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Présentation du dossier Défense de l'enseignement de la philosophie au collégial

Un texte de Daniel Jacques
Dossier : Défense de l'enseignement de la philosophie au collégial
Thèmes : Éducation, Philosophie, Québec
Numéro : vol. 7 no. 1 Automne 2004 - Hiver 2005

Devant ce qu’il faut bien qualifier d’attaque frontale contre les cégeps — n’a-t-on pas remis en question leur existence même ? —, et contre la formation générale qui les distingue, une revue comme Argument ne peut demeurer inactive. Il nous a semblé reconnaître dans la façon dont est traitée la question soulevée par l’avenir de cette institution d’enseignement un symptôme de notre difficulté à nous inscrire dans l’histoire, à prendre place dans la longue durée des choses humaines. En effet, s’il est entre toutes une activité qui requiert le regard long de celui qui doit envisager l’avenir, c’est bien l’éducation.

Comme chacun peut le constater aujourd’hui, les cégeps sont l’une des institutions les plus originales que nous ait laissées la Révolution tranquille. Davantage, ils ont incarné, mieux que toute autre peut-être, l’esprit de cette révolution sur laquelle s’est construit le Québec moderne. Il s’est agi, dans une volonté de démocratiser la société, de rendre accessibles au plus grand nombre ces « humanités » autrefois réservées à l’élite des collèges classiques. Ainsi a-t-on jugé nécessaire de placer au cœur de l’enseignement collégial des cours communs de philosophie, de littérature et d’éducation physique. Nul doute qu’il n’y avait là une intention peut-être naïve mais certainement généreuse de la part du législateur de l’époque. Ce qui nous paraît pour le moins discutable aujourd’hui, c’est la façon cavalière dont est remis en cause cet héritage. Tous reconnaissent que la société a changé et qu’elle changera encore, tous savent pertinemment que les institutions naissent et meurent, mais ce que réclament aujourd’hui les professeurs de collège et ceux qui les soutiennent dans leur opposition au projet du ministre et de la Fédération des cégeps, c’est une justification des changements proposés qui prenne en compte les raisons premières qui ont présidé à la création de cette institution destinée à l’éducation supérieure, et non seulement les impératifs budgétaires qui se profilent dans l’immédiat. Que sont devenues aujourd’hui les « raisons communes » avancées hier pour que l’on n’estime même plus nécessaire de les révoquer au moyen de quelques sophismes? Nous avons voulu rappeler certaines de ces raisons en examinant la tâche assignée à la philosophie dans ce grand projet d’une éducation démocratique.

Les contributions qui composent ce court dossier n’ont pas pour but d’offrir un argumentaire qui prenne place dans les jeux d’influence qui enveloppent désormais la discussion publique. Pour ce motif, ils seront peut-être jugés par certains sans efficacité. Ceux-là ne sont pas les lecteurs recherchés ici. Il s’est agi pour nos auteurs de réfléchir au destin de la philosophie dans les collèges québécois en adoptant un ton et un point de vue proprement philosophique. L’exercice consiste donc à demander aux premiers concernés, aux premiers menacés, dirais-je, de répondre à leurs détracteurs, non pas dans un langage qui leur soit étranger, mais en employant les armes qui sont les leurs, soit celles de la philosophie. C’est ainsi qu’Yves Couture et qu’Éric Paquette ont puisé dans l’arsenal des grandes traditions française et allemande pour tenter tout à la fois de justifier l’enseignement de la philosophie et d’expliquer la situation malheureuse dans laquelle nous nous retrouvons. Le premier, par exemple, a tenté de montrer comment « l’enseignement général de la philosophie apparaît donc à la fois comme un support des principes de la démocratie moderne et comme un correctif à certaines de ses tendances moins favorables », tendances qui peuvent parfois être accentuées par certains traits de notre histoire. Éric Paquette, de son côté, s’est donné pour objectif de rappeler non seulement « l’urgente nécessité » de la philosophie dans une société menacée de fragmentation, mais encore son éternelle jeunesse. Tous les deux ont choisi d’éclairer le présent à partir de vastes aperçus de l’histoire de la philosophie. Argument propose donc à ses lecteurs, en marge de la rumeur qui agite les esprits sur notre agora, une apologie de l’enseignement collégial de la philosophie.

Daniel Jacques

 



 


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