé» et menaçant pour la sûreté de l’État) et qui avait vraisemblablement séjourné en Syrie. Dans les jours qui viennent, on découvrira fort probablement que ses complices étaient eux aussi pour la plupart de jeunes Français déjà repérés en tant qu’islamistes radicaux par les services chargés de la sécurité du territoire. On apprendra sans doute aussi que plusieurs d’entre eux avaient, comme lui, combattu au Moyen Orient dans les rangs de l’ÉI.   

Mohamed Merah qui a assassiné des militaires et plusieurs enfants juifs en 2012, les frères Kouachi et Amedy Koulibaly, auteurs des tueries de Charlie Hebdo et d’une épicerie casher en janvier dernier, Yassin Salhi qui a tué et décapité son patron ainsi que Ayoub El Khazzani, l’auteur de l’attentat dans le train Thalys, Sid Ahmed Ghlam, assassin d’Aurélie Châtelain qui s’apprêtait à commettre un massacre dans deux églises faisaient eux aussi l’objet d’une telle fiche «S». Plusieurs d’entre eux avaient en outre séjourné en Afghanistan (Merah), au Yémen dans un camp d’Al-Qaïda (l’un des frères Kouachi), ou avaient tenté, dans le cas de Sid Ahmed Ghlam, de rejoindre la Syrie.

Environ 5000 personnes sont ainsi fichées comme menaçantes par les services français de sécurité. Sur ce nombre, une bonne partie (on parle dans les médias d’au moins 2000 d’entre eux) appartient à la mouvance de l’islamisme radical.

Sur la base de ces faits, une question se pose : la République française, comme tout autre État démocratique, n’a-t-elle d’autre solution que d’attendre tranquillement qu’ils passent à l’acte les uns après les autres ? Autrement dit : peut-on sans déroger aux règles de base de la démocratie établir une réponse politique et policière qui soit à la hauteur de la menace terroriste que représentent ces potentiels tueurs fanatisés ?

En tant que citoyen français, en tant que démocrate, je crois qu’il est possible d’établir à l’encontre de l’islamisme radical et des sympathisants français (ou plus généralement occidentaux) de l’ÉI des règles de droit inspirées de celles qui ont cours en temps de guerre (et particulièrement de celles qui s’appliquèrent en 1944-1945 aux collaborateurs des Nazis).

La première de ces règles consisterait à condamner pour haute-trahison et à déchoir de sa nationalité tout citoyen français ayant participé aux combats dans les rangs de l’ÉI ou ayant d’une manière ou d’une autre collaboré avec ce mouvement. Il est en effet parfaitement inconcevable que des gens qui ont décidé d’aller combattre en Irak ou en Syrie, qui y ont reçu une formation militaire, et qui ont possiblement participé à des crimes de guerre, puissent ensuite revenir tranquillement en France et mener là la vie qu’ils y menaient avant, et ce, sans être le moins du monde inquiétés.

Je crois aussi qu’il faut criminaliser et systématiquement sanctionner – comme le sont déjà les propos ou les actes antisémites ou racistes – les manifestations d’intolérance à l’égard des non-Musulmans, les propos haineux prenant pour cible la France, les Juifs ou les «mécréants», les appels à la violence prétendument motivés par l’Islam sous quelque forme que ce soit. De tels propos ne sont pas tolérables en démocratie et ne relèvent pas de la liberté de religion. Il est nécessaire, avant qu’il ne soit trop tard, d’appliquer la «tolérance zéro» à cette propagande islamiste insidieuse, à cette culture de la haine qui est diffusée dans certains lieux de culte, dans certains cercles culturels, voire dans certaines familles – sans compter, bien sûr, internet et les réseaux sociaux.

Il est temps de prendre avec exactitude et lucidité toute la mesure de l’horreur et du danger qu’incarne cette idéologie perverse et meurtrière de l’islamisme radical. Il est d’ailleurs dans l’intérêt de tous les Musulmans – hormis les terroristes – que l’on distingue soigneusement leurs pratiques religieuses légitimes de ce totalitarisme barbare qui répand aveuglément la terreur.

PATRICK MOREAU

 

 


 

*Crédit photo: wikkicomons

Français : Marche républicaine contre
le terrorisme - Paris - 11 janvier 2015
Date 11 janvier 2015, 18:01:06
Source Travail personnel
Auteur Remi Mathis



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