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Présentation du dossier Pensée et politique amérindiennes aujourd'hui

Un texte de Francis Dupuis-Déri
Dossier : Pensée et politique amérindiennes aujourd'hui
Thèmes : Revue d'idées
Numéro : vol. 2 no. 2 Printemps-été 2000

Les images choc du face-à-face opposant militaires canadiens et rebelles amérindiens ont fait le tour du monde. Et depuis cette crise, les médias semblent accorder plus de place aux Amérindiens mais, trop souvent encore, notre pensée s’embourbe dans le sensationalisme, les politicailleries et l’urgence d’une tension à dénouer. Nous restons surtout prisonniers de clichés.

Ce dossier sur la pensée sociopolitique amérindienne d’aujourd’hui se veut justement l’occasion de remettre en question le sens commun et de stimuler la réflexion sur les Amérindiens, en particulier, et sur nos façons de penser le monde et le politique, en général.

Les trois intellectuels qui ont contribué à ce dossier ouvrent la voie à une réflexion plus riche, plus profonde, plus philosophique. L’anniversaire de la Crise d’Oka est plutôt un prétexte : ils ne se sont pas contentés de réfléchir à l’ombre de la crise éphémère. En fait, de cette crise passée, on n’en parle pratiquement pas. Les trois auteurs nous convient plutôt à examiner la pensée contemporaine amérindienne. Les trois textes qui constitutent ce dossier sont, chacun à leur manière, à la fois déstabilisants et riches en matière à débattre.

Georges E. Sioui, un historien Huron-Wendat né au Québec, discute de la tradition philosophique amérindienne ainsi que de ses possibilités actuelles. Il nous présente un système philosophique circulaire dans lequel la symbolique presque ésotérique et la spiritualité occupent une place qui déroutera certainement ceux qui sont habitués à se colleter aux philosophes occidentaux classiques. Sioui n’est pas naïf : il sait bien que, dans l’œil d’un rationaliste, sa pensée circulaire semble manquer de rigueur. Mais il réplique, attaquant la philosophie rationaliste occidentale, et discutant non pas seulement d’abstractions, mais aussi des problèmes concrets que vivent les intellectuels amérindiens dans les milieux universitaires et dans les cercles politiques du Canada et du Québec.

Le second participant au dossier est un jeune intellectuel mohawk, Taiaikie Alfred, né à Kahnawake et aujourd’hui directeur de l’Indigenous Governance Progam à l’Université de Victoria, en Colombie Britannique. Il réfléchit quant à lui à la notion de souveraineté politique et aux rapports difficiles qu’entretiennent le Québec et les Amérindiens. Que cela soit clair : son texte dur choquera sans doute nombre de Québécois. Ils auront pourtant avantage à le relire et même à prolonger leur réflexion en lisant les deux livres qu’Alfred a déjà publiés sur le même sujet. À défaut d’être d’accord, au moins faut-il savoir se mettre à l’écoute et méditer les voix minorisées. Et ne serait-il pas naïf d’attendre d’un des principaux intellectuels mohawk un discours calme et serein. C’est qu’Alfred vient d’une communauté dont le territoire a été assiégé par la police et l’armée il y a tout juste dix ans.

Enfin, le texte d’Avigail Eisenberg qui enseigne la science politique à l’Université de Victoria clôt le dossier sur une touche également déstabilisante. Comme elle le rappelle, le sens commun laisse croire que les Amérindiens appartiennent à une culture collectiviste alors que les « Blancs »  appartiendraient à une culture individualiste, différence qui aurait une grande influence sur l’organisation et les institutions politiques des deux communautés. Or, Eisenberg conteste ce cliché et constate que les divergences d’attitudes philosophiques et culturelles entre les « Blancs »  et les Amérindiens sont beaucoup plus complexes qu’on ne le croit habituellement.



Francis Dupuis-Déri

 





 


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